L'état-major du PQ biffe la question du leadership
L'association de Notre-Dame-de-Grâce crie à la censure
Tommy Chouinard
24 août 2004
Québec — L'état-major du Parti québécois a refusé d'inscrire à l'ordre du jour du conseil national de ce week-end une résolution adoptée par une association de circonscription exigeant le déclenchement d'une course au leadership, a appris Le Devoir.
L'association péquiste de Notre-Dame-de-Grâce, qui est à l'origine de la résolution, accuse la direction du parti de vouloir étouffer un débat qui fait rage au sein des troupes péquistes. «Ils ne veulent pas de débat sur le leadership. Mais ils ne réussiront pas à l'éteindre. Au contraire, ils vont le stimuler», a affirmé le vice-président de l'association, Marc Brière, en entrevue téléphonique au Devoir, hier. Selon lui, le parti souhaite «éviter que les autres comtés se mobilisent derrière cette proposition et forcent une élection à la présidence du parti».
La présidente de l'association de Notre-Dame-de-Grâce, Lucie Dufresne, trouve «regrettable» la décision du comité directeur du conseil national, qui a été rendue la semaine dernière, et entend déposer une résolution d'urgence pour s'assurer que le débat ait lieu ce week-end.
La résolution de Notre-Dame-de-Grâce, dont Le Devoir a révélé l'existence le 14 août dernier, réclame le déclenchement d'une course au leadership, à laquelle Bernard Landry lui-même pourrait être candidat. «Il est proposé que, afin de légitimer la présidence du parti, son chef actuel incite le conseil national à organiser une élection à la présidence du parti, au suffrage universel de ses membres, au plus tard au printemps 2006», peut-on lire dans ce document dont Le Devoir a obtenu copie.
Or le comité directeur du conseil national — composé d'un président, Sébastien Gagnon, et d'une conseillère, la vice-présidente du PQ, Marie Malavoy — a jugé cette proposition irrecevable. «Le comité directeur est là pour faire en sorte que les résolutions s'inscrivent dans le cadre des statuts et règlements du parti. Il a refusé la résolution parce qu'elle ne cadrait pas avec les statuts et règlements», a expliqué le directeur des communications du PQ, Joël Simard-Ménard. Une course au leadership ne peut être déclenchée que pour trois raisons au Parti québécois: un vote de confiance négatif lors d'un congrès, la démission ou le décès du chef, a-t-il précisé.
Seul le segment de la résolution de Notre-Dame-de-Grâce portant sur la tenue d'une campagne de recrutement de membres en vue du congrès de juin 2005 a été approuvé et inscrit à l'ordre du jour du conseil national, qui aura lieu les 27, 28 et 29 août prochains à Québec. Joël Simard-Ménard estime que le rejet de l'autre segment de la proposition ne signifie pas que le parti refuse de tenir un débat sur le leadership.
«La résolution de Notre-Dame-de-Grâce demandait poliment à M. Landry de démissionner pour rendre possible cette élection, tout en assumant l'intérim et en lui permettant de se présenter comme candidat. Par une interprétation légaliste et procédurière, le comité a jugé que notre demande était ambiguë à cet égard. Faire un débat de procédure sur un débat semblable qui a cours partout au Québec, ça paraît un peu bizarre», a affirmé Marc Brière.
Joël Simard-Ménard reconnaît qu'une résolution d'urgence portant sur une course au leadership pourrait être présentée et acceptée par les militants réunis au conseil national. C'est ce que tentera l'association de Notre-Dame-de-Grâce, en compagnie d'autres associations qu'elle cherche à rallier. Toutefois, elle essaiera d'abord d'interjeter appel de la décision du comité directeur dès le début du conseil national vendredi soir, au moment de l'adoption de l'ordre du jour.
Or, selon les informations recueillies par Le Devoir d'une source péquiste digne de confiance, Bernard Landry pourrait annoncer dès vendredi soir, lors de son discours d'ouverture du conseil national, qu'il reste à la tête des troupes péquistes. «Ça mettrait fin au grenouillage», a-t-on confié au Devoir.
