Santé: Ottawa maintient les provinces dans le vague
Manon Cornellier
31 août 2004
Ottawa — À moins de deux semaines du début de la conférence des premiers ministres sur la santé, les provinces n'en savent pas beaucoup plus sur les intentions du gouvernement fédéral que ce que Paul Martin a dévoilé en campagne électorale.
Plusieurs aspects de la plate-forme libérale suscitent des questions dans les provinces, en particulier le fait qu'Ottawa veuille cibler certains investissements, ce qui équivaudrait à établir des priorités dans un domaine de compétence provinciale. Malgré cela, Ottawa a offert très peu de détails supplémentaires aux provinces depuis le dévoilement de son plan, le 25 mai dernier, et aucun document préparatoire ne leur a encore été fourni, a-t-on confié au Devoir dans deux capitales provinciales.
Dans l'entourage de deux premiers ministres et de deux ministres provinciaux, on ajoute qu'il n'y a pas eu encore de rencontre préparatoire officielle entre Ottawa et les provinces où des fonctionnaires, par exemple, auraient échangé des propositions ou déblayé le terrain en vue de la rencontre du 13 septembre prochain.
Il n'y a peut-être pas eu de rencontre officielle, réplique-t-on à Ottawa, mais il y a eu des «discussions» et des «échanges informels». Au bureau du premier ministre, on convient que ces consultations sont restées bilatérales, mais on dit qu'elles ont eu lieu à «tous les niveaux». Ce qui voudrait dire au niveau des fonctionnaires, ministres et premiers ministres, mais on n'a pas voulu le confirmer.
«On n'a pas diffusé un document comme tel, mais on discute des points communs et des divergences. Mais pour ce qui est de notre position, notre plate-forme électorale la détaillait très bien», a indiqué une des porte-parole du premier ministre, Melanie Gruer. Elle reconnaît que les provinces ont des questions, «mais notre position est dans la plate-forme». Elle ignorait s'il y aurait une rencontre préparatoire avant la conférence.
Le ministre fédéral de la Santé, Ujjal Dosanjh, s'est présenté à la rencontre de ses homologues provinciaux, la semaine dernière à Toronto, mais il s'y est invité pour leur rappeler qu'Ottawa n'avait pas les moyens d'accepter leur proposition d'assurance médicaments pancanadienne.
Cet état de fait a surpris le proche conseiller d'un ancien premier ministre provincial. Vétéran des conférences des premiers ministres, il confiait hier au Devoir que davantage de travail devrait normalement avoir été fait à ce point-ci, surtout pour une conférence qui doit se tenir en public, comme l'a promis M. Martin. À son avis, les points de consensus doivent être clairement connus des participants, en particulier les fonctionnaires, sinon il sera très risqué de travailler sous le feu des projecteurs.
Or Paul Martin a beaucoup misé sur cette conférence, faisant de la santé le coeur de son programme électoral. Il avait même dit que la conférence durerait aussi longtemps que nécessaire pour en arriver à un plan de réforme sur dix ans capable d'assurer la viabilité du système pour une génération. La réaction assez froide des provinces et la décision du premier ministre albertain Ralph Klein de bouder deux des trois jours de réunion l'ont obligé à modérer ses attentes. Il reconnaissait la semaine dernière qu'il faudrait peut-être plus d'une réunion pour arriver à ses fins.
Les provinces, de leur côté, continuent de se préparer pour la rencontre. Après les ministres provinciaux de la Santé et des Finances, les premiers ministres des provinces se réuniront à Toronto à partir de demain pour peaufiner leur position. Le premier ministre albertain Ralph Klein ne compte pas s'y rendre cependant.
Le fossé entre Ottawa et les provinces est davantage apparu à la fin juillet à l'issue de la réunion des premiers ministres provinciaux. Ils ont défendu une position qui a brouillé les cartes d'Ottawa. Au coeur de cette position, il y a la suggestion de transférer au fédéral des programmes provinciaux d'assurance médicaments. Le Québec conserverait le sien, mais recevrait sa part des fonds fédéraux. La réplique d'Ottawa n'a pas tardé ni changé. Pas question, car cela coûterait trop cher, le ministre des Finances, Ralph Goodale, parlant même d'une facture éventuelle de 12,5 milliards par année.
Le plan des libéraux prévoyait une aide pour les coûts catastrophiques des médicaments, mais ce n'était qu'un volet d'un plan d'ensemble qui donnait priorité à la réduction des listes d'attente. Les libéraux proposaient un investissement d'au moins neuf milliards en santé, dont quatre milliards sur cinq ans pour s'attaquer aux listes d'attente dans cinq secteurs et deux milliards sur cinq ans pour le développement des soins à domicile. Aucune somme n'était allouée pour l'amélioration des soins de première ligne ou pour s'attaquer aux coûts catastrophiques de certains médicaments. Les provinces avaient froidement réagi à ce plan, jugeant les investissements timides et n'appréciant pas de voir le fédéral décider des priorités de réforme dans leur champ de compétence.
Président du Conseil de la fédération, le premier ministre ontarien Dalton McGuinty a invité hier ses homologues fédéral et provinciaux à faire preuve d'ouverture lors de la rencontre de septembre. «Je pense que les Canadiens attendent de nous la preuve que nous ferons avancer les choses à cette réunion. Je suis convaincu que nous le pouvons si nous nous présentons dans le bon état d'esprit. Mon conseil à mes homologues est de garder la tête froide», a-t-il dit lors d'une visite à la faculté de médecine de l'Université d'Ottawa.
Il a toutefois rappelé que la proposition d'assurance médicaments des provinces était sérieuse et méritait d'être examinée avec attention. «Si le gouvernement fédéral a une solution de rechange, voyons ce qu'il a à offrir.» Il a noté que si Ottawa prenait le relais de l'Ontario, cette province se retrouverait avec 3,7 milliards pour financer les réformes qu'elle a déjà entreprises.
