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Libre opinion: Radio-Canada vient de jeter aux orties une pièce importante de notre patrimoine culturel

Gilles Lesage - Journaliste retraité  18 septembre 2004 
Le lundi 13 septembre, le courrier postal m'apporte une lettre et deux feuillets m'invitant personnellement: «À ne pas manquer le mardi 7 septembre: Espace Musique, la nouvelle radio de Radio-Canada!»

Non seulement je ne l'ai pas manquée, la nouvelle chaîne, prétendue «chaleureuse, vivante et branchée sur le monde... », mais je la fréquente depuis une semaine déjà. Malaise. Indigestion. Quel désastre! Quelle mélasse!

C'est une pièce importante de notre patrimoine culturel que l'on vient de démanteler et de jeter aux orties. Il fut un temps où la SRC était pleinement consciente de son rôle, crucial et unique, de service public. À ladite chaîne culturelle, littérature et beaux arts se côtoyaient allégrement, avec entrevues, débats, musique et chants du monde.

Élitisme, raillait-on, qui ne rejoint pas le grand public. Exit Jacques Folch-Ribas, Jean Larose et consorts, exit Stéphane Lépine, Tribune de l'orgue, Chronique du disque, Musique sacrée, À travers chants et autres loisirs des intellos loin du vrai monde.

Que faire pour rejoindre celui-ci et le séduire? À la radio nouvelle, comme à la télé publique hier, faire comme les autres. Tout le monde le fait, fais-le donc: là est la recette du succès populaire. Hier, la SRC donnait le ton — le la, dirait-on en musique —, elle avait du style, son style, inimitable, jusque dans l'élocution de ses «annonceurs»; elle essaimait, on la copiait, on la jalousait.

Dépérissement du phare

Désormais, trois fois hélas, c'est l'inverse. Le phare dépérit. Sous prétexte d'éclectisme, la SRC nouvelle s'abîme dans le syncrétisme. Mélange et confusion des genres, règne du méli-mélo, du medley perpétuel, de la guimauve — pour ne pas dire du marshmallow — tout le temps, pour tout le monde.

De la musique d'ascenseur, si «songée» et recherchée soit-elle, reste un fond sonore. Musette et musiquette. Comme si un immense programmateur étendait sa confiture heure après heure, chaque jour. Ou sa saucisse moulinée, mâchée et digérée. Plus on en mange...

L'information? Des «clips» de 90 secondes à l'heure. Pour écouter un vrai radiojournal, il faut aller à la première chaîne, «parlée», comme dit Joël Le Bigot.

«Grâce à la Première Chaîne, dédiée à l'information sous toutes ses formes, et à Espace Musique, axée sur la diversité musicale, écrit le vice-président de la radio française, Sylvain Lafrance, Radio-Canada accomplit pleinement sa mission de service public.»

Pas d'accord. De coupes budgétaires en pertes de postes, de sondages en groupes témoins, la SRC a dilué, étiolé, gaspillé une notion capitale: celle du service, et ses exigences, vers le dépassement et l'interrogation. Loin du conformisme ambiant et de l'omniprésente galéjade (à la Guy A. Lepage, avec sa douzaine de faire-valoir de Tout le monde en parle; là même où il y avait, naguère et jadis, des Beaux Dimanches, des concerts, des téléthéâtres et autres vieilleries du siècle dernier sévissent désormais potinages et placotages). C'est tendance, selon le mot à la mode. Succès assuré, audimat record.

La radio publique est aussi contaminée. Pas surprenant, alors, quoique fort décevant, que la grande musique soit un calque de la radio dite classique de Coallier; que Les Matinales disparaissent avec Edgar Fruitier; que La Grande Fugue ne puisse fêter ses 20 ans avec son animateur Gilles Dupuis, aussi «remercié»; que Musiques en mémoire passe aux profits et pertes, avec Élisabeth Gagnon, tout comme Claire Bourque, Michel Garneau et autres dinosaures.

Changez d'airs, selon le slogan de La Vie en rose. Il y a un s de trop. Plutôt changer d'air.
 
 
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