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Perspectives: Le vieux démon

Michel David   24 août 2004 
En ce dimanche d'octobre 1990, Jacques Parizeau était vraiment hors de lui. La veille, les militants péquistes de la Montérégie, réunis en conseil régional, avaient adopté une résolution réclamant la tenue d'une élection référendaire.

Bien sûr, M. Parizeau avait appuyé cette idée au congrès de 1974, quand les délégués avaient plutôt opté pour la stratégie étapiste de Claude Morin, avec la bénédiction de René Lévesque. Sauf que c'était maintenant lui le chef et il voyait très bien à quelle catastrophe courait le PQ, s'il décidait de faire l'économie d'un référendum.

«Je souhaite vivement que le retour à nos vieux démons, au moment où tout allait tellement bien, ne nous fasse pas glisser dans l'opinion publique. Je vais tout faire pour empêcher cela», avait-il déclaré aux militants littéralement pétrifiés.

«Je ne veux pas de ça. On ne vit pas dans ce genre de pays et je n'ai pas l'impression que nos concitoyens accepteraient ça», avait-il poursuivi. En conférence de presse, il avait demandé, sur un ton découragé: «Quand est-ce que ça va arrêter?» Au moment où l'échec de l'accord du lac Meech autorisait tous les espoirs, ceux qu'on n'appelait pas encore les «purs et durs» risquaient de tout gâcher.

Bien entendu, M. Parizeau, dont la mémoire est toujours aussi sélective, a oublié cet épisode. En rejetant sa nouvelle version de l'élection référendaire, Bernard Landry manifeste simplement le même sens des responsabilités qui l'avait lui-même amené à s'y opposer quand il était chef.

Peu importe la Loi sur la clarté ou le scandale des commandites, ce qu'il savait être inacceptable à la population en 1990 le serait tout autant aujourd'hui. La turpitude des uns ne justifie pas celle des autres. Comme M. Parizeau à l'époque, M. Landry a le devoir de s'opposer à cette dérive antidémocratique.

Si ce n'est la vertu, leur intérêt politique devrait empêcher les militants péquistes de succomber à la tentation radicale, qui serait le plus sûr moyen de tuer le projet souverainiste.

***

De son propre aveu, M. Parizeau avait interprété le mouvement en faveur d'une élection référendaire, auquel adhéraient des députés très en vue, comme Jean Garon et Gérald Godin, comme une atteinte à son leadership.

Dans le contexte actuel, il est difficile d'imaginer comment M. Landry pourrait voir les choses autrement. Si la tenue d'une élection référendaire devenait partie intégrante du programme péquiste, il n'aurait d'autre choix que de démissionner, et M. Parizeau le sait très bien. Pauline Marois ne pourrait pas davantage rester au PQ. Seul François Legault semble prêt à tous les compromis.

À le voir s'ingénier à saper le leadership de ses successeurs depuis neuf ans, sous couvert de pureté indépendantiste, il est clair que M. Parizeau n'a jamais fait son deuil de son ancien poste. S'il faut parler de vieux démons...

Au moment où l'impopularité du gouvernement Charest et la nouvelle donne politique à Ottawa ouvrent de nouvelles perspectives aux souverainistes, un nouveau schisme est la dernière chose dont le PQ a besoin.

Paradoxalement, le débat lancé par M. Parizeau pourrait donner à M. Landry une bonne raison de vouloir demeurer chef. Jusqu'à présent, il a plutôt donné l'impression de se maintenir par défaut. Préserver le PQ d'un dérapage suicidaire constitue en soi un programme.

On entend des choses aberrantes ces jours-ci. Par exemple, cette suggestion du député de l'Assomption, Jean-Claude Saint-André, selon lequel un gouvernement péquiste pourrait légiférer, avant même la tenue d'un référendum, pour faire en sorte que les contribuables québécois cessent de payer des impôts ou des taxes à Ottawa. Quant à y être pourquoi ne pas saisir les immeubles fédéraux?

***

Il est vrai que la proposition de M. Parizeau pour «enclencher» la souveraineté n'est pas très claire, mais il ne peut y avoir de compromis sur l'essentiel. La démarche menant à la souveraineté doit être dépourvue de toute ambiguïté ou astuce.

Si la perspective du «bon gouvernement» lui fait horreur, libre au PQ de s'engager à renoncer au pouvoir, dans l'hypothèse d'un autre non, mais la question doit porter clairement sur la souveraineté.

Ce ne serait sans doute pas un crime d'y annexer un projet de constitution; ce serait simplement maladroit, dans la mesure où chacun y trouvera à redire. À l'époque où il était chef, c'est précisément la raison pour laquelle M. Parizeau trouvait prématuré de chercher à définir les institutions d'un Québec souverain avant que la population ne se soit prononcée sur son existence, mais il semble l'avoir également oublié.

Pour amadouer son aile radicale, on prête à M. Landry l'intention de durcir le ton au cours des prochains mois, mais il y a un risque à verser dans la rhétorique guerrière, comme René Lévesque l'a appris à ses dépens au congrès de décembre 1981.

