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Un oui massif à Landry, mais...

Tommy Chouinard   30 août 2004 
Québec — Si la tenue d'une course au leadership a été rejetée massivement au conseil national du Parti québécois hier, le chef Bernard Landry n'est pas au bout de ses peines pour autant. La course larvée, qui sape son leadership depuis quelques mois déjà, se poursuit.

La députée de Taillon, Pauline Marois, promet de faire campagne afin que Bernard Landry échoue au vote de confiance du congrès de juin 2005, alors que son collègue de Rousseau, François Legault, entend cesser de soutenir son chef s'il ne procède pas à une véritable modernisation du parti.

La grande majorité des 300 militants réunis hier à Québec ont écrasé une résolution d'urgence, proposée par l'association de Notre-Dame-de-Grâce, exigeant la démission de Bernard Landry et la tenue d'une course au leadership. Seule une poignée de militants provenant de cinq circonscriptions — Taillon, Crémazie, Notre-Dame-de-Grâce, Sherbrooke et Jacques-Cartier — l'ont appuyée.

«Le défi est refoulé à la marginalité pour employer une litote», a lancé un Bernard Landry tout sourire, en conférence de presse, hier.

Malgré ce premier — et cuisant — revers, Pauline Marois, qui a pris le micro pour appuyer la résolution, ne rend pas les armes. «Je continue de croire qu'il aurait été préférable qu'il y ait une course à la direction du parti. Le choix des militants est différent, je vais vivre avec. Peu importent les résultats de ce matin, des débats sont engagés, et j'ai bien l'intention d'y participer dans le cadre du congrès de juin 2005», a affirmé la députée de Taillon aux journalistes.

Pauline Marois prédit que la «course larvée» se poursuivra. Elle promet d'ailleurs de parcourir les circonscriptions afin de «faire valoir [son] point de vue et [ses] projets». Les congrès de circonscriptions, au cours desquels seront choisis les délégués du congrès national de juin prochain, représentent son nouveau champ de bataille.

Bernard Landry entend rencontrer Pauline Marois au cours des prochains jours afin de discuter de l'avenir de leur relation. «Le verdict du conseil national me donne des éléments de réflexion et en donne aussi à Mme Marois. Elle a proposé une course, et cinq personnes sur 300 ont voté en sa faveur. Il faut qu'elle fasse son analyse», a-t-il dit. Pour l'heure, le chef péquiste n'a pas l'intention de lui montrer la porte. «Je suis persuadé qu'elle a encore sa place au caucus», a-t-il assuré.

Un appui conditionnel de Legault

François Legault, candidat éventuel à la succession de Bernard Landry, a salué la décision des militants, mais il a aussitôt précisé qu'il accordait un «appui conditionnel» au chef actuel. «S'il n'accepte pas de présenter de nouvelles idées [au congrès de 2005], les militants auront le droit de demander qu'il y ait quelqu'un d'autre qui les représente», a-t-il affirmé. Tout comme Pauline Marois, François Legault entend aussi s'activer sur le terrain au cours des prochains mois. «Je vais m'assurer qu'il y ait une majorité de militants qui vont appuyer au congrès de 2005 de nouvelles idées, une modernisation du programme et de l'approche du Parti québécois», a-t-il dit.

Le PQ doit adopter selon lui un programme de pays détaillé en vue des prochaines élections générales. Le rapport du chantiers Pays de la Saison des idées, qui a été déposé samedi, «ne va pas assez loin», a affirmé François Legault, dont l'opinion est partagée par plusieurs militants et députés. Ce rapport suggère que le PQ, une fois au pouvoir, adopte une loi sur la transition au statut de pays et rédige un projet de constitution. Le référendum devrait se tenir deux ans après que le Parti québécois aura repris le pouvoir. La question devrait être courte et simple.

