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    Le dernier cri d'alarme de la comptabilité environnementale

    31 juillet 2002 | Daniel Clapin-Pépin - MBA, Scol.Ph.D. (Science-Po) Professeur de gestion, éthique et comptabilité environnementale au Département des sciences comptables de l'École des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal
    Notre planète Terre ne suffit plus à la tâche, selon les plus récents chiffres de l'Académie nationale des sciences (NAS) des États-Unis publiés le 9 juillet 2002 en prévision du Sommet des Nations unies sur le développement durable à Johannesburg, en Afrique du Sud, du 26 août au 4 septembre 2002.

    Cette découverte de la comptabilité environnementale, avec son concept scientifique d'«empreinte écologique», nous révèle que la population mondiale actuelle de six milliards d'habitants «surconsomme» les ressources de la Terre à un taux excédant de 20 % ses capacités annuelles de régénération en termes de forêts, de sols cultivables et d'énergies renouvelables.

    En provenance de Suisse, le 10 juillet 2002, un rapport du Fonds mondial pour la nature (WWF) intitulé Planète vivante 2002 décrivait la même alarmante réalité d'une excessive empreinte écologique que je résumerai comme suit...

    La notion d'empreinte écologique

    L'empreinte écologique (EE) est une mesure de la consommation des ressources naturelles renouvelables par la population humaine d'un pays, d'une région ou du monde entier. L'EE d'une population est la surface totale de terre ou de mer productive nécessaire à ses besoins de subsistance (récoltes, viandes, fruits de mer, bois, fibres, énergies et espaces pour infrastructures). L'EE peut dès lors être comparée à la capacité biologiquement productive de la terre et de la mer disponible pour cette population.

    Pour la population du monde entier, la Terre offre environ 11,4 milliards d'hectares de terre et de mer productives, après en avoir exclu environ un quart de sa superficie pour l'ensemble des régions improductives comme les calottes glaciaires et les déserts. Lorsque divisée entre la population globale de six milliards de personnes, cette surface totale productive équivaut à 1,9 hectare par personne. Un hectare est une surface de 10 000 mètres carrés — ou cent mètres par cent — qui correspond en gros à un grand terrain de soccer.

    Localement, tandis que l'EE du consommateur africain ou asiatique moyen était de moins de 1,4 hectare par personne en 1999, l'EE de l'Européen occidental moyen était d'environ 5,0 hectares, et celle de l'Américain du Nord moyen était de 9,6 hectares.

    Globalement, l'EE moyenne de tous les consommateurs du monde en 1999 était de 2,3 hectares par personne, soit un niveau de 20 % au-dessus de la capacité biologique de la terre de 1,90 hectare par personne. En d'autres termes, l'humanité excède maintenant la capacité de la planète de soutenir sa consommation des ressources renouvelables, et l'unique solution durable est de vivre à l'intérieur des limites de la capacité productive biologique de la Terre.

    Quelques leçons

    En vertu de cette dernière règle du développement durable, il faudrait que nous ne soyons que cinq milliards d'habitants. Au rythme de l'EE des pays européens, il faudrait que nous ne soyons plus que 2,3 milliards d'habitants. Pire encore, en vertu du super-rythme nord-américain, la Terre ne pourrait plus accueillir que 1,2 milliard d'habitants.

    Nous voici face à une problématique complexe qui ne saurait être résolue qu'en changeant de paradigme — i.e. penser globalement et agir localement en partageant équitablement — et en distinguant quatre sous-problèmes interreliés et interdépendants qui nous posent autant de nouveaux défis de management environnemental à résoudre, tant à l'échelle du monde que de chacun des 190 États de l'ONU: surpopulation; surconsommation; «malproduction» (un néologisme de mon cru); «maldistribution» des richesses.

    Un rapport du Programme des Nations unies pour l'environnement intitulé Global Environment Outlook nous rappelait, en juin dernier, que le cinquième le mieux nanti de la population mondiale — dont vous et moi — compte pour près de 90 % de la consommation globale, et que pas moins de quatre milliards d'habitants de la Terre vivent avec moins de 2 $ par jour.

    Les grandes tendances actuelles de l'humanité nous éloignent graduellement mais inexorablement de nos obligations éthiques et morales — à tout le moins envers nos enfants et les leurs — de rencontrer les conditions minimales pour pouvoir assurer la durabilité du capital nature.

    L'EE globale est passée d'environ 70 % de la capacité biologique de la planète en 1961 à environ 120 % en 1999. En outre, les futures projections basées sur les scénarios probables de la croissance de population, du développement économique et du changement technologique estiment que l'EE de l'humanité est susceptible de varier entre 180 % et 220 % de la capacité biologique de la Terre pour l'année 2050.

    Nous avons tellement pillé et saccagé notre planète qu'il nous faudrait «coloniser» l'espace extra-atmosphérique afin de pouvoir assurer l'existence continue de l'humanité comme nous la connaissons actuellement. Ainsi, la population de la Terre serait forcée de coloniser au moins deux nouvelles planètes dans un délai de 50 ans si nous continuons d'exploiter nos ressources naturelles au rythme actuel.

    D'ores et déjà, plus d'un tiers du monde naturel a été détruit par l'espèce humaine au cours des dernières trois décennies. Triste réalité: la surconsommation et les innombrables gaspillages des habitants industrialisés des pays riches sont principalement responsables de la surexploitation et de l'épuisement du capital naturel qui nous fait vivre. La consommation humaine a doublé au cours des 30 dernières années et elle continue sur sa lancée au rythme infernal de 1,5 % par an.

    Il est fort improbable que la Terre puisse continuer à couvrir un tel déficit écologique pendant encore 50 années sans contrecoups avec de graves bouleversements environnementaux à l'encontre de la santé et de la sécurité de la future population, ainsi que de son bien-être économique.

    Des changements révolutionnaires

    Si nous voulons retourner au niveau d'une EE soutenable, cela signifie que nous devons collectivement décider de procéder à des changements radicalement révolutionnaires de quatre manières fondamentales.

    Primo, il est nécessaire de grandement améliorer l'efficience avec laquelle les marchandises et les services sont produits (détails dans Internet: http://www.naturalcapitalism.org/sitepages/pid5.as.

    Secundo, nous devons consommer nos ressources naturelles de manière plus intelligente tout en comblant les scandaleux et inacceptables écarts de consommation et d'accès aux biens fondamentaux — comme l'eau potable — entre les pays riches et pauvres.

    Tertio, la croissance des populations doit être contrôlée en favorisant l'éducation universelle et l'accessibilité pour tous, pauvres et riches, aux soins de santé.

    Et enfin, quarto, il est tout aussi impératif que nous nous organisions pour protéger, gérer et restaurer les écosystèmes afin de préserver la biodiversité avec tous les services écologiques les accompagnant, et ainsi conserver puis augmenter la productivité biologique de la planète, au profit des générations présentes et futures.
     
     
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