Un geste précipité
L'animateur bien connu, Robert Gillet, est de retour ce matin au micro du 93,3 de Québec, propriété du groupe Cogeco, après une absence de près de deux ans provoquée par ses démêlés avec la justice. Gillet a été acquitté par un jury de deux accusations graves, celle d'avoir payé pour obtenir les services sexuels d'une jeune fille de 15 ans et celle de l'avoir agressée sexuellement. En revanche, il a été reconnu coupable d'avoir acheté les services d'une seconde jeune fille âgée de 17 ans.
Depuis l'annonce de son retour en onde, jeudi dernier, les commentaires sont très partagés: tout le monde a le droit à l'erreur et, maintenant qu'il a purgé sa peine, l'homme doit pouvoir reprendre le travail, soutiennent les uns; vrai, répondent les autres, mais à cause de son métier, celui d'animateur d'une émission grand public où le commentaire occupe une place importante, il n'a plus la crédibilité morale pour remplir un tel mandat.
Robert Gillet a pleinement le droit de reprendre le micro si des employeurs sont assez culottés pour faire appel à ses services. Le geste est cependant provocateur pour ces personnes, nombreuses, qui ont été dégoûtées d'apprendre que la vedette des ondes était impliquée dans une affaire de prostitution juvénile. Au surplus, M. Gillet a toujours refusé d'exprimer quelque remords que ce soit, comme le juge Fraser Martin le lui a rappelé au moment de faire connaître sa sentence, en juin dernier. Impatient et frondeur, Gillet n'a même pas attendu de connaître cette sentence avant d'accorder des entrevues télévisées, exprimant de la sorte un certain mépris pour sa victime. «Encore une fois, vous avez manqué une chance de vous taire», lui a lancé le juge au moment de lui refuser l'absolution demandée.
Robert Gillet a maintenant purgé sa peine de travaux communautaires, mais l'affaire n'est pas terminée pour autant. Il y a d'abord la période de probation d'une année, puis l'appel déposé devant le tribunal supérieur et les poursuites intentées contre tous ceux qui lui ont fait un mauvais parti. Mais il y a surtout les gens de Québec, aujourd'hui plus sensibilisés au problème de la prostitution juvénile, dont la réaction décidera du sort de M. Gillet comme animateur.
Pour le moment, dans un marché de la radio très concurrentiel marqué par la lutte extrême que se livrent une bande de gladiateurs sans scrupules, les dirigeants de Cogeco ont pris le risque discutable de reprendre Robert Gillet sans même avoir laissé au temps le soin de jouer son rôle réparateur. Cela place M. Gillet devant l'obligation de faire, jour après jour, la démonstration devant son auditoire qu'il ne regrette pas seulement de l'avoir choqué par ses démêlés avec la justice, mais surtout d'avoir commis les gestes pour lesquels il a été reconnu coupable.
Quant aux trop nombreuses jeunes filles encore aujourd'hui victimes de vieux boucs pervers à la recherche de chair fraîche, c'est à elles que devrait aller notre attention en cette matinée qui voit Québec redonner la parole à son morningman-vedette.
jrsansfacon@ledevoir.ca
Depuis l'annonce de son retour en onde, jeudi dernier, les commentaires sont très partagés: tout le monde a le droit à l'erreur et, maintenant qu'il a purgé sa peine, l'homme doit pouvoir reprendre le travail, soutiennent les uns; vrai, répondent les autres, mais à cause de son métier, celui d'animateur d'une émission grand public où le commentaire occupe une place importante, il n'a plus la crédibilité morale pour remplir un tel mandat.
Robert Gillet a pleinement le droit de reprendre le micro si des employeurs sont assez culottés pour faire appel à ses services. Le geste est cependant provocateur pour ces personnes, nombreuses, qui ont été dégoûtées d'apprendre que la vedette des ondes était impliquée dans une affaire de prostitution juvénile. Au surplus, M. Gillet a toujours refusé d'exprimer quelque remords que ce soit, comme le juge Fraser Martin le lui a rappelé au moment de faire connaître sa sentence, en juin dernier. Impatient et frondeur, Gillet n'a même pas attendu de connaître cette sentence avant d'accorder des entrevues télévisées, exprimant de la sorte un certain mépris pour sa victime. «Encore une fois, vous avez manqué une chance de vous taire», lui a lancé le juge au moment de lui refuser l'absolution demandée.
Robert Gillet a maintenant purgé sa peine de travaux communautaires, mais l'affaire n'est pas terminée pour autant. Il y a d'abord la période de probation d'une année, puis l'appel déposé devant le tribunal supérieur et les poursuites intentées contre tous ceux qui lui ont fait un mauvais parti. Mais il y a surtout les gens de Québec, aujourd'hui plus sensibilisés au problème de la prostitution juvénile, dont la réaction décidera du sort de M. Gillet comme animateur.
Pour le moment, dans un marché de la radio très concurrentiel marqué par la lutte extrême que se livrent une bande de gladiateurs sans scrupules, les dirigeants de Cogeco ont pris le risque discutable de reprendre Robert Gillet sans même avoir laissé au temps le soin de jouer son rôle réparateur. Cela place M. Gillet devant l'obligation de faire, jour après jour, la démonstration devant son auditoire qu'il ne regrette pas seulement de l'avoir choqué par ses démêlés avec la justice, mais surtout d'avoir commis les gestes pour lesquels il a été reconnu coupable.
Quant aux trop nombreuses jeunes filles encore aujourd'hui victimes de vieux boucs pervers à la recherche de chair fraîche, c'est à elles que devrait aller notre attention en cette matinée qui voit Québec redonner la parole à son morningman-vedette.
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