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Concerts classiques - Bonne salle, musique à raffiner

François Tousignant   17 septembre 2004 
Devant une salle pleine, la seizième saison du NEM s'est ouverte dans l'enthousiasme. Il faut dire que tout le répertoire à l'affiche de ce programme inaugural joue d'une corde que cet ensemble n'utilise pas très souvent: la séduction sensuelle. Voilà l'épée à deux tranchants de cette musique: si, dans Rain Coming de Takemitsu, la volupté harmonique et sonore reste efficace, il faut trouver quelque chose sous la surface, ce que les musiciens n'ont pas réussi à livrer. Si la musique se montre jolie, sa poésie reste cependant muette.

Concert de lancement Toru Takemitsu: Rain Coming (1982); Denis Gougeon: En accordéon (2004); André Cayer: A Colour From The Wind (2004); Luis de Pablo: Razón dormida (2003). Joseph Petric, accordéon; Nouvel Ensemble moderne. Dir.: Lorraine Vaillancourt. Salle Claude-Champagne, le 15 septembre 2004.

On entendait ici En accordéon pour la première fois. Là encore, Denis Gougeon joue de la formule efficace et nous amuse en faisant alterner les effets, la virtuosité et les moments plus intrigants. Pour bien apprécier ce qui se présente comme un petit concerto à mouvements enchaînés, il faudra régler certains problèmes de balance. Souvent, les musiciens de l'ensemble enterrent l'accordéon solo. De plus, la plume de Gougeon se fait extrêmement précise dans les jeux rythmiques, en syncopes comme en unisson. Les membres du NEM se sont contentés d'une sonorité assez pâteuse au début, ce qui tue la vitalité devinée de bien des instants.

Cette même imprécision va marquer la reprise de Razón dormida, de Luis de Pablo. Malgré toutes les petites bavures, il s'est tout de même produit une sorte de moment de grâce: Lorraine Vaillancourt domine la partition et se montre d'une souplesse de caractère et d'une compréhension de tous les traits d'esprit très convaincante et juste. Voilà une oeuvre taillée sur mesure pour le NEM, dont le vocabulaire s'inspire de Stravinski (celui de Pétroushka), de Messiaen comme de Berio, avec ce ludisme un peu grinçant typique de De Pablo. Ce qui était beau, surtout, c'était d'entendre le «second niveau» de la musique. De Pablo dit s'inspirer de Goya; à cette écoute, on entend comment l'univers des Caprices hante le compositeur. Il y a là matière à un magnifique enregistrement une fois que tout sera absolument mis en place.

Pour mettre en valeur la relève, le NEM a fait entendre A Colour From The Wind, d'André Cayer, pièce coup de coeur du public du Domaine Forget lors de l'annuel séjour estival du NEM à Saint-Irénée. Il s'y trouve des instants charmants, mais Dieu que cette musique est complaisante. On entend un babillage timide usant de tics aussi limités qu'exaspérants à la longue — et pourtant, la pièce est courte! Monter une telle tentative après la réussite de Takemitsu précédemment entendue, c'est montrer la différence entre l'inspiration sentie combinée à la construction sensible face à la copie faite sans nécessité ni véritable foi.
 
 
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