Les condos de la foi
Le mot de Phyllis Lambert, lancé il y a deux ans, tient toujours la route: le Québec est «une république bananière» en matière de gestion du patrimoine. Églises et couvents sont les grandes victimes de cette incurie. Mais à quoi tient une identité si on ne sait pas protéger ce qui l'a constituée?
Le patrimoine religieux se perd mais impossible de sensibiliser ni les autorités, ni les milieux avertis, ni la population en général, ni — c'est à se damner! — bien des communautés religieuses elles-mêmes. Les églises, les couvents n'ont pas droit à leur mouvement «Sauvons nos rivières» alors qu'ils font tout autant partie de la trame du Québec, celle qui a façonné notre manière de vivre et qui nous est originale comme peuple.
C'est ainsi que le carmel de Montréal, un trésor selon une étude financée par la Ville et le ministère de la Culture, sera transformé en condos sans que nul ne s'en émeuve, sauf les quelques vaillants qui se désespèrent depuis des années à éveiller la conscience patrimoniale des Québécois.
Le promoteur aura beau jurer qu'il préservera les pierres, le mur d'enceinte ou une partie du jardin, là n'est pas la question. Ce qui pose problème, c'est le manque absolu d'imagination qui sévit dans ce Montréal qui a des prétentions à être une ville de savoir et de culture mais où l'on accepte sans réagir que le moindre bâtiment qui se vide se transforme en condo de luxe.
Ce qui dérange encore, c'est l'indifférence gouvernementale face à la crise que vivent les communautés religieuses. Leurs bâtiments ne conviennent plus à leurs besoins et elles restent seules avec le problème. On leur souhaiterait certes plus de résistance face aux promoteurs qui, eux, flairent la bonne affaire. Mais comme nul ne se soucie de leur legs — fruit pourtant des efforts de toute la collectivité d'autrefois —, il faut croire que l'effort demandé relèverait d'une sainteté qui n'est plus de mise. Les carmélites, en tout cas, semblent bel et bien y avoir renoncé, elles qui n'ont jamais avisé la ville de leurs intentions de vente et qui refusent que des experts visitent les lieux, comme le révèle aujourd'hui Le Devoir.
De toutes manières, même ceux qui résistent aux sirènes commerciales s'en trouvent déconfits. Dernier exemple en date, celui de l'église protestante Erskine & American, voisine du Musée des beaux-arts de Montréal et où l'on trouve la plus importante collection de grands vitraux de Tiffany au monde. Après moult discussions, ses fidèles avaient accepté de céder l'église, centenaire mais désertée, au musée pour y célébrer l'art religieux. Un projet fantastique, mais qui demande un financement public. Or ni le fédéral, ni le provincial — dûment approchés depuis deux ans — n'ont encore réagi. Le pasteur de l'église envisage maintenant de convertir celle-ci en... condos!
Les libéraux ont beaucoup dit que ce qui importe pour eux en matière culturelle, ce n'est pas le béton mais l'artiste. La ministre Line Beauchamp l'a répété cette semaine à Mexico: «Il est essentiel de placer nos artistes au coeur des politiques culturelle.» Mais l'artiste ne peut être détaché de sa production — et la production d'hier, qui fut canalisée par le religieux, devrait avoir droit à toutes nos considérations.
De plus, la sauvegarde du patrimoine est le terrain idéal pour des partenariats public-privé, en obligeant par exemple les promoteurs à préserver une partie d'un bâtiment religieux à des fins publiques: atelier pour artistes, salle communautaire, service de garde...
Mais pour en imposer — et pour sensibiliser le public, qui a sa part aussi à faire — il faut être animé d'une volonté politique et d'un sentiment d'urgence qui fait grandement défaut. En juin, un texte de la ministre était révélateur à ce sujet: là où il faudrait la foi qui déplace les montagnes, Québec se tâte encore sur ce qu'il devrait faire. Y croire un peu peut-être?
Le patrimoine religieux se perd mais impossible de sensibiliser ni les autorités, ni les milieux avertis, ni la population en général, ni — c'est à se damner! — bien des communautés religieuses elles-mêmes. Les églises, les couvents n'ont pas droit à leur mouvement «Sauvons nos rivières» alors qu'ils font tout autant partie de la trame du Québec, celle qui a façonné notre manière de vivre et qui nous est originale comme peuple.
C'est ainsi que le carmel de Montréal, un trésor selon une étude financée par la Ville et le ministère de la Culture, sera transformé en condos sans que nul ne s'en émeuve, sauf les quelques vaillants qui se désespèrent depuis des années à éveiller la conscience patrimoniale des Québécois.
Le promoteur aura beau jurer qu'il préservera les pierres, le mur d'enceinte ou une partie du jardin, là n'est pas la question. Ce qui pose problème, c'est le manque absolu d'imagination qui sévit dans ce Montréal qui a des prétentions à être une ville de savoir et de culture mais où l'on accepte sans réagir que le moindre bâtiment qui se vide se transforme en condo de luxe.
Ce qui dérange encore, c'est l'indifférence gouvernementale face à la crise que vivent les communautés religieuses. Leurs bâtiments ne conviennent plus à leurs besoins et elles restent seules avec le problème. On leur souhaiterait certes plus de résistance face aux promoteurs qui, eux, flairent la bonne affaire. Mais comme nul ne se soucie de leur legs — fruit pourtant des efforts de toute la collectivité d'autrefois —, il faut croire que l'effort demandé relèverait d'une sainteté qui n'est plus de mise. Les carmélites, en tout cas, semblent bel et bien y avoir renoncé, elles qui n'ont jamais avisé la ville de leurs intentions de vente et qui refusent que des experts visitent les lieux, comme le révèle aujourd'hui Le Devoir.
De toutes manières, même ceux qui résistent aux sirènes commerciales s'en trouvent déconfits. Dernier exemple en date, celui de l'église protestante Erskine & American, voisine du Musée des beaux-arts de Montréal et où l'on trouve la plus importante collection de grands vitraux de Tiffany au monde. Après moult discussions, ses fidèles avaient accepté de céder l'église, centenaire mais désertée, au musée pour y célébrer l'art religieux. Un projet fantastique, mais qui demande un financement public. Or ni le fédéral, ni le provincial — dûment approchés depuis deux ans — n'ont encore réagi. Le pasteur de l'église envisage maintenant de convertir celle-ci en... condos!
Les libéraux ont beaucoup dit que ce qui importe pour eux en matière culturelle, ce n'est pas le béton mais l'artiste. La ministre Line Beauchamp l'a répété cette semaine à Mexico: «Il est essentiel de placer nos artistes au coeur des politiques culturelle.» Mais l'artiste ne peut être détaché de sa production — et la production d'hier, qui fut canalisée par le religieux, devrait avoir droit à toutes nos considérations.
De plus, la sauvegarde du patrimoine est le terrain idéal pour des partenariats public-privé, en obligeant par exemple les promoteurs à préserver une partie d'un bâtiment religieux à des fins publiques: atelier pour artistes, salle communautaire, service de garde...
Mais pour en imposer — et pour sensibiliser le public, qui a sa part aussi à faire — il faut être animé d'une volonté politique et d'un sentiment d'urgence qui fait grandement défaut. En juin, un texte de la ministre était révélateur à ce sujet: là où il faudrait la foi qui déplace les montagnes, Québec se tâte encore sur ce qu'il devrait faire. Y croire un peu peut-être?
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