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Des faits à rétablir à propos des archives de Radio-Canada

La société conserve des documents d'abord et avant tout pour fins de réutilisation dans la production ou de commercialisation

André Beaudet - Directeur général des communications aux services français de Radio-Canada  25 août 2004 
Un long article de Michel Dumais publié dans Le Devoir du lundi 16 août critique sévèrement la gestion des archives de Radio-Canada ainsi que le fait qu'on ne puisse pas les télécharger à partir du site Internet www.radio-canada.ca. Ces critiques manquent de fondements et comportent un certain nombre d'erreurs factuelles qui ne sont pas sans conséquences.

Tout le monde sait qu'en tant que société publique, Radio-Canada appartient à tous les Canadiens. Cela ne signifie évidemment pas que tous les éléments qui composent Radio-Canada, ce qu'elle produit, possède ou diffuse, sont accessibles à tous. Contrairement à ce que laisse supposer l'article de M. Dumais, les archives de Radio-Canada ne sont pas libres de droits. Les émissions sont des biens, des oeuvres qui appartiennent à Radio-Canada ou à leurs producteurs et ayant-droits: auteurs, compositeurs, comédiens et autres, voire leurs successions. D'importantes questions de droits d'auteur régissent leur diffusion sous toutes les formes.

Ainsi, quand Radio-Canada a réalisé son site Internet du 50e anniversaire de la télévision, elle a obtenu les autorisations écrites de tous les comédiens apparaissant sur les photos et, dans certains cas, elle a payé des droits. Nous n'avons tout simplement pas le droit d'abandonner notre matériel à la discrétion des internautes.

Il importe également de mentionner que Radio-Canada ne saurait donner accès libre à l'ensemble de sa production journalistique sans en contrôler l'utilisation. À titre de service public d'information, Radio-Canada a des responsabilités éthiques qu'elle ne peut ni ne doit aliéner.

Il faut aussi rappeler que les archives de Radio-Canada sont conservées d'abord et avant tout pour fins de réutilisation dans la production ou de commercialisation. On ne doit pas les confondre avec les Archives nationales du Canada qui, en plus de leur mandat de conservation, ont celui de les rendre accessibles au public canadien. Néanmoins, Radio-Canada permet à ceux qui le désirent de se procurer des extraits d'émissions pour usage privé. Le prix relativement élevé est lié au coût du transfert et du support (licence d'utilisation).

Traitement des archives

Le décalage s'accentue lorsque M. Dumais aborde le traitement des archives sur le site Internet de Radio-Canada. Sa plus grave erreur est d'affirmer que la gestion des archives de Radio-Canada est tributaire du géant américain Microsoft alors que Radio-Canada utilise le format de Microsoft pour la diffusion sur Internet et non pour l'archivage. La vision apocalyptique qu'il appréhende est donc sans fondement, du moins en ce qui concerne Radio-Canada.

Il convient donc de retenir ceci: à titre de diffuseur public, Radio-Canada concentre ses investissements dans la production et la diffusion de contenu accessible au plus grand nombre. Si nous avons choisi le format de visionnement le plus largement répandu (Microsoft), c'est afin d'atteindre le plus large public possible.

Le choix de rendre des archives disponibles via le format vidéo de Microsoft ne nous lie aucunement à cette entreprise, pas plus que cela n'entraîne de coût supplémentaire en fonction du nombre d'utilisateurs et d'heures diffusées, comme l'article le sous-entend. Cela ne confère pas le moindre contrôle à Microsoft.

Il n'existe pas pour l'instant de format de visionnement Internet en code libre largement répandu qui soit installé par défaut sur les ordinateurs des usagers. Nous étudions actuellement d'autres options. Le service des nouveaux médias de Radio-Canada se tient en état d'alerte technologique continuelle pour être en mesure d'offrir les meilleures solutions au plus grand nombre possible d'internautes dans le respect d'une saine gestion des fonds publics.

La BBC

Par ailleurs, Radio-Canada suit de très près le projet de la BBC évoqué dans l'article, qui confond d'ailleurs allégrement les intentions du diffuseur britannique avec ce qui sera concrètement offert à compter de l'automne 2004. En matière de volume et d'intérêt, ce projet dans son état actuel ne saurait être comparé à ce que Radio-Canada propose sur son site Internet. La BBC compte en effet commencer par la mise en ligne de milliers de clips de trois minutes tirés d'émissions sur les sciences naturelles. En outre, l'épineuse question des droits d'auteur n'a pas encore été résolue pour permettre au rêve évoqué par M. Dumais de se réaliser.

Radio-Canada considère que ses archives constituent un bien culturel précieux pour la collectivité. C'est pourquoi elle consacre des ressources importantes tant pour leur gestion et leur conservation que pour l'analyse, l'indexation et le catalogage. L'utilisation des archives est liée aux mêmes considérations de propriété intellectuelle et de politique journalistique que les émissions courantes.

Radio-Canada est particulièrement fière de la section Archives de son site Internet, d'ailleurs complimentée par M. Dumais, dans laquelle elle offre un accès gratuit à près de 6000 clips audio ou vidéo qui permettent aux internautes de retrouver une multitude de personnalités et d'événements qui ont marqué notre histoire depuis les années 30, qu'il s'agisse de politique, de sports, de vie culturelle ou de faits de société.

En conclusion, Radio-Canada tient à rassurer tous les lecteurs du Devoir: ses archives ne sont pas près de tomber sous le contrôle d'une société commerciale.

***

Réplique

Rétablissons les faits: soit! Bien qu'aucun lecteur — et ils ont été nombreux à écrire — n'ait relevé l'absence du mot «droits» ou ne soit même revenu sur ces épineuses questions, tous ont compris que la phrase «[...] la société administre ce fonds audiovisuel comme un bon père de famille» sous-entendait cela. Mea culpa. Je serai plus précis la prochaine fois.

Cependant, ma chronique ne fait nulle part mention d'une quelconque mise en ligne de votre production journalistique. Je n'affirme nulle part non plus, de près ou de loin, que la relation d'affaires actuelle entre la SRC et Microsoft demande une rétribution en fonction du nombre d'utilisateurs et d'heures diffusées. De même, vous confondez allégrement le projet de mise en ligne de certaines archives de la BBC, que j'aborde à peine dans une phrase, et le projet bien réel de la BBC de développer une technologie logicielle libre et ouverte de production et de diffusion de documents numérisés. Vous a-t-on bien renseigné?

Cependant, loin de me rassurer, votre lettre m'inquiète au contraire. Lorsque vous affirmez qu'aucune autre technologie de diffusion, libre ou non, n'est installée par défaut, à quoi vous attendiez-vous? Saviez-vous que la CEE vient justement de condamner Microsoft pour cette raison? Vos propos signifient-ils que la SRC entérine les prétentions monopolistiques de Microsoft?

Rien ne vous lie à cette société, dites-vous? Il serait alors intéressant de connaître non pas les coûts d'acquisition mais les coûts de sortie de cette technologie propriétaire vers une technologie libre, ouverte et accessible à tous. Avez-vous déjà fait ce calcul?

Michel Dumais
 
 
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