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Josée Boileau   9 septembre 2004 
Pour une énième fois, le sort de CKAC à Montréal, de CHRC à Québec et de quatre autres stations AM, membres du réseau Radiomédia et riches de tout un passé radiophonique, est à se jouer.

Les nouveaux acquéreurs plaident la nécessité de repositionner les stations sur une bande AM qui se meurt. Leurs adversaires supputent plutôt la manoeuvre qui permettra au final à Corus d'isoler, du moins à Montréal, un concurrent au profit de 98,5, sa station FM revampée où travaillent maintenant des anciens de CKAC (dont son directeur des ventes et son animateur-vedette, Paul Arcand).

Il est possible que le curieux échange de stations entre Astral, propriétaire de Radiomédia depuis 2001, et Corus, qui lui cède en retour de profitables stations FM régionales, relève de la machination commerciale. Ces ennemis d'hier avaient sûrement chacun des intérêts à préserver pour conclure un tel marché, que nul n'avait vu venir, en mars dernier.

On comprendra toutefois que la première préoccupation doit être la sauvegarde des stations. Les intéressés les plus solides s'étant désistés, qui d'autre que la riche chaîne Corus pouvait embarquer dans une telle aventure? Néanmoins, son projet est abrupt dans sa façon de sabrer la programmation régionale et les ressources journalistiques.

Certes, il y a maintenant dix ans que la grande tradition journalistique de CKAC, et des autres stations du réseau, est morte, soit depuis la fusion des réseaux Radiomutuel et Télémédia en septembre 2004. Le nouveau Radiomédia a continué de faire sa marque en affaires publiques grâce à des animateurs remarqués. Mais les salles de nouvelles — désertées par leurs vétérans — n'ont plus jamais été au coeur des projets de la direction.

Néanmoins, ces salles jouent encore un certain rôle en matière de diversité journalistique, surtout en région. Contrairement à ce que laisse croire Corus dans son mémoire au CRTC, l'apport à la communauté locale, pour une station de radio, ne se limite pas aux conseils donnés lors de catastrophes naturelles ou aux collectes de fonds à organiser. Un service d'information minimal — ce qu'il est à l'heure actuelle! — en fait partie. Le CRTC ne doit pas hésiter à le rappeler.

De son côté, Ottawa a un important mea-culpa à faire dans toute cette saga radiophonique. Les transactions n'ont pas cessé d'avorter dans ce dossier en raison de la collision entre deux organismes réglementaires: le CRTC et le Bureau de la concurrence, qui ont rendu des décisions opposées lorsque Astral s'est porté acquéreur du réseau, obligeant celui-ci à le revendre aussitôt. Depuis, on nage dans l'incertitude.

L'an dernier, le comité parlementaire des Communes présidé par Clifford Lincoln, qui s'est penché sur l'état de la radiodiffusion au Canada, a même fait de ce dossier un exemple pour illustrer le ridicule de cette guerre de compétences. Il faut clarifier le rôle des deux organismes, recommandait dès lors le comité. La ministre du Patrimoine, Liza Frulla, vient de confier à M. Lincoln le mandat de se pencher sur le CRTC. L'examen du Bureau de la concurrence presse tout autant.

jboileau@ledevoir.ca
 
 
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