Plusieurs aspects de la plate-forme libérale suscitent des questions dans les provinces, en particulier le fait qu'Ottawa veuille cibler certains investissements, ce qui équivaudrait à établir des priorités dans un domaine de compétence provinciale. Malgré cela, Ottawa a offert très peu de détails supplémentaires aux provinces depuis le dévoilement de son plan, le 25 mai dernier, et aucun document préparatoire ne leur a encore été fourni, a-t-on confié au Devoir dans deux capitales provinciales.
Dans l'entourage de deux premiers ministres et de deux ministres provinciaux, on ajoute qu'il n'y a pas eu encore de rencontre préparatoire officielle entre Ottawa et les provinces où des fonctionnaires, par exemple, auraient échangé des propositions ou déblayé le terrain en vue de la rencontre du 13 septembre prochain.
Il n'y a peut-être pas eu de rencontre officielle, réplique-t-on à Ottawa, mais il y a eu des «discussions» et des «échanges informels». Au bureau du premier ministre, on convient que ces consultations sont restées bilatérales, mais on dit qu'elles ont eu lieu à «tous les niveaux». Ce qui voudrait dire au niveau des fonctionnaires, ministres et premiers ministres, mais on n'a pas voulu le confirmer.
«On n'a pas diffusé un document comme tel, mais on discute des points communs et des divergences. Mais pour ce qui est de notre position, notre plate-forme électorale la détaillait très bien», a indiqué une des porte-parole du premier ministre, Melanie Gruer. Elle reconnaît que les provinces ont des questions, «mais notre position est dans la plate-forme». Elle ignorait s'il y aurait une rencontre préparatoire avant la conférence.
Le ministre fédéral de la Santé, Ujjal Dosanjh, s'est présenté à la rencontre de ses homologues provinciaux, la semaine dernière à Toronto, mais il s'y est invité pour leur rappeler qu'Ottawa n'avait pas les moyens d'accepter leur proposition d'assurance médicaments pancanadienne.
Cet état de fait a surpris le proche conseiller d'un ancien premier ministre provincial. Vétéran des conférences des premiers ministres, il confiait hier au Devoir que davantage de travail devrait normalement avoir été fait à ce point-ci, surtout pour une conférence qui doit se tenir en public, comme l'a promis M. Martin. À son avis, les points de consensus doivent être clairement connus des participants, en particulier les fonctionnaires, sinon il sera très risqué de travailler sous le feu des projecteurs.
Or Paul Martin a beaucoup misé sur cette conférence, faisant de la santé le coeur de son programme électoral. Il avait même dit que la conférence durerait aussi longtemps que nécessaire pour en arriver à un plan de réforme sur dix ans capable d'assurer la viabilité du système pour une génération. La réaction assez froide des provinces et la décision du premier ministre albertain Ralph Klein de bouder deux des trois jours de réunion l'ont obligé à modérer ses attentes. Il reconnaissait la semaine dernière qu'il faudrait peut-être plus d'une réunion pour arriver à ses fins.
Les provinces, de leur côté, continuent de se préparer pour la rencontre. Après les ministres provinciaux de la Santé et des Finances, les premiers ministres des provinces se réuniront à Toronto à partir de demain pour peaufiner leur position. Le premier ministre albertain Ralph Klein ne compte pas s'y rendre cependant.
Le fossé entre Ottawa et les provinces est davantage apparu à la fin juillet à l'issue de la réunion des premiers ministres provinciaux. Ils ont défendu une position qui a brouillé les cartes d'Ottawa. Au coeur de cette position, il y a la suggestion de transférer au fédéral des programmes provinciaux d'assurance médicaments. Le Québec conserverait le sien, mais recevrait sa part des fonds fédéraux. La réplique d'Ottawa n'a pas tardé ni changé. Pas question, car cela coûterait trop cher, le ministre des Finances, Ralph Goodale, parlant même d'une facture éventuelle de 12,5 milliards par année.
Le plan des libéraux prévoyait une aide pour les coûts catastrophiques des médicaments, mais ce n'était qu'un volet d'un plan d'ensemble qui donnait priorité à la réduction des listes d'attente. Les libéraux proposaient un investissement d'au moins neuf milliards en santé, dont quatre milliards sur cinq ans pour s'attaquer aux listes d'attente dans cinq secteurs et deux milliards sur cinq ans pour le développement des soins à domicile. Aucune somme n'était allouée pour l'amélioration des soins de première ligne ou pour s'attaquer aux coûts catastrophiques de certains médicaments. Les provinces avaient froidement réagi à ce plan, jugeant les investissements timides et n'appréciant pas de voir le fédéral décider des priorités de réforme dans leur champ de compétence.
Président du Conseil de la fédération, le premier ministre ontarien Dalton McGuinty a invité hier ses homologues fédéral et provinciaux à faire preuve d'ouverture lors de la rencontre de septembre. «Je pense que les Canadiens attendent de nous la preuve que nous ferons avancer les choses à cette réunion. Je suis convaincu que nous le pouvons si nous nous présentons dans le bon état d'esprit. Mon conseil à mes homologues est de garder la tête froide», a-t-il dit lors d'une visite à la faculté de médecine de l'Université d'Ottawa.
Il a toutefois rappelé que la proposition d'assurance médicaments des provinces était sérieuse et méritait d'être examinée avec attention. «Si le gouvernement fédéral a une solution de rechange, voyons ce qu'il a à offrir.» Il a noté que si Ottawa prenait le relais de l'Ontario, cette province se retrouverait avec 3,7 milliards pour financer les réformes qu'elle a déjà entreprises.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

