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Inconsolable Beslan

N/A ZZZN/A   7 septembre 2004 
Beslan, théâtre de la plus meurtrière prise d’otages de l’histoire, a enterré hier un grand nombre de ses morts, tandis que toute la Russie observait une première journée de deuil en mémoire des otages tués vendredi. Le bilan officiel de la t
Photo : Agence Reuters
Beslan, théâtre de la plus meurtrière prise d’otages de l’histoire, a enterré hier un grand nombre de ses morts, tandis que toute la Russie observait une première journée de deuil en mémoire des otages tués vendredi. Le bilan officiel de la t
Beslan, Russie — La Russie a observé hier une première journée de deuil national après la mort de centaines d'adultes et d'enfants dans la prise d'otages de Beslan, dont la gestion et le dénouement sanglant ont placé Vladimir Poutine sous le feu des critiques.

Selon les derniers chiffres officiels, la prise d'otages par un commando se réclamant de la cause tchétchène mercredi et l'assaut des forces russes vendredi ont provoqué la mort d'au moins 335 otages, dont la moitié sont des enfants. Les corps de 31 des ravisseurs ont aussi été retrouvés, et un membre du commando pro-tchétchène a été arrêté, ont dit les autorités.

Pour enterrer tous ces morts, il a fallu défricher tout un champ, à côté du cimetière de Beslan. Depuis deux jours, une escouade de pelleteuses creuse des fosses le matin, dans lesquelles l'après-midi, les habitants de Beslan viennent déposer leurs enfants, parents et grand-parents morts dans la prise d'otage de l'École numéro 1.

Près de 150 morts ont été enterrés hier, transportés jusqu'au cimetière à l'arrière de camionnettes de livraison ou de camions de chantier, faute de corbillards en nombre suffisant. Mais ce n'est encore que le début des funérailles puisque moins de la moitié des morts de l'école de Beslan ont été enterrés jusqu'à présent, une centaine de corps n'étaient même pas encore identifiés hier, dans les morgues de la région.

La foule est si nombreuse dans ce champ de boue transformé en cimetière improvisé que, souvent, les cortèges s'égarent ou se mélangent. Une pluie glaciale s'abat sur ces proches qui pataugent dans la boue, mais la foule, concentrée dans sa douleur, ne semble même pas la remarquer. «Regardez, beaucoup de cercueils arrivent déjà fermés au cimetière, soupire Nella, une mère de deux filles qui par miracle étaient en retard à l'école, le 1er septembre, jour de la prise d'otages. Notre tradition veut que les morts soient portés en cercueil ouvert jusqu'à la tombe, mais certains corps sont tellement déchiquetés que les parents n'ont pas voulu les exposer aux regards.» Plusieurs cercueils ouverts passent pourtant, montrant des enfants aux visages tuméfiés, défigurés par des éclats d'explosion ou de balles.

D'autre part, les enquêteurs ont affirmé que les preneurs d'otages de Beslan étaient liés au chef de guerre tchétchène Chamil Bassaïev, considéré par les Russes comme le «terroriste numéro un». Le seul membre du commando capturé vivant a exposé la même thèse hier soir à la télévision russe, affirmant que les dirigeants tchétchènes Aslan Maskhadov et Chamil Bassaïev étaient à l'origine de la prise d'otages.

Aucune nouvelle information officielle n'a été donnée sur les circonstances du drame, mais l'un des négociateurs, l'ancien président ingouche Rouslan Aouchev, a jeté un pavé dans la mare en affirmant que la fusillade avait été déclenchée non par les preneurs d'otages, comme le dit la version officielle, mais par des groupes de civils en armes postés autour de l'école. Selon M. Aouchev, des pourparlers étaient en cours lorsque ces civils ont ouvert le feu. Les ravisseurs, croyant qu'un assaut était lancé, ont déclenché leurs explosifs, contraignant les forces spéciales russes à entrer en action.

Après l'explosion en plein vol de deux avions de ligne russes le 24 août, qui a fait 90 morts, et l'attentat suicide qui a tué 10 personnes devant une bouche d'entrée du métro de Moscou la veille de la prise d'otages en Ossétie, la politique de fermeté du président russe en Tchétchénie était plus que jamais remise en question hier. «La thèse officielle voulant que le terrorisme international soit derrière le drame de Beslan est un piège», a commenté Boris Nemtsov, homme politique libéral.

«Si nous évoquons une responsabilité politique, alors il ne peut y avoir d'autre opinion: les plus hautes autorités, notamment le président, le FSB et le ministère de l'Intérieur doivent porter la responsabilité», écrit pour sa part le député indépendant Vladimir Rijkov dans le quotidien Nezavisimaïa.

Hier à Beslan, le président de la République d'Ossétie du nord, Alexandre Dzassokhov, qui n'osait plus guère se montrer en public depuis le massacre de vendredi, a réapparu, aux côtés d'une brochette d'officiels russes.

Vladmir Poutine, à défaut de venir lui-même, a dépêché le chef de son administration, le président du parlement russe, le maire de Moscou, ou encore le gouverneur de Saint-Pétersbourg. «Nous devons trouver tous les terroristes, tous les sadiques qui ont fait une chose pareille», lance le président nord-ossète.

Depuis vendredi, la petite ville de Beslan, forte de 40 000 habitants, n'est plus qu'un deuil infini. Il n'est pas une rue, pas une famille, qui n'ait son mort parmi ses parents ou ses proches, et toute la population, qui pendant la prise d'otages était dans la rue, serrée d'angoisse, courant de rumeurs en rumeurs, marche maintenant de funérailles en funérailles. «Pour l'instant, l'heure est au deuil, nous devons enterrer nos morts, explique un de ces hommes qui vont de cortèges funèbres en cortège funèbre. Mais ensuite, il faudra nous donner des explications. Nous demanderons des comptes à notre gouvernement. On va s'occuper d'eux!»






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