Libre opinion: Les clôtures de la psychiatrie
Jean Péloquin - Psychiatre
21 septembre 2004
Lettre ouverte au ministre de la Santé, Philippe Couillard
Quel que soit l'endroit où ils habitent, Montréal, Gaspé ou Longueuil, les citoyens du Québec devraient avoir le même accès aux soins psychiatriques. Mais, dans les faits, c'est loin d'être le cas.
Premièrement, il y a une grande inégalité dans la répartition des ressources pour le traitement des maladies mentales entre les différentes régions. Ainsi, nos patients et leur famille résidant sur la Rive-Sud dans la région de Montréal doivent depuis des années faire face au drame d'une maladie qui désorganise tout, comme la schizophrénie, avec deux à trois fois moins de ressources que les citoyens d'autres régions du Québec.
Deuxièmement, les psychiatres sont très mal répartis sur l'ensemble du territoire québécois. En effet, avec les deux tiers des psychiatres québécois qui se retrouvent à Montréal et à Québec, il ne reste plus que le tiers des psychiatres pour desservir l'ensemble des autres régions qui comptent pourtant deux tiers de la population totale du Québec.
Même si depuis longtemps l'Association des médecins psychiatres du Québec a souvent été interpellée par plusieurs de nos membres au sur cette question, j'ai le regret de constater qu'elle a fait bien peu pour que nos effectifs soient mieux répartis sur l'ensemble du territoire du Québec.
Mais le pire dans tout cela, c'est qu'en raison d'une règle administrative qui ne s'applique à aucune autre spécialité médicale, les soins en psychiatrie sont organisés en «secteurs géographiques étanches». Cela veut dire que si un citoyen de la Rive-Sud veut aller consulter un psychiatre dans un hôpital mieux nanti de Montréal ou encore aller y chercher les services auxquels il n'a pas accès dans son «secteur», on lui en refusera systématiquement l'accès.
Bien au fait de cette injustice, notre réseau de santé maintient ainsi depuis des années nos concitoyens souffrant de troubles mentaux — souvent parmi les plus démunis — prisonniers de la pauvreté de leur «secteur».
Règle aberrante
Monsieur le ministre, alors que vos prédécesseurs se sont montrés insensibles à nos nombreux appels au secours, vous vous êtes impliqué promptement pour tenter de corriger cette situation inacceptable et je vous en félicite. Dès votre entrée en fonction, vous avez interpellé les présidents-directeurs généraux des agences locales de développement de la Montérégie et de Montréal-Centre sur cette question. Vous avez aussi pris clairement position sur le fait que, dans l'état actuel des choses, il n'y aura à Montréal et à Québec aucun recrutement de psychiatres durant les prochaines années (y compris le remplacement des départs).
Mais, Monsieur le ministre, qu'est-ce qui empêche les présidents-directeurs généraux des agences locales de développement des régions de Montréal et de Québec d'abolir dès maintenant cette règle administrative aberrante, l'organisation des soins psychiatriques en secteurs géographiques «étanches», et qui de surcroît va à l'encontre de la loi?
En enlevant ces «clôtures», nos concitoyens vivant en périphérie de Montréal et de Québec et qui souffrent de troubles mentaux pourront avoir accès aux soins psychiatriques là où ils sont les plus disponibles. Du même coup, vous vous donnez une plus grande marge de manoeuvre pour mieux rassurer nos jeunes collègues en formation, les résidents en psychiatrie. Ceux-ci, désireux de donner le meilleur d'eux-mêmes pour bien soigner l'ensemble de leurs concitoyens, sont actuellement très inquiets de voir qu'ils pourraient être les seuls à devoir absorber l'inévitable contrecoup d'un repositionnement qui aurait dû être fait il y a déjà plusieurs années.
Nous avons besoin de cette précieuse relève, et vous conviendrez avec moi, monsieur le ministre, qu'il nous faut tout faire pour que nos jeunes collègues s'investissent avec enthousiasme dans ce défi emballant d'offrir à chaque citoyen du Québec, en toute équité, des soins psychiatriques de la plus haute qualité.
