Claude Léveillée revit
Le souffle un peu court, mais l'esprit encore vif, Claude Léveillée n'avait pas dit son dernier mot. L'auteur-compositeur-interprète se relève tranquillement d'une hémorragie cérébrale qui le confine pour l'instant à une chaise roulante, mais il s'est fait un devoir d'être présent au lancement de sa biographie, hier, dans l'intimité de sa maison de campagne, près de Saint-Eustache.
«Les absents ont toujours tort», lance-t-il pour justifier sa présence, plein d'humour malgré sa vulnérabilité. Une présence qu'il considérait comme un juste retour des choses après la quantité de témoignages étonnants et touchants qu'il a reçus du public depuis son accident cérébro-vasculaire, en avril dernier. Car l'amour du public — plus que le public lui-même, précise-t-il — semble désormais faire partie des choses essentielles de la vie pour l'auteur-compositeur-interprète. «Dans des circonstances où on est près de perdre la vie...» Deux fois, au cours de la conférence de presse, il s'interrompra, la gorge nouée par l'émotion. «Après l'ACV, on a souvent des larmoiements et la voix peut s'éteindre un peu», avait-il prévenu quelques phrases plus tôt. Mais le rire reprendra toujours le dessus, de même que le livre et les souvenirs qu'il a suscités...
La biographie éponyme, qui sort aujourd'hui dans les magasins, ressemble à une seconde naissance, à laquelle l'artiste assiste avec un mélange de distance et d'émotion. «J'ai l'impression de me relire ou de m'entendre parler», confie-t-il à propos de ce premier tome qui couvre la période de 1932 à 1960, à la veille de la mort d'Édith Piaf, avec qui il a entretenu une relation étroite. Renaissance de l'artiste, dont le premier tome raconte l'enfance et l'émergence, et de l'homme qui peut aujourd'hui, malgré sa maladie, témoigner de sa vie de vive voix.
«J'avais commencé à pianoter un peu à l'adolescence, pendant que tous les copains pratiquaient un sport, évoque-t-il à propos de ses débuts de compositeur. Ce qui m'intéressait dans la musique, c'était de trouver par moi-même les climats musicaux, les ambiances qui correspondaient à mes états d'âme.» Signe de recul par rapport à lui-même ou de sagesse? Il parle de lui d'abord à la troisième personne en commentant le livre — «C'est l'histoire d'un petit bonhomme comme tout le monde», résume-t-il simplement. Tandis que l'auteure, Marie-Josée Michaud, a pour sa part choisi de l'écrire à la première personne. «Je suis une petite poète beaucoup plus qu'une biographe, admet celle qui est entrée dans la vie du chanteur récemment (en 2002), par coïncidence, et qui n'a jamais publié auparavant. Zèle de débutante, j'ai écrit ça au "je". Je suis devenue Claude Léveillée pendant deux ans jusqu'à entendre sa voix dans ma tête. Je viens de sortir d'un coma littéraire...»
La biographie prend la forme inusitée d'une série de brèves nouvelles abordant chacune un aspect de la vie du chanteur et comédien, souvent ancré dans une anecdote. «J'étais très espiègle quand j'étais jeune, raconte-t-il quand on le questionne sur les souvenirs qui ont nourri l'oeuvre. Mine de rien, j'avais mon petit côté un peu saugrenu. Un exemple? Maman n'a jamais pu me toucher. Dès qu'elle mettait ses mains dans mes cheveux, je disais "touchez-moi pas".» L'un des chapitres du livre porte d'ailleurs ce titre. «Je n'ai jamais aimé la promiscuité et je ne me laisse pas aborder facilement», explique-t-il. La biographe a écrit les derniers mots de ce premier tome moins d'une semaine avant l'accident fatidique.
