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Le FFM couronne La Fiancée syrienne à l'unanimité

Odile Tremblay   7 septembre 2004 
Le seul film québécois en compétition, Elles étaient cinq, de Ghyslaine Côté (notre photo), a remporté un étonnant prix de la contribution artistique. — Pascal Ratthé, Le Devoir
Le seul film québécois en compétition, Elles étaient cinq, de Ghyslaine Côté (notre photo), a remporté un étonnant prix de la contribution artistique. — Pascal Ratthé, Le Devoir
Qui dit mieux? Quatre jurys distincts (dont celui de l'auditoire) ont octroyé hier leur palme à La Fiancée syrienne de l'Israélien Eran Riklis au palmarès du 28e FFM, décerné hier midi au cinéma Impérial. La totale: Grand Prix des Amériques décerné par le jury de la compétition, prix du public air Canada, prix de la critique (Fipresci) et prix du jury oecuménique. En racontant le rocambolesque mariage d'une jeune Druze israélienne du plateau apatride du Golan avec une vedette de télé syrienne, toute l'absurdité des guerres et des querelles de frontières éclatait au grand jour à travers un scénario, il est vrai, remarquable. Aux dernières nouvelles, La Fiancée syrienne n'a pas encore trouvé de distributeur chez nous. Avis aux intéressés!

Cette 28e édition aura été marquée, outre par l'avenir précaire de ce festival sous sa direction actuelle, par une compétition relativement solide. Le coup de coeur du FFM fut, hors concours, le magistral téléfilm d'Ingmar Bergman Saraband réunissant, trente ans après Scènes de la vie conjugale, les grands interprètes Erland Josephson et Liv Ullmann. Aux conférences de presse d'Isabelle Adjani et de Penélope Cruz s'est à peu près réduit l'apport mondain du festival montréalais. Mais le délicieux film de clôture, Les Choristes, de Christophe Barratier, fermait le bal en chansons.

Parti favori pour plusieurs critiques attachés à la compétition, Le 7e Jour de l'Espagnol Carlos Saura, qui escaladait sa tragédie de village avec force et doigté, a tout de même obtenu le laurier hautement mérité de la meilleure mise en scène. Saura atterrit souvent en compétition au Festival des films du monde avec des oeuvres intéressantes, mais repart en général sans statuette. Du moins, est-il cette fois lauréat d'un prix majeur.

Le seul film québécois en compétition Elles étaient cinq de Ghyslaine Côté, que certains attendaient du côté du laurier d'interprétation féminine pour Jacinthe Lagüe, a récolté un étonnant prix de contribution artistique.

Les observateurs l'attribuaient plutôt au magnifique documentaire Genesis de Claude Nuridsany et Marie Pérennou (les créateurs de Microcosmos), hélas! reparti bredouille.

Le Rôle de sa vie du Français François Favrat, comédie portée par d'excellents dialogues et un puissant duo d'actrices, a reçu le prix du meilleur scénario, mais également le prix d'interprétation féminine pour Karin Viard. On s'en afflige un peu pour Agnès Jaoui. Elle et Karin Viard représentaient la face soleil et la face ombre d'une même médaille et auraient mérité conjointement ce laurier.

Le prix d'interprétation masculine s'est scindé, en intronisant des acteurs qui jouaient dans des films aux antipodes l'un de l'autre. Le Chinois Fan Wei, en père et amoureux sensible du Chef du stationnement offrait la performance la plus solide de la compétition. Par contre, le grand comédien américain Christopher Walken (lauréat d'un oscar pour son inoubliable prestation dans The Deer Hunter) cabotinait en père excentrique dans Around the Bend de Jordan Roberts, qui lui valut ici la palme ex aequo avec Fan Wei.

Autre surprise: le beau, subtil (mais classique) La Complainte du vent (Fuon) du Japonais Yoichi Higashi se retrouve avec le prix de l'innovation, alors qu'une récompense spéciale de jury eût semblé aux yeux de plusieurs plus appropriée.

Mais, en gros, le jury présidé par Claude Zidi, en couronnant plusieurs oeuvres appréciées, n'a pas offert un mauvais palmarès. Quelques grands négligés pourtant: Genesis, mais aussi les deux films d'Amérique latine très méritoires: Luna de Avellaneda de l'Argentin Juan José Campanella et Perdre est une question de méthode du Colombien Sergio Cabrera.

Du côté des courts métrages, le 1er prix au Petit Terroriste de l'Indien Ashvin Kumar récompensait une oeuvre sensible qui traitait par l'absurde (comme La Fiancée syrienne) les chicanes de frontières. Le Voyage de Mabelle de la Canadienne JoDee Samuelson, amusante et délicieuse animation sur la ménopause a récolté le prix du jury des courts métrages.

Le Magicien du Mexicain Jaime Aparicio recevait le zénith d'or de la meilleure première oeuvre, Trois fois deux des Cubains Pavel Giroud, Lester Hamlet et Esteban Insausti le zénith d'argent et Comment conquérir l'Amérique en une nuit du Québécois Dany Laferrière le zénith de bronze dans cette même catégorie.

Ce palmarès avait un côté doublement crépusculaire, puisqu'il clôturait cette 28e édition, mais marquait aussi, de toute évidence, la fin d'une époque et d'un mode de gestion.






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