Lettre ouverte au ministre de la Santé - Où sont passés les médecins étrangers?
Anne Fleischman - Montréal
31 juillet 2002
Monsieur François Legault,
Félicitations. Avec votre loi spéciale pour une répartition plus équitable des ressources en région, vous allez éteindre un nouveau feu. Un de plus. L'été prochain, vous-même ou votre successeur en éteindrez sûrement d'autres, comme les années précédentes, à grand renfort de mesures «coup de poing» destinées à sauver in extremis des services d'urgence menacés d'étouffementÉ C'est tous les ans la même chose: la panique dans les hôpitaux, le sport national estival des Québécois.
Et cette année encore, les médecins étrangers sont les grands absents du débat. Encore, me direz-vous, ce vieux refrain sur les médecins étrangers? Encore un dossier qui va m'attirer les foudres du sacro-saint Collège des médecins et dont mes prédécesseurs se sont régulièrement débarrassés du revers de la main?
Encore, effectivement.
Non, embaucher des médecins étrangers ne résoudra pas le problème de notre système de santé malade. Non, ce n'est pas ainsi qu'on comblera le manque de spécialistes en région. Ces problèmes ne se règlent pas d'un coup de baguette magique, je vous l'accorde. Il n'y a là qu'une — infime — partie de la solution. Mais pourquoi s'obstiner à lui tourner le dos?
Chaque été, on hurle à la pénurie de médecins. Puis on oublie. Pourtant, quelques dizaines de médecins immigrants conduisent des taxis ou livrent des pizzas dans la région de Montréal, alors qu'un certain nombre d'entre eux seraient prêts à exercer leur profession en région. Ils ont fait des milliers de kilomètres pour s'installer ici, ils n'en sont certainement plus à quelques kilomètres près. Encore faudrait-il leur demander leur avis.
Oui mais voilà. Notre système est ainsi fait qu'un médecin diplômé hors Québec n'a quasiment aucune chance d'exercer ici. Si vous l'ignoriez encore, les embûches commencent avant même leur arrivée en sol québécois. Les règles de l'immigration sont très strictes: les diplômes de médecine étrangers ne sont pas reconnus ici. Qu'à cela ne tienne, qu'ils repassent leurs examensÉ C'est faisable, mais à prix d'or, et plusieurs années sont nécessaires pour passer au travers du dédale administratif concocté par le Conseil médical du Canada et le Collège des médecins du Québec. Entre-temps, sans doute vivent-ils d'amour et d'eau fraîche, mais là n'est pas la question. La question, la voici: ils n'ont droit à aucun encadrement spécifique pour préparer ces examens. Pire, ils sont interdits d'entrée dans les facultés de médecine des universités québécoises. La raison: ils sont déjà médecinsÉ
Soyons sérieux: imaginez un chirurgien fort de dix ans d'expérience à qui on fait repasser ses examens de première année de médecine sans aucune préparationÉ Il court à l'échec, et c'est normal. Personnellement, si je devais repasser mon permis de conduire ou un quelconque examen de niveau universitaire sans aucun support de formation, j'échouerais aussi. Ce qui ne m'empêche ni de conduire, ni d'exercer mon métier.
Le corps humain est le même pour tous, quel que soit notre pays d'origine. Des différences culturelles dans la pratique de la médecine existent, mais elles peuvent facilement être nuancées par une formation adéquate. Le Québec se paye le luxe de tourner le dos à ses médecins étrangers alors que les urgences hospitalières frôlent l'asphyxie chaque année. Cherchez l'erreur. Pourtant, nul n'ignore que l'immigration est l'unique planche de salut pour contrebalancer le taux de natalité désastreusement bas des Québécoises, et que le Québec est en recherche constante de main-d'oeuvre étrangère diplômée. Qu'on aille recruter à grands frais des infirmières à l'étranger, pas de problème. Mais qu'on ouvre la porte aux médecins étrangers, c'est une toute autre histoireÉ
Vous me répondrez que le Québec n'est pas le seul à avoir une politique d'immigration restrictive à l'égard des médecins étrangers. C'est malheureusement la pure vérité: les États-Unis ou la France ne sont pas des modèles en la matière. Et alors? L'exception québécoise serait-elle soluble dans l'éther? Personnellement, je serais très fière de vivre dans un pays prêt à ouvrir ses portes à du personnel de santé qualifié et disponible. Pas vous?
Touchez-en un mot à votre collègue Rémy Trudel.
