Libre opinion: Faire plus avec rien!
Mario Raymond - Responsable de La Porte Ouverte
9 septembre 2004
Chaque année, le 8 septembre, les pays membres de l'Organisation des nations unies soulignent la Journée internationale de l'alphabétisation. C'est l'occasion pour chacun des pays de faire le point sur le chemin parcouru en matière de lutte contre l'analphabétisme et d'anticiper le chemin à parcourir afin d'éradiquer ce problème social qui touche plus de 35 % de l'humanité.
Le Québec ne se compare en rien à ce chapitre aux pays en développement, mais il lui reste encore beaucoup à faire. En effet, on estime encore en 2004 à plus de un million le nombre d'adultes qui éprouvent de sérieuses difficultés à lire et à écrire. Leurs difficultés sont telles qu'elles leur bloquent souvent l'accès à l'emploi et à toute possibilité de formation qui leur permettrait de se qualifier à l'emploi. Ces difficultés les empêchent aussi fréquemment de jouer pleinement leur rôle de citoyen et de parent, qu'on pense à l'exercice du droit de vote ou à l'accompagnement de leurs enfants dans leur cheminement scolaire, par exemple.
En fait, on estime qu'un adulte sur cinq ne peut pas lire en le comprenant un exposé bref et simple en lien avec sa vie quotidienne et qu'un adulte sur dix est absolument incapable de lire et d'écrire.
Que fait le Québec pour remédier à cette situation? Le gouvernement du Québec, par son ministère de l'Éducation, soutient financièrement des dizaines de commissions scolaires et plus d'une centaine de centres d'alphabétisation populaire dans leurs efforts d'alphabétisation de leur communauté. Pourtant, bon an, mal an, l'ensemble des services d'alphabétisation que compte le Québec ne rejoint qu'à peine 2 % du bassin potentiel d'apprenants adultes.
Il reste donc encore énormément d'efforts à faire, et, on le comprendra, pour offrir des services d'alphabétisation, il faut au préalable sensibiliser le milieu et recruter ces adultes qui sont très difficiles à rejoindre compte tenu de leur faible accès à l'écrit. Et c'est là que notre gouvernement souffre de problèmes de cohérence.
Projet refusé
Depuis 20 ans, La Porte Ouverte, un centre d'alphabétisation populaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, a réussi à rejoindre et à alphabétiser des centaines d'adultes dans le Haut-Richelieu, et ce, avec des moyens financiers plus que modestes. Or l'organisme apprenait récemment que son projet de sensibilisation du milieu et de recrutement d'adultes analphabètes était refusé par le ministère de l'Éducation.
Sans ce projet qui prévoyait l'embauche d'une personne à temps plein, La Porte Ouverte ne pourra pas parvenir à atteindre les cibles de recrutement prescrites par le ministère alors que son financement de base risque de s'en trouver altéré à très court terme, faute d'apprenants adultes en formation.
Il semble donc, pour reprendre une expression populaire, que la main gauche du gouvernement ne sache pas ce que fait sa main droite ou qu'il n'y ait que sa main droite qui soit tout agissante et qui décide de tout. Serait-ce une autre façon détournée de sabrer dans les services de première nécessité sous prétexte de non-rentabilité?
Faute de projet structurant, La Porte Ouverte devra non pas faire plus avec moins mais bien faire plus avec rien. Nos contacts réguliers avec les autres centres d'alphabétisation populaire du Québec nous apprennent que nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Plusieurs autres se sont fait refuser des projets tout aussi importants de cette source de subvention qui provient du gouvernement du Canada.
Qu'adviendra-t-il des sommes dévolues à ces projets qui représentent plus de trois millions par année pour le seul Québec? Seront-elles versées à Intrawest pour le Mont-Tremblant ou à un autre entrepreneur privé ou seront-elles simplement versées au fonds consolidé de la province? Nul ne le sait.
Une chose est sûre, c'est que ce manque à gagner affectera grandement les activités courantes de La Porte Ouverte, ses capacités d'accueil et — oui! — sa rentabilité aux yeux du gouvernement.
Faute de meilleurs moyens de recrutement, La Porte Ouverte devra compter sur le bouche-à-oreille en espérant que les résultats escomptés par le ministère de l'Éducation soient au rendez-vous. Mais rien ne saura remplacer une campagne structurée de sensibilisation et de recrutement qui permet de rencontrer directement les apprenants potentiels. Nos 20 années d'expérience le démontrent, mais il semble que cette expérience représente bien peu aux yeux de notre gouvernement.
