Libre opinion: Miser sur l'État en s'en méfiant
Alexandre Germain - Étudiant en géographie, Université Laval
7 septembre 2004
L'Assemblée citoyenne, l'événement qui clôturait l'Université du Nouveau Monde sur le thème de «Rêver le Québec de demain (2025)», s'est conclue en bonne partie par des propositions concernant des modifications immédiates à amener dans les politiques fédérales et nationales. En mettant l'accent sur les moyens à prendre plutôt que sur l'idéal projeté, ces propositions se sont offertes plus facilement à la critique.
Ainsi, on a pu discerner, avec justesse d'ailleurs, et ce, autant au Devoir que dans La Presse et le Journal de Montréal (éditions du lundi 23 août), que les jeunes universitaires du Nouveau Monde sont partisans d'un plus grand interventionnisme de l'État. La Presse et le Journal de Montréal vont plus loin en mettant un accent spécial sur le fait que la souveraineté n'est plus une priorité pour les jeunes québécois. En effet, très peu de propositions, dans leur essence, concernent la souveraineté du Québec.
Il a été question, lors des activités de l'UNM, de l'implication citoyenne des jeunes, auxquels on reproche parfois leur passivité politique. Cette dernière assertion se réfute lorsque nous portons notre attention sur les différents niveaux d'implication possible. On constate depuis un certain temps, et l'idée qui émane des 50 propositions le confirme, que l'implication des jeunes est plus active aux niveaux local et international.
Voilà donc trois grandes conclusions qui se résument ainsi: la souveraineté n'est plus une priorité; les jeunes se sentent surtout concernés par les grandes causes internationales et les enjeux locaux; et ils sont partisans d'un plus grand interventionnisme de l'État.
Un paradoxe
J'étais moi-même participant à l'événement. Je dois admettre que ces conclusions sont aussi les miennes, bien que ce soit loin d'être là tout ce que je retiens de l'événement. En fait, c'est plutôt là la seule déception qui lui est liée, car il me semble qu'une lacune dans la pensée globale du monde se trouve dans ces trois conclusions mises ensemble.
En effet, n'apparaît-il pas paradoxal d'être en faveur d'un plus grand interventionnisme de l'État tout en négligeant le niveau national comme niveau d'implication? N'apparaît-il pas paradoxal que l'État national soit négligé comme moyen d'influer sur le système international?
Les raisons avancées pour un désengagement au niveau national touchent souvent à l'écart existant entre l'État et le citoyen, d'une part, et, d'autre part, à l'inefficacité de l'État pour régler les problèmes liés à la mondialisation néolibérale. On mentionne le déficit démocratique de notre société en parallèle avec l'inutilité de faire la souveraineté du Québec «si c'est pour la perdre au profit des multinationales».
Effectivement, la mondialisation telle que vécue aujourd'hui provoque un effritement démocratique qui donne au citoyen l'impression que les canaux politiques traditionnels ne lui donnent plus assez d'influence. Le désengagement national des jeunes est probablement aussi affecté par le cynisme général envers la politique.
Il demeure cependant incontestable qu'un très grand pouvoir d'action pour une société dans le monde d'aujourd'hui réside toujours dans l'État souverain, membre de la communauté internationale et membre des grandes institutions de régulation, tel que l'OMC.
Malgré cela, la cause nationale, rapidement et constamment réduite aux querelles entre Québec et Ottawa, demeure non prioritaire aux yeux des jeunes Québécois. Cette constatation est particulièrement flagrante lorsque l'on observe les dix propositions sur le thème de «Identités: universalisme et particularismes», dont aucune ne fait de lien entre une identité québécoise et sa consolidation dans un gouvernement réellement représentatif.
La question identitaire au Québec est, malheureusement peut-être, particulièrement cruciale et incertaine. Identité ethnique ou civique, identité européenne ou américaine, identité tout court? La question des allégeances s'avère très importante dans une société, mais ici, dans un Canada qui n'est plus vraiment à notre image, elle est encore sujette aux tiraillements.
Selon moi, et cela est dit avec beaucoup de conviction, la question nationale demeure des plus prioritaires pour la société québécoise. Le monde est un système structuré dont chacune des composantes s'inscrit dans un cadre plus large. Les enjeux locaux, nationaux et internationaux ont tous une relation entre eux. Le niveau intermédiaire de cette structure à plusieurs échelles, le niveau national, ne peut être négligé au profit des autres.