Hommage croisé donc, celui de Marie-Josée Michaud au poète qu'elle admire profondément, et celui de l'artiste à la vie, à laquelle il s'accroche tant bien que mal. «La rééducation est difficile parce qu'elle me confine à des directives. C'est dur quand on est habitué d'être son propre chef. Le pire, c'est la patience et le courage que ça demande.» Mais quand on lui demande quel est son objectif, il répond sans hésitation: «Marcher d'ici un an...» Et c'est déjà commencé, souligne-t-il, sa paralysie partielle reculant un peu. «Claude est un être d'émotion, et le livre est très émotif. Il se donne énormément dans tout ce qu'il vit: en regardant une femme, en allant à la messe, en combattant une période où tout était interdit et péché, commente la biographe. On sent très bien sa colère...» Les deux amis ont d'ailleurs partagé l'écriture d'une chanson, dont on a pu entendre une première version hier. Renaître pianiste se veut un hommage de Mme Michaud aux mains du pianiste.
L'auteur de Frédéric et du Vieux piano avait toujours refusé à son éditeur, Art Global, qu'on fasse sa biographie, jusqu'à ce qu'il en trouve l'auteure désignée en qui il a remis toute sa confiance. Sa seule exigence? «Ce qui est important dans la chanson comme dans tout ce qu'on fait dans l'univers artistique, c'est le début et la fin: première chanson, première attitude, première approche et, surtout, la chute, très importante, parce que les gens partent avec ça. Je lui ai dit: "entre les deux, fais ce que tu veux, mais n'oublie pas la chute et le début".»
Claude Léveillée n'a donc pas oublié l'essentiel. Au contraire, sa perception de l'existence est devenue plus aiguë depuis le soir où il s'est écroulé sur la scène de la maison de la culture Marie-Uguay, le 27 avril dernier. «Je prête beaucoup d'attention — j'en prêtais avant, mais là, c'est décuplé — à la nature, aux arbres, à la simplicité qu'on peut découvrir dans la vie... les affaires niaiseuses comme on dirait normalement, mais tellement importantes», affirme-t-il un trémolo dans la voix.
Le deuxième tome de la biographie, qui devrait paraître en novembre 2005, si tout va bien, couvre la mort de Piaf et toute la carrière du musicien qui s'ensuit: les voyages, la discographie, les comédies musicales... et peut-être, qui sait, le récit de sa renaissance.
«Les absents ont toujours tort», lance-t-il pour justifier sa présence, plein d'humour malgré sa vulnérabilité. Une présence qu'il considérait comme un juste retour des choses après la quantité de témoignages étonnants et touchants qu'il a reçus du public depuis son accident cérébro-vasculaire, en avril dernier. Car l'amour du public — plus que le public lui-même, précise-t-il — semble désormais faire partie des choses essentielles de la vie pour l'auteur-compositeur-interprète. «Dans des circonstances où on est près de perdre la vie...» Deux fois, au cours de la conférence de presse, il s'interrompra, la gorge nouée par l'émotion. «Après l'ACV, on a souvent des larmoiements et la voix peut s'éteindre un peu», avait-il prévenu quelques phrases plus tôt. Mais le rire reprendra toujours le dessus, de même que le livre et les souvenirs qu'il a suscités...
La biographie éponyme, qui sort aujourd'hui dans les magasins, ressemble à une seconde naissance, à laquelle l'artiste assiste avec un mélange de distance et d'émotion. «J'ai l'impression de me relire ou de m'entendre parler», confie-t-il à propos de ce premier tome qui couvre la période de 1932 à 1960, à la veille de la mort d'Édith Piaf, avec qui il a entretenu une relation étroite. Renaissance de l'artiste, dont le premier tome raconte l'enfance et l'émergence, et de l'homme qui peut aujourd'hui, malgré sa maladie, témoigner de sa vie de vive voix.
