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La mission Genesis s'achève en morceaux

La capsule contenant des particules solaires s’écrase dans le désert de l’Utah après la défaillance des parachutes

Louise-Maude Rioux Soucy   9 septembre 2004 
Big-bang dans le désert: deux employés de la NASA s’approchaient prudemment du corps disloqué de la sonde américaine Genesis hier, peu après son écrasement dans le désert de l’Utah. Aucun des deux parachutes de la capsule ne s’est déployé,
Photo : Agence Reuters
Big-bang dans le désert: deux employés de la NASA s’approchaient prudemment du corps disloqué de la sonde américaine Genesis hier, peu après son écrasement dans le désert de l’Utah. Aucun des deux parachutes de la capsule ne s’est déployé,
Ce devait être un exercice de haut vol exécuté par des pilotes rompus aux acrobaties aériennes les plus audacieuses, mais le scénario réglé au quart de tour du spectaculaire atterrissage de la sonde américaine Genesis dans le désert de l'Utah a sérieusement déraillé hier. Résultat: la fragile capsule s'est écrasée, laissant présager le pire pour sa précieuse cargaison de poussières solaires.

En théorie, la course folle de la petite capsule de la taille d'un réfrigérateur aurait dû être freinée par un premier parachute stabilisateur à 33 kilomètres d'altitude et par un parachute principal à 6,1 kilomètres du sol afin que deux hélicoptères puissent l'attraper au vol. Manque de pot hier: aucun des parachutes n'a répondu à l'appel avec, pour conséquence, l'écrasement pur et simple de ladite capsule à 311 km/h, sous les yeux horrifiés des deux pilotes impuissants.

À demi enfoncée dans le sol désertique, la capsule a subi de lourds dommages, a aussitôt constaté Roy Haggard, l'un des pilotes professionnels engagés pour l'occasion. «Elle a pénétré dans le sol jusqu'à la moitié de son diamètre et il apparaît que le récipient contenant les échantillons scientifiques est brisé sur plusieurs centimètres», a précisé M. Haggard, qui s'est rendu sur le site de l'écrasement.

Ces dommages ne laissent présager rien de bon pour les quelque 10 à 20 microgrammes de poussières solaires que transportait la capsule. Leur perte serait d'autant plus regrettable que ce sont là les premiers matériaux extraterrestres jamais recueillis au-delà de l'orbite lunaire.

Des membres de la mission ont d'ailleurs déclaré qu'il faudra faire preuve de prudence dans la procédure de récupération de la capsule accidentée et du contenant qui renferme les disques ayant capté les particules en raison de la présence potentielle de gaz dangereux et de charges pyrotechniques qui auraient dû exploser pour déclencher l'ouverture des parachutes.

Pour le directeur de la mission, Chris Jones, aussi responsable de l'exploration du système solaire au Jet Propulsion Laboratory de la NASA, à Pasadena, l'heure était au questionnement hier. «La capsule a souffert d'énormes dégâts, elle est brisée et posée en plein désert», a-t-il déclaré peu de temps après le crash. «Nous espérons trouver assez d'éléments pour déterminer les raisons de cet échec. Reste à savoir si nous pourrons récupérer le contenu scientifique.»

À cet égard, le responsable de la mission se faisait plus optimiste en fin de journée. «Les échantillons sont en notre possession, ils sont au sol, et il y a encore un espoir de tirer un résultat scientifique de cette mission», a déclaré Don Sweetnam à l'occasion d'une conférence de presse.

«Ce n'est pas le scénario le plus catastrophique», a aussi fait observer Andrew Dantzler, direction de la division solaire de la NASA, se félicitant que la capsule se soit enfoncée dans un sol meuble au lieu de toucher une surface plus dure qui aurait provoqué une «perte totale».

Cet écrasement met un terme au voyage de 32 millions de kilomètres de Genesis, lancée du Cap Canaveral en janvier 2001 au coût de 260 millions de dollars. Le coursier léger a passé l'essentiel de ses trois années en orbite autour d'un point bien précis, l'espace Lagrange 1. À cet endroit, les attractions gravitationnelles de la Terre et du Soleil s'équilibrent parfaitement, une position qui offre une vision ininterrompue du Soleil mais qui a aussi l'avantage d'être située au-delà de la magnétosphère terrestre, qui perturbe les vents solaires.

De décembre 2001 à avril 2004, Genesis a ainsi mesuré la vitesse, la température, la densité et la composition du vent solaire, ce flux de particules ionisées émises en permanence par notre astre du jour. Munie de capteurs composés de matériaux purs comme le diamant, l'or, le silicium ou le saphir, la sonde de 494 kilos a ainsi capté de 10 à 20 microgrammes de poussières solaires.

Cette pincée de Soleil représente beaucoup pour la communauté scientifique, qui a bien peu de matériaux extraterrestres à se mettre sous la dent. En effet, il s'agissait de la première opération de récupération de matériaux extraterrestres depuis les pierres de Lune rapportées par les missions américaines Apollo et les sondes soviétiques Luna, dans les années 60 et 70.

Ces particules — des ions extrêmement légers — doivent permettre aux scientifiques de mieux comprendre le processus de formation des planètes du système solaire puisqu'elles constituent une trace fossile, quasi inchangée, de la nébuleuse solaire primitive.

Advenant le cas où les scientifiques parviendraient à récupérer les échantillons scientifiques, ceux-ci seront transportés au centre spatial Johnson de la NASA, près de Houston, où ils seront analysés.

Avec l'Agence France-Presse et Associated Press
 
 
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