Les raisons qui ont poussé nos parents à privilégier ou non la souveraineté sont souvent dépassées. Il faut chercher de nouvelles justifications, qui se trouvent dans la nécessité de créer un pont entre l'international et le local. Voilà une chose que pourrait assurer le gouvernement du Québec, l'organisation la plus représentative de la société québécoise dans son ensemble. Les attentes des jeunes envers le gouvernement du Québec, qui se sont manifestées par des propositions en faveur d'un plus grand interventionnisme, devraient renforcer cette position.
Ainsi, on a pu discerner, avec justesse d'ailleurs, et ce, autant au Devoir que dans La Presse et le Journal de Montréal (éditions du lundi 23 août), que les jeunes universitaires du Nouveau Monde sont partisans d'un plus grand interventionnisme de l'État. La Presse et le Journal de Montréal vont plus loin en mettant un accent spécial sur le fait que la souveraineté n'est plus une priorité pour les jeunes québécois. En effet, très peu de propositions, dans leur essence, concernent la souveraineté du Québec.
Il a été question, lors des activités de l'UNM, de l'implication citoyenne des jeunes, auxquels on reproche parfois leur passivité politique. Cette dernière assertion se réfute lorsque nous portons notre attention sur les différents niveaux d'implication possible. On constate depuis un certain temps, et l'idée qui émane des 50 propositions le confirme, que l'implication des jeunes est plus active aux niveaux local et international.
Voilà donc trois grandes conclusions qui se résument ainsi: la souveraineté n'est plus une priorité; les jeunes se sentent surtout concernés par les grandes causes internationales et les enjeux locaux; et ils sont partisans d'un plus grand interventionnisme de l'État.
Un paradoxe
J'étais moi-même participant à l'événement. Je dois admettre que ces conclusions sont aussi les miennes, bien que ce soit loin d'être là tout ce que je retiens de l'événement. En fait, c'est plutôt là la seule déception qui lui est liée, car il me semble qu'une lacune dans la pensée globale du monde se trouve dans ces trois conclusions mises ensemble.
En effet, n'apparaît-il pas paradoxal d'être en faveur d'un plus grand interventionnisme de l'État tout en négligeant le niveau national comme niveau d'implication? N'apparaît-il pas paradoxal que l'État national soit négligé comme moyen d'influer sur le système international?
Les raisons avancées pour un désengagement au niveau national touchent souvent à l'écart existant entre l'État et le citoyen, d'une part, et, d'autre part, à l'inefficacité de l'État pour régler les problèmes liés à la mondialisation néolibérale. On mentionne le déficit démocratique de notre société en parallèle avec l'inutilité de faire la souveraineté du Québec «si c'est pour la perdre au profit des multinationales».
Effectivement, la mondialisation telle que vécue aujourd'hui provoque un effritement démocratique qui donne au citoyen l'impression que les canaux politiques traditionnels ne lui donnent plus assez d'influence. Le désengagement national des jeunes est probablement aussi affecté par le cynisme général envers la politique.
Il demeure cependant incontestable qu'un très grand pouvoir d'action pour une société dans le monde d'aujourd'hui réside toujours dans l'État souverain, membre de la communauté internationale et membre des grandes institutions de régulation, tel que l'OMC.
Malgré cela, la cause nationale, rapidement et constamment réduite aux querelles entre Québec et Ottawa, demeure non prioritaire aux yeux des jeunes Québécois. Cette constatation est particulièrement flagrante lorsque l'on observe les dix propositions sur le thème de «Identités: universalisme et particularismes», dont aucune ne fait de lien entre une identité québécoise et sa consolidation dans un gouvernement réellement représentatif.
La question identitaire au Québec est, malheureusement peut-être, particulièrement cruciale et incertaine. Identité ethnique ou civique, identité européenne ou américaine, identité tout court? La question des allégeances s'avère très importante dans une société, mais ici, dans un Canada qui n'est plus vraiment à notre image, elle est encore sujette aux tiraillements.
Selon moi, et cela est dit avec beaucoup de conviction, la question nationale demeure des plus prioritaires pour la société québécoise. Le monde est un système structuré dont chacune des composantes s'inscrit dans un cadre plus large. Les enjeux locaux, nationaux et internationaux ont tous une relation entre eux. Le niveau intermédiaire de cette structure à plusieurs échelles, le niveau national, ne peut être négligé au profit des autres.
Les raisons qui ont poussé nos parents à privilégier ou non la souveraineté sont souvent dépassées. Il faut chercher de nouvelles justifications, qui se trouvent dans la nécessité de créer un pont entre l'international et le local. Voilà une chose que pourrait assurer le gouvernement du Québec, l'organisation la plus représentative de la société québécoise dans son ensemble. Les attentes des jeunes envers le gouvernement du Québec, qui se sont manifestées par des propositions en faveur d'un plus grand interventionnisme, devraient renforcer cette position.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