Yves Michaud veut aussi une course
Yves Michaud, un ami de Bernard Landry, réclame aussi une course au leadership. Il appuie les démarches de l'association de Notre-Dame-de-Grâce. «Je suis pour le principe d'une élection au suffrage universel des militants. Il faut que le conseil national s'exprime là-dessus», a-t-il dit en entrevue téléphonique au Devoir.
D'après lui, Bernard Landry sortirait «réconforté» de cet exercice, comme le croit Lucie Dufresne d'ailleurs. «Sa légitimité serait accentuée. Et ça donnerait une meilleure chance de gagner l'élection générale», a dit M. Michaud, précisant que, s'il est en faveur d'une course au leadership, il ferait néanmoins campagne pour Bernard Landry «dans l'état actuel des choses». Une élection est à ses yeux préférable à un vote de confiance des membres, auquel M. Landry devra faire face au congrès de juin 2005.
Yves Michaud juge sévèrement la décision du comité directeur de rejeter la résolution de l'association de Notre-Dame-de-Grâce. «Il faut leur frotter les oreilles. On fait des propositions, et c'est refusé séance tenante par une ou deux personnes. Et il n'y a pas vraiment de réel mécanisme d'appel. La parti a besoin d'un grand rafraîchissement, car il y a des choses qui sont fossilisées», a-t-il expliqué. Selon le militant de Westmount, la voix des militants est difficile à entendre au PQ par les temps qui courent, car «il y a du tordage de bras des députés et des apparatchiks et l'utilisation de procédés "disgracieux"».
Le refus d'inscrire à l'ordre du jour la proposition de Notre-Dame-de-Grâce n'est pas le seul exemple de «procédé disgracieux», a-t-il fait valoir. Le comité directeur a également rejeté la résolution de la circonscription de Westmount-Saint-Louis qui réclame la séparation des postes de président et de chef du parti. «C'est pourtant la règle partout», a lancé M. Michaud, rappelant l'exemple du Parti libéral du Québec — Jean Charest est le chef; Marc-André Blanchard, le président — ou de l'Action démocratique — Mario Dumont est le chef; Guy Laforest, le président.
«Le parti est le chien de garde du programme et de la doctrine. Il peut élever la voix. Quand c'est la même personne qui est en même temps président du parti et premier ministre ou chef de l'opposition, il peut difficilement s'aboyer [sic] lui-même», a-t-il souligné.
L'association péquiste de Notre-Dame-de-Grâce, qui est à l'origine de la résolution, accuse la direction du parti de vouloir étouffer un débat qui fait rage au sein des troupes péquistes. «Ils ne veulent pas de débat sur le leadership. Mais ils ne réussiront pas à l'éteindre. Au contraire, ils vont le stimuler», a affirmé le vice-président de l'association, Marc Brière, en entrevue téléphonique au Devoir, hier. Selon lui, le parti souhaite «éviter que les autres comtés se mobilisent derrière cette proposition et forcent une élection à la présidence du parti».
La présidente de l'association de Notre-Dame-de-Grâce, Lucie Dufresne, trouve «regrettable» la décision du comité directeur du conseil national, qui a été rendue la semaine dernière, et entend déposer une résolution d'urgence pour s'assurer que le débat ait lieu ce week-end.
La résolution de Notre-Dame-de-Grâce, dont Le Devoir a révélé l'existence le 14 août dernier, réclame le déclenchement d'une course au leadership, à laquelle Bernard Landry lui-même pourrait être candidat. «Il est proposé que, afin de légitimer la présidence du parti, son chef actuel incite le conseil national à organiser une élection à la présidence du parti, au suffrage universel de ses membres, au plus tard au printemps 2006», peut-on lire dans ce document dont Le Devoir a obtenu copie.
Or le comité directeur du conseil national — composé d'un président, Sébastien Gagnon, et d'une conseillère, la vice-présidente du PQ, Marie Malavoy — a jugé cette proposition irrecevable. «Le comité directeur est là pour faire en sorte que les résolutions s'inscrivent dans le cadre des statuts et règlements du parti. Il a refusé la résolution parce qu'elle ne cadrait pas avec les statuts et règlements», a expliqué le directeur des communications du PQ, Joël Simard-Ménard. Une course au leadership ne peut être déclenchée que pour trois raisons au Parti québécois: un vote de confiance négatif lors d'un congrès, la démission ou le décès du chef, a-t-il précisé.