«J'avais commencé à pianoter un peu à l'adolescence, pendant que tous les copains pratiquaient un sport, évoque-t-il à propos de ses débuts de compositeur. Ce qui m'intéressait dans la musique, c'était de trouver par moi-même les climats musicaux, les ambiances qui correspondaient à mes états d'âme.» Signe de recul par rapport à lui-même ou de sagesse? Il parle de lui d'abord à la troisième personne en commentant le livre — «C'est l'histoire d'un petit bonhomme comme tout le monde», résume-t-il simplement. Tandis que l'auteure, Marie-Josée Michaud, a pour sa part choisi de l'écrire à la première personne. «Je suis une petite poète beaucoup plus qu'une biographe, admet celle qui est entrée dans la vie du chanteur récemment (en 2002), par coïncidence, et qui n'a jamais publié auparavant. Zèle de débutante, j'ai écrit ça au "je". Je suis devenue Claude Léveillée pendant deux ans jusqu'à entendre sa voix dans ma tête. Je viens de sortir d'un coma littéraire...»
La biographie prend la forme inusitée d'une série de brèves nouvelles abordant chacune un aspect de la vie du chanteur et comédien, souvent ancré dans une anecdote. «J'étais très espiègle quand j'étais jeune, raconte-t-il quand on le questionne sur les souvenirs qui ont nourri l'oeuvre. Mine de rien, j'avais mon petit côté un peu saugrenu. Un exemple? Maman n'a jamais pu me toucher. Dès qu'elle mettait ses mains dans mes cheveux, je disais "touchez-moi pas".» L'un des chapitres du livre porte d'ailleurs ce titre. «Je n'ai jamais aimé la promiscuité et je ne me laisse pas aborder facilement», explique-t-il. La biographe a écrit les derniers mots de ce premier tome moins d'une semaine avant l'accident fatidique.
Hommage croisé donc, celui de Marie-Josée Michaud au poète qu'elle admire profondément, et celui de l'artiste à la vie, à laquelle il s'accroche tant bien que mal. «La rééducation est difficile parce qu'elle me confine à des directives. C'est dur quand on est habitué d'être son propre chef. Le pire, c'est la patience et le courage que ça demande.» Mais quand on lui demande quel est son objectif, il répond sans hésitation: «Marcher d'ici un an...» Et c'est déjà commencé, souligne-t-il, sa paralysie partielle reculant un peu. «Claude est un être d'émotion, et le livre est très émotif. Il se donne énormément dans tout ce qu'il vit: en regardant une femme, en allant à la messe, en combattant une période où tout était interdit et péché, commente la biographe. On sent très bien sa colère...» Les deux amis ont d'ailleurs partagé l'écriture d'une chanson, dont on a pu entendre une première version hier. Renaître pianiste se veut un hommage de Mme Michaud aux mains du pianiste.
L'auteur de Frédéric et du Vieux piano avait toujours refusé à son éditeur, Art Global, qu'on fasse sa biographie, jusqu'à ce qu'il en trouve l'auteure désignée en qui il a remis toute sa confiance. Sa seule exigence? «Ce qui est important dans la chanson comme dans tout ce qu'on fait dans l'univers artistique, c'est le début et la fin: première chanson, première attitude, première approche et, surtout, la chute, très importante, parce que les gens partent avec ça. Je lui ai dit: "entre les deux, fais ce que tu veux, mais n'oublie pas la chute et le début".»
Claude Léveillée n'a donc pas oublié l'essentiel. Au contraire, sa perception de l'existence est devenue plus aiguë depuis le soir où il s'est écroulé sur la scène de la maison de la culture Marie-Uguay, le 27 avril dernier. «Je prête beaucoup d'attention — j'en prêtais avant, mais là, c'est décuplé — à la nature, aux arbres, à la simplicité qu'on peut découvrir dans la vie... les affaires niaiseuses comme on dirait normalement, mais tellement importantes», affirme-t-il un trémolo dans la voix.
Le deuxième tome de la biographie, qui devrait paraître en novembre 2005, si tout va bien, couvre la mort de Piaf et toute la carrière du musicien qui s'ensuit: les voyages, la discographie, les comédies musicales... et peut-être, qui sait, le récit de sa renaissance.
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