Quel que soit l'endroit où ils habitent, Montréal, Gaspé ou Longueuil, les citoyens du Québec devraient avoir le même accès aux soins psychiatriques. Mais, dans les faits, c'est loin d'être le cas.
Premièrement, il y a une grande inégalité dans la répartition des ressources pour le traitement des maladies mentales entre les différentes régions. Ainsi, nos patients et leur famille résidant sur la Rive-Sud dans la région de Montréal doivent depuis des années faire face au drame d'une maladie qui désorganise tout, comme la schizophrénie, avec deux à trois fois moins de ressources que les citoyens d'autres régions du Québec.
Deuxièmement, les psychiatres sont très mal répartis sur l'ensemble du territoire québécois. En effet, avec les deux tiers des psychiatres québécois qui se retrouvent à Montréal et à Québec, il ne reste plus que le tiers des psychiatres pour desservir l'ensemble des autres régions qui comptent pourtant deux tiers de la population totale du Québec.
Même si depuis longtemps l'Association des médecins psychiatres du Québec a souvent été interpellée par plusieurs de nos membres au sur cette question, j'ai le regret de constater qu'elle a fait bien peu pour que nos effectifs soient mieux répartis sur l'ensemble du territoire du Québec.
Mais le pire dans tout cela, c'est qu'en raison d'une règle administrative qui ne s'applique à aucune autre spécialité médicale, les soins en psychiatrie sont organisés en «secteurs géographiques étanches». Cela veut dire que si un citoyen de la Rive-Sud veut aller consulter un psychiatre dans un hôpital mieux nanti de Montréal ou encore aller y chercher les services auxquels il n'a pas accès dans son «secteur», on lui en refusera systématiquement l'accès.
Bien au fait de cette injustice, notre réseau de santé maintient ainsi depuis des années nos concitoyens souffrant de troubles mentaux — souvent parmi les plus démunis — prisonniers de la pauvreté de leur «secteur».
Règle aberrante
Monsieur le ministre, alors que vos prédécesseurs se sont montrés insensibles à nos nombreux appels au secours, vous vous êtes impliqué promptement pour tenter de corriger cette situation inacceptable et je vous en félicite. Dès votre entrée en fonction, vous avez interpellé les présidents-directeurs généraux des agences locales de développement de la Montérégie et de Montréal-Centre sur cette question. Vous avez aussi pris clairement position sur le fait que, dans l'état actuel des choses, il n'y aura à Montréal et à Québec aucun recrutement de psychiatres durant les prochaines années (y compris le remplacement des départs).
Mais, Monsieur le ministre, qu'est-ce qui empêche les présidents-directeurs généraux des agences locales de développement des régions de Montréal et de Québec d'abolir dès maintenant cette règle administrative aberrante, l'organisation des soins psychiatriques en secteurs géographiques «étanches», et qui de surcroît va à l'encontre de la loi?
En enlevant ces «clôtures», nos concitoyens vivant en périphérie de Montréal et de Québec et qui souffrent de troubles mentaux pourront avoir accès aux soins psychiatriques là où ils sont les plus disponibles. Du même coup, vous vous donnez une plus grande marge de manoeuvre pour mieux rassurer nos jeunes collègues en formation, les résidents en psychiatrie. Ceux-ci, désireux de donner le meilleur d'eux-mêmes pour bien soigner l'ensemble de leurs concitoyens, sont actuellement très inquiets de voir qu'ils pourraient être les seuls à devoir absorber l'inévitable contrecoup d'un repositionnement qui aurait dû être fait il y a déjà plusieurs années.
Nous avons besoin de cette précieuse relève, et vous conviendrez avec moi, monsieur le ministre, qu'il nous faut tout faire pour que nos jeunes collègues s'investissent avec enthousiasme dans ce défi emballant d'offrir à chaque citoyen du Québec, en toute équité, des soins psychiatriques de la plus haute qualité.
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