Les premiers ministres disent non à Martin
Photo : Agence Reuters
Paul Martin a écouté les premiers ministres des provinces lui expliquer qu’ils n’ont que faire d’une offre de financement à court terme de la santé.
Ottawa — Insuffisante. Ce simple mot résume à lui seul la réaction des provinces à la dernière offre financière d'Ottawa en santé, qui atteint 12,2 milliards sur six ans. Mais les premiers ministres provinciaux ne se sont pas contentés de le dire hier, ils se sont employés à le démontrer à Paul Martin, lors de la première séance de la conférence fédérale-provinciale, lui rappelant qu'ils ne l'avaient pas attendu pour amorcer des réformes et que la santé était leur responsabilité.
Malgré les différentes interprétations qui entouraient les chiffres fédéraux, les premiers ministres savaient une chose: peu importe la formule adoptée, ils étaient loin du compte. Profitant du fait que la conférence est télédiffusée, ils l'ont dit aux Canadiens sur tous les tons et de bien des manières.
«Nous n'avons pas besoin d'un appui financier pour une ou deux années, mais bien d'un financement qui dure année après année. Il faut être réaliste et reconnaître que deux fossés persistent: le financement fédéral est insuffisant et il est à court terme», a dit d'entrée de jeu le président du Conseil de la Fédération et premier ministre de l'Ontario, David McGuinty, laissant M. Martin pratiquement sans voix à la fin de son allocution.
Paul Martin avait amorcé la séance en notant qu'Ottawa avait investi 70 milliards de nouveaux fonds depuis 1999. «Si l'argent à lui seul pouvait améliorer notre système, le tour serait joué. Cela dit, le financement constituera un volet important de la réforme. Il faut un plan de financement à long terme, de dix ans, qui fera en sorte qu'à l'automne prochain nous ne soyons pas encore de retour ici», a-t-il dit.
La réplique est vite venue. Le premier ministre Jean Charest lui a rappelé que les litiges autour du financement de la santé trouvaient leur origine dans les réductions unilatérales des transferts aux provinces imposées en 1995. «C'est le début de l'histoire qui nous amène autour de cette table aujourd'hui», a-t-il dit, conseillant fermement à M. Martin, un peu plus tard, d'abandonner toute idée de financement à court terme de la santé. «C'est exactement le contraire de ce qu'il faut faire», a-t-il insisté, un commentaire repris par presque tous ses homologues.
Paul Martin semblait avoir reçu le message en fin de journée. «Quand vous me dites que ce que vous voulez est un financement à long terme, laissez-moi vous dire que c'est un message que nous avons bien reçu», a-t-il dit à la conclusion de la journée.
Tous les premiers ministres provinciaux l'avaient visiblement touché, sans pour autant l'ébranler, avec le portrait de leur situation respective. Ils ont évoqué le fait qu'une partie toujours plus grande de leur budget allait à la santé, 41 % en moyenne, qu'ils avaient tous augmenté leurs dépenses dans ce domaine plus vite qu'Ottawa, qu'ils avaient procédé à des réformes malgré les pressions financières exercées sur les autres missions de l'État.
Énergique, passionné même, Jean Charest a aussi insisté avec fermeté sur le respect des compétences du Québec et des provinces en général. Il ne fut pas le seul, mais il fut le plus catégorique. «Je vous réitère à nouveau l'intention du gouvernement du Québec d'assumer pleinement ses compétences et de faire en sorte que nous puissions tailler sur mesure les services de soins de santé selon les besoins de la population du Québec.»
Paul Martin, lui, a plutôt invité ses homologues à reconnaître le rôle de chaque niveau de gouvernement dans la santé. Il a été clair quant à la vision qu'il a de la mission du fédéral. «Le rôle du gouvernement fédéral est de formuler des objectifs nationaux et de protéger l'intérêt national. Bien entendu, ce sont les provinces et les territoires qui assurent la prestation et la gestion des soins de santé, et qui, ce faisant, doivent adapter leurs services de santé aux besoins particuliers de leur population. Mais je suis fermement convaincu que certains principes clés transcendent les intérêts régionaux», a-t-il dit.
