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    Libre opinion: Acadie : Réflexion sur une fête nationale

    1 septembre 2004 |Marc Ouimet - Candidat à la maîtrise en histoire, Université du Québec à Montréal
    L'Acadie a 400 ans et fête, avec raison, son succès à préserver tout ce temps, malgré la déportation et les tentatives d'assimilation, son identité et sa langue. Cette réussite ne va cependant pas sans bémols, comme en témoignent les difficultés économiques de la région et le manque flagrant de reconnaissance de cette nation par le gouvernement fédéral.

    Le fait que le gouvernement reconnaisse le «préjudice» causé aux Acadiens en 1755 relève ainsi davantage, à mon avis, de la rhétorique (on s'est bien gardé d'évoquer de possibles réparations ou dédommagements par rapport à ce «préjudice») que d'une véritable volonté politique de réparer le tort passé.

    Profitant de l'occasion, la SRC a ainsi diffusé il y a quelques semaines un documentaire mettant en vedette, entre autres personnalités, l'Acadienne Isabelle Cyr, et traitant des différents accents de la francophonie canadienne. Louangeant les «parlers» locaux, ce documentaire s'attache donc à évoquer la diversité et la couleur de la langue française en Amérique (le documentaire était parallèlement diffusé sur TV5). Or, un tel choix, s'il peut aux premiers abords s'avérer typique et sympathique, m'apparaît moins innocent qu'il ne le semble a priori.

    Quelle meilleure façon, en effet, d'éviter de parler de la situation socio-économique, voire politique, d'un peuple (d'une nation!) minoritaire que de se cantonner à admirer son accent! S'est-on penché sur les conditions de la survie du français acadien, et par ailleurs des Acadiens eux-mêmes, dans le contexte canadien? A-t-on glissé un mot (ou davantage qu'une seule phrase) des luttes que ce peuple a dû mener afin d'avoir des droits minimaux d'existence, comme celui d'avoir des livres scolaires dans sa propre langue? Et ce, sans parler des autres minorités francophones du pays!

    En se restreignant à contempler les seuls accents du français d'ici, ce documentaire (ce qui l'accorde d'ailleurs parfaitement au credo de Radio-Canada) a ainsi évacué toutes considérations historiques, sociales et politiques concernant les francophones du Canada. Or, comment considérer une langue en occultant la situation des gens qui la parlent?

    Si un constat de cet ordre ressort du documentaire, et ce, sans doute, malgré la volonté des auteurs, c'est que les minorités francophones hors-Québec semblent être des groupes quelque peu acculturés, la forte présence de termes anglais dans leur vocabulaire témoignant assez clairement de la force assimilatrice de la culture anglo-saxonne majoritaire, et cantonnés à la périphérie un peu rustique, voire folklorique, d'une société et d'un pays qui, dans les faits, refusent toujours d'accorder une véritable reconnaissance à leurs minorités nationales francophones (le Québec et l'Acadie, entre autres).

    Ce constat est certes exagéré, voire blessant pour certains, mais tel n'est pas son but. Je ne doute aucunement que l'Acadie soit une société moderne et dynamique, mais le genre d'approche véhiculée par le documentaire aboutit nécessairement, pour l'observateur extérieur et peu au fait de la situation, à une conclusion de ce genre.

    La fête nationale des Acadiens, comme la Saint-Jean-Baptiste pour les Québécois, est certes le lieu par excellence pour célébrer la nation et l'identité acadiens, dont la couleur de la langue est un des traits caractéristiques. Au-delà de la célébration, il importe aussi de mettre en avant la situation économique, sociale, politique et culturelle de la nation. Cette dernière n'est pas qu'un drapeau, mais bien une réalité, toute politique, produit d'une histoire propre et engageant des enjeux et des débats bien présents, que les célébrations ne devraient pas occulter, au contraire, puisque ce sont eux qui resteront lorsque les feux d'artifice se seront éteints.

    J'appelle ainsi le peuple québécois à la solidarité avec son cousin acadien et, plus largement, à une repolitisation de la fête nationale; pour que la célébration n'éclipse pas ce qui est célébré...












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