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Après la panique, l'euphorie

La reprise de la confiance et la chasse aux aubaines font s'envoler les Bourses; New York et Paris enregistrent des gains spectaculaires

Claude Turcotte   30 juillet 2002 
Sourires incrédules sur les parquets.
Photo : Agence Reuters
Sourires incrédules sur les parquets.
Les Bourses du monde entier ont connu hier une remontée spectaculaire qui laisse tout le monde un peu pantois, malgré le contentement, en ce sens que personne ne semble en mesure de fournir une explication fiable à ce rebondissement — si ce n'est que le marché a peut-être trouvé son plancher. Comme tout chat échaudé qui craint l'eau froide, aucun observateur n'écarte de nouvelles baisses dans les jours à venir, en espérant quand même que le pire est passé.

La réaction dans les Bourses new-yorkaises dès l'ouverture des marchés hier matin s'est manifestée très clairement: on achète! L'indice Dow Jones a ainsi fait le troisième bond (en points) en importance de son histoire, soit 447,49, une poussée de 5,41 %, pour clôturer à 8711,89 points. Cela veut dire que cette Bourse, qui domine le marché boursier dans le monde, a repris depuis mardi dernier plus de 1000 points. Nasdaq a rebondi pour sa part de 5,79 % hier, ce qui a porté son indice à 1335,25. Standard and Poor's 500 a connu un gain de 5,41 %. À Toronto, l'indice S&P/TSX300 a grimpé de 173,13 points pour donner 6483,07, soit une progression de 2,74 %.

La vague qui avait commencé vers la fin de la semaine dernière s'est poursuivie dès hier matin en Europe, où les Bourses avaient été également malmenées. À Paris, l'indice du CAC 40 est monté de 7,04 %, un bond qui n'avait été surpassé qu'une seule fois à Paris, d'un dixième de point seulement, le 17 janvier 1991 lors de l'offensive alliée en Irak. La Bourse de Londres a pris 4,63 %, celle de Madrid 5,65 %, celle de Milan 4,61 %, Amsterdam 7,68 %, Francfort 7,85 %, etc.

Sur le plan canadien, le dollar a récupéré 70 centièmes de cent, ce qui l'a placé à 63,64 cents à la fermeture par rapport à la devise américaine qui s'est elle-même raffermie. Les analystes étaient à court d'arguments pour expliquer cette remontée du dollar canadien, alors qu'aux États-Unis on a dit que les nombreuses interventions publiques, y compris celle faite dimanche par Paul O'Neil, secrétaire au Trésor, commençaient à porter leurs fruits.

En fait, la reprise boursière a commencé dès le moment où il y a eu des arrestations de dirigeants d'entreprises accusés de fraude, ce qui a sans doute été le signe que le gouvernement américain était vraiment sérieux en promettant de sévir par l'emprisonnement contre les fraudeurs. D'ailleurs, encore hier, le président Bush a réaffirmé qu'il était prêt à signer au plus tôt le projet de loi contre les fraudeurs.

Les Bourses, qui s'étaient dangereusement dégonflées par suite de la perte de confiance des investisseurs envers les dirigeants d'entreprises, les vérificateurs, les courtiers, etc., reprennent du poil de la bête parce que les investisseurs pensent que la peur de la prison est un argument assez convaincant pour ramener les vrais chiffres dans les bilans d'entreprises. Mais, il y a aussi le fait qu'ils voient des aubaines formidables à faire depuis ces baisses importantes de la valeur des actions. Ces achats massifs sont probablement le signe que le marché a trouvé son plancher, c'est-à-dire le niveau le plus bas du courant baissier, et que, désormais, il y aurait d'une manière générale une remontée des titres.

Toutefois, au-delà de cet aspect de confiance dans les informations communiquées aux investisseurs et de l'hypothèse du plancher, plusieurs autres facteurs de caractère plus spécifiquement économique peuvent influencer les marchés boursiers tout au long de cette semaine et bien au-delà. Dès aujourd'hui, il y aura publication de l'indice de confiance des consommateurs américains en juillet; demain il y aura les chiffres sur l'évolution du produit intérieur brut au deuxième trimestre et jeudi il y aura l'indice d'activité dans le secteur manufacturier établi par l'institut ISM; enfin vendredi on connaîtra le taux de chômage pour le mois.

D'une manière générale cependant, les experts s'accordent pour dire que l'on assiste quand même à un certain raccordement de la Bourse avec l'économie réelle. Les gouvernements et de nombreux économistes s'évertuent à dire, depuis le début de cette tourmente boursière commencée il y a une dizaine de semaines, que les fondements de l'économie américaine, canadienne et européenne sont sains. On a dit que les résultats des entreprises allaient le démontrer au deuxième trimestre. Tout cela s'exprime assurément dans cette fulgurante poussée des Bourses hier.
 
 
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