L'objectif initial de Paul Martin en convoquant la conférence des premiers ministres était d'en arriver à un plan sur dix ans capable de résoudre les problèmes du système de santé «pour une génération». Il s'est présenté à la conférence en insistant à nouveau sur la nécessité d'un plan de réforme pour réduire les temps d'attente au moyen d'une stratégie qui «exigera» des mesures pour enrayer les pénuries de professionnels, un élargissement de l'accès aux soins à domicile et aux soins primaires. En matière d'assurance-médicaments, il ne veut toujours pas en assumer l'entière responsabilité, comme l'ont suggéré les provinces, préférant s'en tenir à l'adoption d'une stratégie nationale, de quelques mesures communes pour coordonner les efforts et réduire les coûts.
Il a répété que toute véritable réforme devait, à ses yeux, inclure des «points de référence» communs pour les provinces afin de pouvoir faire rapport aux Canadiens, une idée qui fait tiquer bien des provinces. Dans plusieurs cas, il n'a fait que réitérer ses objectifs sans offrir de solutions précises, ce qui tranchait avec les descriptions détaillées que les premiers ministres provinciaux ont offertes, eux, des réformes entreprises ou à venir sur leur territoire.
Ottawa n'a pas non plus calculé le coût de ses réformes. C'est l'Ontario qui l'a fait et qui est arrivé à 40 milliards sur cinq ans pour mettre en oeuvre toutes les promesses électorales libérales en santé, un chiffre que M. Martin n'a pas contesté.
Malgré cela, le fédéral propose d'injecter seulement 12,2 milliards sur six ans dans la santé, dont quatre milliards qui serviraient à un fonds pour la réduction des temps d'attente. Le reste serait versé par l'entremise du Transfert canadien en santé. Le fédéral propose aussi une somme plancher pour la péréquation, ce qui se traduirait par le versement de 12,1 milliards de plus sur six ans.
L'interprétation de ces chiffres ne faisait pas l'unanimité, hier après-midi, et la proposition en matière de péréquation semait une certaine inquiétude, Ottawa suggérant l'adoption d'une nouvelle méthode de calcul. Personne ne pouvait toutefois expliquer comment l'argent serait réparti entre les provinces. Cette incertitude inquiétait le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Dany Williams, dont la province dépend largement de la péréquation.
Les premiers ministres ont passé l'avant-midi à discuter de la santé autochtone en compagnie des leaders des Premières Nations, des Métis et des Inuits. La plupart des participants se sont bornés à faire des discours assez généraux exposant leurs idées pour venir à bout de la situation déplorable qui sévit dans les communautés autochtones et qu'ils ont tous décrite. Le premier ministre Martin a pour sa part offert 700 millions sur cinq ans pour financer trois projets, soit un fonds pour l'adaptation des services de santé aux autochtones (200 millions), une initiative pour les ressources humaines en santé autochtone (100 millions) et des programmes de promotion de la santé et de la prévention (400 millions).
Malgré les différentes interprétations qui entouraient les chiffres fédéraux, les premiers ministres savaient une chose: peu importe la formule adoptée, ils étaient loin du compte. Profitant du fait que la conférence est télédiffusée, ils l'ont dit aux Canadiens sur tous les tons et de bien des manières.
«Nous n'avons pas besoin d'un appui financier pour une ou deux années, mais bien d'un financement qui dure année après année. Il faut être réaliste et reconnaître que deux fossés persistent: le financement fédéral est insuffisant et il est à court terme», a dit d'entrée de jeu le président du Conseil de la Fédération et premier ministre de l'Ontario, David McGuinty, laissant M. Martin pratiquement sans voix à la fin de son allocution.
Paul Martin avait amorcé la séance en notant qu'Ottawa avait investi 70 milliards de nouveaux fonds depuis 1999. «Si l'argent à lui seul pouvait améliorer notre système, le tour serait joué. Cela dit, le financement constituera un volet important de la réforme. Il faut un plan de financement à long terme, de dix ans, qui fera en sorte qu'à l'automne prochain nous ne soyons pas encore de retour ici», a-t-il dit.
La réplique est vite venue. Le premier ministre Jean Charest lui a rappelé que les litiges autour du financement de la santé trouvaient leur origine dans les réductions unilatérales des transferts aux provinces imposées en 1995. «C'est le début de l'histoire qui nous amène autour de cette table aujourd'hui», a-t-il dit, conseillant fermement à M. Martin, un peu plus tard, d'abandonner toute idée de financement à court terme de la santé. «C'est exactement le contraire de ce qu'il faut faire», a-t-il insisté, un commentaire repris par presque tous ses homologues.
Paul Martin semblait avoir reçu le message en fin de journée. «Quand vous me dites que ce que vous voulez est un financement à long terme, laissez-moi vous dire que c'est un message que nous avons bien reçu», a-t-il dit à la conclusion de la journée.