«Il faut faire plus et expliquer comment la souveraineté peut changer les choses. Il faut décrire la maquette du pays», c'est-à-dire définir ce que serait le Québec s'il devenait souverain, a expliqué M. Legault. Son discours reçoit un accueil à ce point enthousiaste chez les militants que ceux-ci l'ont ovationné lorsqu'il a pris la parole. Le député de Rousseau et son équipe ont passé le plus clair de la fin de semaine à courtiser les militants, à distribuer les cartes professionnelles et les poignées de mains, et à faire la promotion de leurs idées.

Devant ce lobby, Bernard Landry a décidé, dès samedi, de récupérer les idées de M. Legault, allant même jusqu'à employer des termes identiques. «Il faut aller dans le détail jusqu'au niveau le plus précis possible. Il faut faire la maquette du pays», a lancé le chef péquiste.

Or, devant les journalistes, Bernard Landry a argué que l'appui conditionnel de François Legault ne l'inquiétait pas outre mesure. «Le seul appui inconditionnel que j'ai, c'est celui de Chantal Renaud. M. Legault veut qu'on aille plus loin, comme je le veux aussi. Je ne vois pas ce qui nous divise», a-t-il souligné.

Bernard Landry ne fait pas plus de cas de cette course larvée qui se poursuit toujours en coulisses et risque de fragiliser encore son leadership. «À la suite de ce conseil, le mot fragilité est le dernier qui vient à mon esprit», a-t-il répliqué. La contestation de son leadership n'est pour lui qu'une «petite brise».

En vue du vote de confiance du congrès de juin 2005, le chef péquiste a refusé de déterminer quel résultat serait suffisant pour qu'il demeure à la tête des troupes péquistes. «C'est selon nos traditions et les circonstances», a-t-il dit. Selon le député de Charlevoix, Rosaire Bertrand, M. Landry devra récolter l'appui d'au moins 80 % des délégués pour rester en poste confortablement. Au congrès de novembre 1996, Lucien Bouchard s'était senti humilié lorsque 76,7 % des délégués lui avaient exprimé leur confiance. «Il n'était pas content, mais il n'était pas parti», a noté M. Landry.

Le chef péquiste a inauguré ce week-end le «temps des choix», qui succède à la «saison des idées». Il a en outre demandé aux militants de réfléchir aux différentes propositions d'accession à la souveraineté qui ont été présentées jusqu'ici. Un colloque spécial sur ce thème aura lieu lors du prochain conseil national du PQ, en octobre. Le congrès de juin 2005 sera l'occasion de modifier le programme du parti et d'adopter une nouvelle stratégie.

Brière persiste et signe

Marc Brière, vice-président de l'association péquiste de Notre-Dame-de-Grâce, a présenté, hier, la résolution de la circonscription de Notre-Dame-de-Grâce muni d'un parapluie, sentant bien que la foule était plutôt hostile à l'idée de tenir une élection à la présidence. Qu'à cela ne tienne, des militants se sont présentés au micro pour la défendre. Maxime Barakat (Crémazie) et Georges-Étienne Cartier (Jacques-Cartier) se sont prononcés en faveur de la résolution. En dépit de cette défaite, Marc Brière refuse de croire que le mouvement de contestation du leadership de Bernard Landry représente une minorité.

Selon M. Brière, en rejetant la tenue d'une course au leadership, les militants réunis au conseil national ne font que «prolonger l'agonie» de Bernard Landry. «Cela va entraîner un mouvement souterrain pour refuser la confiance à M. Landry. Mme Marois et M. Legault ont dit continuer à faire valoir leurs convictions. C'est un secret de Polichinelle qu'ils ont des organisations qui font campagne», a-t-il dit.

Le militant craint que le Parti québécois ne soit le théâtre de la même lutte qui a opposé Paul Martin et Jean Chrétien au Parti libéral du Canada et qui a tourné à la «zizanie». «Nous devons éviter au parti un tel malheur. Mais les positions prises à ce conseil national n'apportent pas de solution à cela», a-t-il laissé tomber.






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