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Attente fébrile dans Vanier

Un seul vrai suspense parmi quatre élections partielles, aujourd'hui

Tommy Chouinard   20 septembre 2004 
Québec — Les électeurs de Vanier mettront fin au suspense aujourd'hui. Au terme d'une bataille électorale âprement disputée, le Parti libéral, le Parti québécois et l'Action démocratique du Québec attendent avec fébrilité le verdict de l'électorat.

Les trois principaux partis se sont livré un tel combat dans cette circonscription de la région de Québec, déployant des efforts rarement vus à l'occasion d'une élection partielle, qu'aucun d'entre eux n'est parvenu à se démarquer nettement de ses adversaires. La lutte à trois est à ce point serrée qu'il faut s'attendre à devoir achever le dépouillement des votes de la toute dernière urne avant de pouvoir déclarer un vainqueur ce soir. Si l'impact réel de cette élection partielle sur le paysage politique doit être relativisé, il n'en demeure pas moins que ce test permettra de connaître l'humeur de l'électorat après un an et demi de pouvoir libéral.

C'est également jour de vote dans les circonscriptions montréalaises de Laurier-Dorion, Nelligan et Gouin. Ces trois élections partielles ont cependant peu de chances de causer une surprise.

La victoire est presque déjà acquise pour les candidats libéraux Voula Neofotistos et Yolande James dans les deux bastions du PLQ que constituent Laurier-Dorion et Nelligan. Seul un candidat indépendant dans Nelligan, Michel Gibson, pourrait brouiller les cartes en recueillant l'appui des défusionnistes déçus de Pierrefonds. Le candidat péquiste Nicolas Girard ne devrait pas avoir de difficulté à l'emporter dans Gouin, un fief péquiste.

Lutte serrée ou pas, la parole est désormais aux électeurs de quatre circonscriptions. Ils peuvent se rendre aujourd'hui dans les 80 bureaux de vote qui sont ouverts de 9h30 à 20h30.

Les organisations politiques y sont allées d'un dernier effort hier pour tenter de convaincre les électeurs et les inciter à exercer leur droit de vote. Les candidats péquiste, Sylvain Lévesque, et adéquiste, Sylvain Légaré, ont fait du porte-à-porte toute la journée. L'organisation libérale manifeste quant à elle une confiance surprenante, puisque le candidat Michel Beaudoin s'est contenté hier de rencontrer ses bénévoles et de passer du temps avec sa famille.

Terreau pour l'ADQ

Si les élections partielles sont souvent l'occasion de manifester un mécontentement à l'égard du gouvernement, le Parti libéral, qui détenait la circonscription de Vanier avant le départ fracassant du ministre Marc Bellemare, a su se maintenir dans la course du début à la fin de la campagne. Le succès du premier ministre Jean Charest lors de la conférence fédérale-provinciale sur la santé à Ottawa pourrait influencer les électeurs au profit de Michel Beaudoin. Jean Charest s'est rendu dans cette circonscription vendredi et a reconnu que l'entente qu'il a conclue avec Ottawa arrivait à point nommé pour l'organisation libérale de cette circonscription.

L'Action démocratique du Québec juge toutefois que le PLQ va trop loin dans la promotion de sa performance à Ottawa. Le parti de Mario Dumont déposera une plainte contre les libéraux auprès du Directeur général des élections afin de contester la publicité du gouvernement du Québec publiée samedi dans les quotidiens du Québec et vantant l'entente sur la santé. Selon l'ADQ, cette publicité, payée par l'État et diffusée à la veille du scrutin, vise directement les électeurs de Vanier et des trois autres circonscriptions. Elle contreviendrait ainsi à l'article 402 de la loi électorale concernant les dépenses admises lors d'une élection.

La réaction du parti de Mario Dumont n'est pas étrangère au fait qu'il joue gros dans cette circonscription. Vanier représente un terreau fertile pour l'ADQ, à qui sa tendance populiste a permis de terminer seconde lors des élections générales d'avril 2003. Une défaite du candidat Sylvain Légaré minerait les efforts de reconstruction du parti après les résultats décevants des dernières élections.

L'ADQ a épousé des causes chères aux électeurs de Vanier, celles de CHOI-FM et de la Fondation Scorpion sur la prostitution juvénile. Or le parti de Mario Dumont doit cependant redoubler d'ardeur pour inciter les auditeurs de CHOI-FM — une station qui cultive le cynisme à l'égard de la politique — à voter aujourd'hui. Il s'agit pour la plupart de jeunes qui ont moins tendance à exercer leur droit de vote. Et comme la fermeture de CHOI-FM est reportée — la station a obtenu un sursis et pourra continuer de diffuser jusqu'à la fin des procédures judiciaires —, la nécessité de manifester son mécontentement par l'entremise d'une élection partielle est moins importante qu'elle ne l'était au début de la campagne.

Le Parti québécois, à titre d'opposition bien établie, tente de tirer profit du taux d'insatisfaction élevé à l'égard du gouvernement Charest. La présence des tiers partis comme l'Union des forces progressistes et le Parti vert risque toutefois d'enlever quelques points de pourcentage au candidat Sylvain Lévesque. Un revers dans cette circonscription, qui a déjà été représentée par le PQ entre 1994 et 2003, serait inévitablement un coup dur porté au leadership de Bernard Landry. La campagne électorale s'est d'ailleurs déroulée sur fond de déchirements internes au Parti québécois.

Serrée jusqu'à la fin

Au cours des derniers jours, les trois principaux partis ont effectué un blitz rarement vu à l'occasion d'une élection partielle. L'ADQ a multiplié les interventions sur les ondes de CHOI-FM. Le Parti québécois a dépêché ses députés et ceux du Bloc québécois sur le terrain, espérant que la vague bloquiste qui a déferlé sur la région en juin pourra avoir une répercussion sur le vote d'aujourd'hui. Le Parti libéral a quant à lui appelé ses ministres en renfort, notamment Yves Séguin, Sam Hamad et Carole Théberge.

Selon un sondage Léger Marketing-Le Journal de Québec réalisé en milieu de campagne, les trois partis se trouvent presque à égalité dans Vanier. L'Action démocratique du Québec est en tête avec 33 % des intentions de vote. Le Parti québécois le suit de très près avec 32 % alors que le PLQ recueille 30 %.

C'est dans la circonscription de Vanier que le vote par anticipation, qui a eu lieu les 12 et 13 septembre, fut le plus populaire. Quelque 5,5 % des 50 518 électeurs de cette circonscription ont alors exercé leur droit de vote, ce qui représente un taux deux fois plus élevé que ceux enregistrés dans Laurier-Dorion, Nelligan et Gouin. Ce résultat laisse présager un taux de participation important dans Vanier aujourd'hui, même s'il s'agit d'une élection partielle.
 
 
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