Seul le segment de la résolution de Notre-Dame-de-Grâce portant sur la tenue d'une campagne de recrutement de membres en vue du congrès de juin 2005 a été approuvé et inscrit à l'ordre du jour du conseil national, qui aura lieu les 27, 28 et 29 août prochains à Québec. Joël Simard-Ménard estime que le rejet de l'autre segment de la proposition ne signifie pas que le parti refuse de tenir un débat sur le leadership.
«La résolution de Notre-Dame-de-Grâce demandait poliment à M. Landry de démissionner pour rendre possible cette élection, tout en assumant l'intérim et en lui permettant de se présenter comme candidat. Par une interprétation légaliste et procédurière, le comité a jugé que notre demande était ambiguë à cet égard. Faire un débat de procédure sur un débat semblable qui a cours partout au Québec, ça paraît un peu bizarre», a affirmé Marc Brière.
Joël Simard-Ménard reconnaît qu'une résolution d'urgence portant sur une course au leadership pourrait être présentée et acceptée par les militants réunis au conseil national. C'est ce que tentera l'association de Notre-Dame-de-Grâce, en compagnie d'autres associations qu'elle cherche à rallier. Toutefois, elle essaiera d'abord d'interjeter appel de la décision du comité directeur dès le début du conseil national vendredi soir, au moment de l'adoption de l'ordre du jour.
Or, selon les informations recueillies par Le Devoir d'une source péquiste digne de confiance, Bernard Landry pourrait annoncer dès vendredi soir, lors de son discours d'ouverture du conseil national, qu'il reste à la tête des troupes péquistes. «Ça mettrait fin au grenouillage», a-t-on confié au Devoir.
Yves Michaud veut aussi une course
Yves Michaud, un ami de Bernard Landry, réclame aussi une course au leadership. Il appuie les démarches de l'association de Notre-Dame-de-Grâce. «Je suis pour le principe d'une élection au suffrage universel des militants. Il faut que le conseil national s'exprime là-dessus», a-t-il dit en entrevue téléphonique au Devoir.
D'après lui, Bernard Landry sortirait «réconforté» de cet exercice, comme le croit Lucie Dufresne d'ailleurs. «Sa légitimité serait accentuée. Et ça donnerait une meilleure chance de gagner l'élection générale», a dit M. Michaud, précisant que, s'il est en faveur d'une course au leadership, il ferait néanmoins campagne pour Bernard Landry «dans l'état actuel des choses». Une élection est à ses yeux préférable à un vote de confiance des membres, auquel M. Landry devra faire face au congrès de juin 2005.
Yves Michaud juge sévèrement la décision du comité directeur de rejeter la résolution de l'association de Notre-Dame-de-Grâce. «Il faut leur frotter les oreilles. On fait des propositions, et c'est refusé séance tenante par une ou deux personnes. Et il n'y a pas vraiment de réel mécanisme d'appel. La parti a besoin d'un grand rafraîchissement, car il y a des choses qui sont fossilisées», a-t-il expliqué. Selon le militant de Westmount, la voix des militants est difficile à entendre au PQ par les temps qui courent, car «il y a du tordage de bras des députés et des apparatchiks et l'utilisation de procédés "disgracieux"».
Le refus d'inscrire à l'ordre du jour la proposition de Notre-Dame-de-Grâce n'est pas le seul exemple de «procédé disgracieux», a-t-il fait valoir. Le comité directeur a également rejeté la résolution de la circonscription de Westmount-Saint-Louis qui réclame la séparation des postes de président et de chef du parti. «C'est pourtant la règle partout», a lancé M. Michaud, rappelant l'exemple du Parti libéral du Québec — Jean Charest est le chef; Marc-André Blanchard, le président — ou de l'Action démocratique — Mario Dumont est le chef; Guy Laforest, le président.
«Le parti est le chien de garde du programme et de la doctrine. Il peut élever la voix. Quand c'est la même personne qui est en même temps président du parti et premier ministre ou chef de l'opposition, il peut difficilement s'aboyer [sic] lui-même», a-t-il souligné.
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