Tous les premiers ministres provinciaux l'avaient visiblement touché, sans pour autant l'ébranler, avec le portrait de leur situation respective. Ils ont évoqué le fait qu'une partie toujours plus grande de leur budget allait à la santé, 41 % en moyenne, qu'ils avaient tous augmenté leurs dépenses dans ce domaine plus vite qu'Ottawa, qu'ils avaient procédé à des réformes malgré les pressions financières exercées sur les autres missions de l'État.
Énergique, passionné même, Jean Charest a aussi insisté avec fermeté sur le respect des compétences du Québec et des provinces en général. Il ne fut pas le seul, mais il fut le plus catégorique. «Je vous réitère à nouveau l'intention du gouvernement du Québec d'assumer pleinement ses compétences et de faire en sorte que nous puissions tailler sur mesure les services de soins de santé selon les besoins de la population du Québec.»
Paul Martin, lui, a plutôt invité ses homologues à reconnaître le rôle de chaque niveau de gouvernement dans la santé. Il a été clair quant à la vision qu'il a de la mission du fédéral. «Le rôle du gouvernement fédéral est de formuler des objectifs nationaux et de protéger l'intérêt national. Bien entendu, ce sont les provinces et les territoires qui assurent la prestation et la gestion des soins de santé, et qui, ce faisant, doivent adapter leurs services de santé aux besoins particuliers de leur population. Mais je suis fermement convaincu que certains principes clés transcendent les intérêts régionaux», a-t-il dit.
L'objectif initial de Paul Martin en convoquant la conférence des premiers ministres était d'en arriver à un plan sur dix ans capable de résoudre les problèmes du système de santé «pour une génération». Il s'est présenté à la conférence en insistant à nouveau sur la nécessité d'un plan de réforme pour réduire les temps d'attente au moyen d'une stratégie qui «exigera» des mesures pour enrayer les pénuries de professionnels, un élargissement de l'accès aux soins à domicile et aux soins primaires. En matière d'assurance-médicaments, il ne veut toujours pas en assumer l'entière responsabilité, comme l'ont suggéré les provinces, préférant s'en tenir à l'adoption d'une stratégie nationale, de quelques mesures communes pour coordonner les efforts et réduire les coûts.
Il a répété que toute véritable réforme devait, à ses yeux, inclure des «points de référence» communs pour les provinces afin de pouvoir faire rapport aux Canadiens, une idée qui fait tiquer bien des provinces. Dans plusieurs cas, il n'a fait que réitérer ses objectifs sans offrir de solutions précises, ce qui tranchait avec les descriptions détaillées que les premiers ministres provinciaux ont offertes, eux, des réformes entreprises ou à venir sur leur territoire.
Ottawa n'a pas non plus calculé le coût de ses réformes. C'est l'Ontario qui l'a fait et qui est arrivé à 40 milliards sur cinq ans pour mettre en oeuvre toutes les promesses électorales libérales en santé, un chiffre que M. Martin n'a pas contesté.
Malgré cela, le fédéral propose d'injecter seulement 12,2 milliards sur six ans dans la santé, dont quatre milliards qui serviraient à un fonds pour la réduction des temps d'attente. Le reste serait versé par l'entremise du Transfert canadien en santé. Le fédéral propose aussi une somme plancher pour la péréquation, ce qui se traduirait par le versement de 12,1 milliards de plus sur six ans.
L'interprétation de ces chiffres ne faisait pas l'unanimité, hier après-midi, et la proposition en matière de péréquation semait une certaine inquiétude, Ottawa suggérant l'adoption d'une nouvelle méthode de calcul. Personne ne pouvait toutefois expliquer comment l'argent serait réparti entre les provinces. Cette incertitude inquiétait le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Dany Williams, dont la province dépend largement de la péréquation.
Les premiers ministres ont passé l'avant-midi à discuter de la santé autochtone en compagnie des leaders des Premières Nations, des Métis et des Inuits. La plupart des participants se sont bornés à faire des discours assez généraux exposant leurs idées pour venir à bout de la situation déplorable qui sévit dans les communautés autochtones et qu'ils ont tous décrite. Le premier ministre Martin a pour sa part offert 700 millions sur cinq ans pour financer trois projets, soit un fonds pour l'adaptation des services de santé aux autochtones (200 millions), une initiative pour les ressources humaines en santé autochtone (100 millions) et des programmes de promotion de la santé et de la prévention (400 millions).
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