Au fait, je ne suis pas médecin. Je suis juste quelqu'un qui a peur de tomber malade en été.
Cordialement.
Félicitations. Avec votre loi spéciale pour une répartition plus équitable des ressources en région, vous allez éteindre un nouveau feu. Un de plus. L'été prochain, vous-même ou votre successeur en éteindrez sûrement d'autres, comme les années précédentes, à grand renfort de mesures «coup de poing» destinées à sauver in extremis des services d'urgence menacés d'étouffementÉ C'est tous les ans la même chose: la panique dans les hôpitaux, le sport national estival des Québécois.
Et cette année encore, les médecins étrangers sont les grands absents du débat. Encore, me direz-vous, ce vieux refrain sur les médecins étrangers? Encore un dossier qui va m'attirer les foudres du sacro-saint Collège des médecins et dont mes prédécesseurs se sont régulièrement débarrassés du revers de la main?
Encore, effectivement.
Non, embaucher des médecins étrangers ne résoudra pas le problème de notre système de santé malade. Non, ce n'est pas ainsi qu'on comblera le manque de spécialistes en région. Ces problèmes ne se règlent pas d'un coup de baguette magique, je vous l'accorde. Il n'y a là qu'une — infime — partie de la solution. Mais pourquoi s'obstiner à lui tourner le dos?
Chaque été, on hurle à la pénurie de médecins. Puis on oublie. Pourtant, quelques dizaines de médecins immigrants conduisent des taxis ou livrent des pizzas dans la région de Montréal, alors qu'un certain nombre d'entre eux seraient prêts à exercer leur profession en région. Ils ont fait des milliers de kilomètres pour s'installer ici, ils n'en sont certainement plus à quelques kilomètres près. Encore faudrait-il leur demander leur avis.
Oui mais voilà. Notre système est ainsi fait qu'un médecin diplômé hors Québec n'a quasiment aucune chance d'exercer ici. Si vous l'ignoriez encore, les embûches commencent avant même leur arrivée en sol québécois. Les règles de l'immigration sont très strictes: les diplômes de médecine étrangers ne sont pas reconnus ici. Qu'à cela ne tienne, qu'ils repassent leurs examensÉ C'est faisable, mais à prix d'or, et plusieurs années sont nécessaires pour passer au travers du dédale administratif concocté par le Conseil médical du Canada et le Collège des médecins du Québec. Entre-temps, sans doute vivent-ils d'amour et d'eau fraîche, mais là n'est pas la question. La question, la voici: ils n'ont droit à aucun encadrement spécifique pour préparer ces examens. Pire, ils sont interdits d'entrée dans les facultés de médecine des universités québécoises. La raison: ils sont déjà médecinsÉ
Soyons sérieux: imaginez un chirurgien fort de dix ans d'expérience à qui on fait repasser ses examens de première année de médecine sans aucune préparationÉ Il court à l'échec, et c'est normal. Personnellement, si je devais repasser mon permis de conduire ou un quelconque examen de niveau universitaire sans aucun support de formation, j'échouerais aussi. Ce qui ne m'empêche ni de conduire, ni d'exercer mon métier.
Le corps humain est le même pour tous, quel que soit notre pays d'origine. Des différences culturelles dans la pratique de la médecine existent, mais elles peuvent facilement être nuancées par une formation adéquate. Le Québec se paye le luxe de tourner le dos à ses médecins étrangers alors que les urgences hospitalières frôlent l'asphyxie chaque année. Cherchez l'erreur. Pourtant, nul n'ignore que l'immigration est l'unique planche de salut pour contrebalancer le taux de natalité désastreusement bas des Québécoises, et que le Québec est en recherche constante de main-d'oeuvre étrangère diplômée. Qu'on aille recruter à grands frais des infirmières à l'étranger, pas de problème. Mais qu'on ouvre la porte aux médecins étrangers, c'est une toute autre histoireÉ
Vous me répondrez que le Québec n'est pas le seul à avoir une politique d'immigration restrictive à l'égard des médecins étrangers. C'est malheureusement la pure vérité: les États-Unis ou la France ne sont pas des modèles en la matière. Et alors? L'exception québécoise serait-elle soluble dans l'éther? Personnellement, je serais très fière de vivre dans un pays prêt à ouvrir ses portes à du personnel de santé qualifié et disponible. Pas vous?
Touchez-en un mot à votre collègue Rémy Trudel.
Au fait, je ne suis pas médecin. Je suis juste quelqu'un qui a peur de tomber malade en été.
Cordialement.
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