Même si tous nos services sont gratuits, il y a fort à parier que ces adultes en grand besoin ne feront pas le premier pas qui leur permettrait d'améliorer de façon notable leurs conditions de vie. Nous nous ferons fort, tout de même, d'accueillir de façon humaine et respectueuse les quelques-uns qui oseront faire ce pas, comme nous l'avons toujours fait au cours des 20 dernières années.
Le Québec ne se compare en rien à ce chapitre aux pays en développement, mais il lui reste encore beaucoup à faire. En effet, on estime encore en 2004 à plus de un million le nombre d'adultes qui éprouvent de sérieuses difficultés à lire et à écrire. Leurs difficultés sont telles qu'elles leur bloquent souvent l'accès à l'emploi et à toute possibilité de formation qui leur permettrait de se qualifier à l'emploi. Ces difficultés les empêchent aussi fréquemment de jouer pleinement leur rôle de citoyen et de parent, qu'on pense à l'exercice du droit de vote ou à l'accompagnement de leurs enfants dans leur cheminement scolaire, par exemple.
En fait, on estime qu'un adulte sur cinq ne peut pas lire en le comprenant un exposé bref et simple en lien avec sa vie quotidienne et qu'un adulte sur dix est absolument incapable de lire et d'écrire.
Que fait le Québec pour remédier à cette situation? Le gouvernement du Québec, par son ministère de l'Éducation, soutient financièrement des dizaines de commissions scolaires et plus d'une centaine de centres d'alphabétisation populaire dans leurs efforts d'alphabétisation de leur communauté. Pourtant, bon an, mal an, l'ensemble des services d'alphabétisation que compte le Québec ne rejoint qu'à peine 2 % du bassin potentiel d'apprenants adultes.
Il reste donc encore énormément d'efforts à faire, et, on le comprendra, pour offrir des services d'alphabétisation, il faut au préalable sensibiliser le milieu et recruter ces adultes qui sont très difficiles à rejoindre compte tenu de leur faible accès à l'écrit. Et c'est là que notre gouvernement souffre de problèmes de cohérence.
Projet refusé
Depuis 20 ans, La Porte Ouverte, un centre d'alphabétisation populaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, a réussi à rejoindre et à alphabétiser des centaines d'adultes dans le Haut-Richelieu, et ce, avec des moyens financiers plus que modestes. Or l'organisme apprenait récemment que son projet de sensibilisation du milieu et de recrutement d'adultes analphabètes était refusé par le ministère de l'Éducation.
Sans ce projet qui prévoyait l'embauche d'une personne à temps plein, La Porte Ouverte ne pourra pas parvenir à atteindre les cibles de recrutement prescrites par le ministère alors que son financement de base risque de s'en trouver altéré à très court terme, faute d'apprenants adultes en formation.
Il semble donc, pour reprendre une expression populaire, que la main gauche du gouvernement ne sache pas ce que fait sa main droite ou qu'il n'y ait que sa main droite qui soit tout agissante et qui décide de tout. Serait-ce une autre façon détournée de sabrer dans les services de première nécessité sous prétexte de non-rentabilité?
Faute de projet structurant, La Porte Ouverte devra non pas faire plus avec moins mais bien faire plus avec rien. Nos contacts réguliers avec les autres centres d'alphabétisation populaire du Québec nous apprennent que nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. Plusieurs autres se sont fait refuser des projets tout aussi importants de cette source de subvention qui provient du gouvernement du Canada.
Qu'adviendra-t-il des sommes dévolues à ces projets qui représentent plus de trois millions par année pour le seul Québec? Seront-elles versées à Intrawest pour le Mont-Tremblant ou à un autre entrepreneur privé ou seront-elles simplement versées au fonds consolidé de la province? Nul ne le sait.
Une chose est sûre, c'est que ce manque à gagner affectera grandement les activités courantes de La Porte Ouverte, ses capacités d'accueil et — oui! — sa rentabilité aux yeux du gouvernement.
Faute de meilleurs moyens de recrutement, La Porte Ouverte devra compter sur le bouche-à-oreille en espérant que les résultats escomptés par le ministère de l'Éducation soient au rendez-vous. Mais rien ne saura remplacer une campagne structurée de sensibilisation et de recrutement qui permet de rencontrer directement les apprenants potentiels. Nos 20 années d'expérience le démontrent, mais il semble que cette expérience représente bien peu aux yeux de notre gouvernement.
Même si tous nos services sont gratuits, il y a fort à parier que ces adultes en grand besoin ne feront pas le premier pas qui leur permettrait d'améliorer de façon notable leurs conditions de vie. Nous nous ferons fort, tout de même, d'accueillir de façon humaine et respectueuse les quelques-uns qui oseront faire ce pas, comme nous l'avons toujours fait au cours des 20 dernières années.
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