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Un moindre mal pour Poutine

4 septembre 2004 
Moscou - La prise d'otages en Ossétie du Nord (Caucase russe) a connu hier un quasi-dénouement sanglant, au prix de plus de 100 morts et de centaines de blessés, mais c'était un moindre mal pour le président Vladimir Poutine qui n'était plus obligé de devoir choisir entre sa politique tchétchène et les vies de centaines d'enfants.

Survenue dans le sillage des attentats suicide contre deux avions de ligne et d'une explosion meurtrière à Moscou, la prise d'otages a prouvé une nouvelle fois que la normalisation en Tchétchénie était loin d'être un succès. L'entrée des forces spéciales russes dans l'école tenue par les preneurs d'otages était-elle un assaut prémédité? Les responsables des forces de l'ordre sur place ont assuré du contraire.

Les événements se sont enchaînés spontanément, affirment-ils: au moment où des sauveteurs du ministère des Situations d'urgence s'approchaient de l'école pour évacuer les corps de personnes tuées mercredi à l'arrivée du commando, deux explosions se sont fait entendre et un groupe d'otages a tenté de s'enfuir. Le commando a ouvert le feu, soit pour repousser les sauveteurs, soit pour empêcher ses prisonniers de partir. Les forces russes ont riposté et la situation a échappé à tout contrôle.

Des explosions — peut-être des charges installées par le commando — ont fait s'effondrer le toit du gymnase où étaient regroupés les otages, tuant plus de 100 d'entre eux, selon un bilan provisoire. Les autres otages, aidés par les militaires, ont quitté le bâtiment, alors que le commando s'est enfui. L'intervention de celles-ci n'était pas planifiée, a affirmé Valeri Andreïev, le chef du FSB (ex-KGB) pour l'Ossétie du Nord.

«Nous nous proposions de poursuivre les pourparlers pour la libération pacifique des otages», a-t-il dit, dans le droit fil de l'intervention de la veille du président Poutine. Ce dernier avait déclaré que l'essentiel était «de sauver la vie et protéger la santé» des otages.

Le dénouement spontané et chaotique aura évité à M. Poutine de devoir trancher entre deux options, l'une et l'autre quasiment impossibles à accepter pour lui. Soit négocier un compromis avec les preneurs d'otages. Une voie que d'autres dirigeants, tel Boris Eltsine ou des responsables israéliens avaient prise pour sauver des vies humaines, mais qui serait un chemin de croix pour M. Poutine, très attaché au principe d'intransigeance face au terrorisme, base de son image de marque. Soit donner l'ordre d'attaquer l'école et assumer la responsabilité de l'éventuel massacre d'enfants, dressant contre Moscou l'Ossétie du Nord, dans un Caucase russe ressemblant déjà à une poudrière.

Quelques signes secondaires semblaient indiquer que le Kremlin penchait pour l'option dure. Ainsi, après avoir longtemps tu les objectifs politiques du commando, les responsables russes ont déclaré hier matin qu'il réclamait l'indépendance de la Tchétchénie.

Une telle formulation — à la différence des versions précédentes qui parlaient d'un retrait des troupes russes de Tchétchénie, voire simplement de la libération de certains détenus en Ingouchie (république voisine de la Tchétchénie) — aurait permis au Kremlin de dire, le cas échéant, à l'opinion publique russe et mondiale qu'aucun compromis n'était possible sur la souveraineté de la Russie.

Hier soir, le sort d'un certain nombre d'otages encore retenus par des survivants du commando pro-tchétchène n'était pas connu, mais ces derniers n'étaient plus en mesure de faire pression sur le Kremlin.






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