Furieux de s'être fait avoir par Pierre Elliott Trudeau lors de la «nuit des longs couteaux», il avait si bien enflammé les militants péquistes qu'ils avaient résolu de larguer le référendum pour revenir à l'élection référendaire exclue sept ans plus tôt. M. Parizeau, qui s'était courageusement dégonflé en prétendant s'être trompé de micro, ne peut tout de même pas avoir oublié ça!

mdavid@ledevoir.com






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  • alain audet
    Abonné
    mardi 24 août 2004 16h35
    Le monde et les temps changent...mais...
    « Une réflexion, une croyance dans un contexte donné, peut changer dans un autre contexte.

    Je me souviens lors du premier référendum, les ainés avaient peur de perdre leur pension de vieillesse, ils disaient: «on n'a pas grand chose mais on arrive à notre retraite et l'on y tient.»
    Nous à l'époque on n'avait rien, on n'avait donc pas peur de tout perdre, mais maintenant la «gang des baby boomers» arrive à leur retraite, ce changement de contexte ne fera peut-être pas changer leur opinion, mais rendu dans l'isoloir, y aura-t-il un démon de derniere minute (que sûrement certains n'hésiteront pas à éveiller) qui viendra hanter les consciences, les faire réfléchir à ce qu'ils ont accumulé en biens, aux réflexions de leurs ainés des années 80?
    Il y a un risque, je le crois bien, à ce que ce changement de contexte affecte la croix dans l'isoloir.
    C'est pourquoi l'idée d'une élection référendaire ne doit pas être écartée sans prendre le temps d'en analyser minutieusement le contexte, actuellement je crois que les baby boomers auraient encore le courage d'assumer la souverainté, mais s'il faut repousser juste un peu plus loin notre décision collective, il y a un risque que "le monde et les temps changent".
    L'urgence d'agir est là, élection référendaire ou référendum, très rapidement après l'élection? Il faut faire vite, très vite...
    Alain Audet »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mardi 24 août 2004 17h06
    C'est un débat, monsieur David!
    « Où avez-vous vu ''élection référendaire'' monsieur David? Ce dont il est question, ici, c'est de prévoir la démarche la plus efficace pour déjouer les manoeuvres d'Ottawa et ses partisans contre le projet souverainiste, advenant l'élection du Parti Québécois. Il n'est plus question d'attendre le moment opportun mais de provoquer et de préparer les conditions d'un référendum réussi. Après tout, le Canada n'est-il pas en guerre contre notre projet? Il faut que le prochain chef du PQ soit capable de nous convaincre qu'il est déterminé à prendre tous les moyens pour que le prochain processus soit le bon. Avez-vous des idées, monsieur David? Vos placotages de coulisse ne nous intéressent pas! »

  • Robert Senet
    Abonné
    mardi 24 août 2004 20h56
    ce qui est bien avec le journaliste Michel David.
    « Bonjour,

    Avec Michel David, ce qui est bien, c'est qu'il ramène la petite histoire des comportements passés des personnes impliquées. Et ça nous fait voir les choses sous un autre angle. Comme dans l'article d'aujourd'hui sur Parizeau et ses démons, où il rapporte l'attitude prise par ce dernier lors d'un congrès du PQ au début des années '80.

    On est porté surtout si on a lu les trois tomes de Duchesne à voir Parizeau avant tout comme un idéaliste assez pur. Votre article fait voir un autre aspect du personnage.

    Bravo M. David. Et continuez de bien entretenir votre formidable mémoire.

    Robert Senet. »

  • Marie-France Legault
    Inscrite
    mercredi 25 août 2004 09h39
    Manoeuvre des péquistes.
    « La plus grande manoeuvre des péquistes c'est l'élection référendaire. La plus grande astuce c'est l'élection référendaire. La plus grande fourberie c'est d'affirmer n'avoir jamais parlé de cela. Il reste que si tout le monde l'a compris, tout le monde n'est pas imbécile, innocent et borné.

    Déjouer les magouilles et astuces péquistes met en rogne ceux-ci, convaincus qu'ils sont d'être plus intelligents que nous, plus rusés.

    Les questions des référendums 1980-1995 sont les plus grandes manoeuvres, magouilles qu'on a jamais connues dans l'Histoire du Québec. Des introductions très longues et non des questions claires ont été proposées aux québécois. Mais ils ne sont pas des "valises" et n'ont pas marché aveuglément.

    Voilà c'est au Québec que ça se passe! Nos "bons" québécois séparatistes sont champions dans les manoeuvres, les manipulations, les stratégies.

    Il ne faut jamais oublier que TOUS les Québécois ne sont pas séparatistes: à Ottawa comme à Québec.

    Les péquistes veulent nous faire croire que les 7,000,000 de citoyens qui composent le Québec sont TOUS séparatistes. L'élection du parti Libéral au Québec en est une preuve.Un petit 20% veut nous entraîner dans l'aventure risquée de la Sécession. »

  • renée legault
    Inscrit
    jeudi 26 août 2004 13h36
    La vraie raison
    « Ce ne sont pas là les vraies raisons du débat!
    La vraie raison et la seule consisterait à trouver le truc, l'astuce, le moyen de passer un sapin à la population qui ne serait pas d'accord pour la souveraineté et ce dans le plus bref délai possible. Une population moins éveillée, ou moins intéressée, qui se réveillerait un jour prisonnière de cette décision arbitraire. Les partisans de la souveraineté vieillissent (eux aussi) l'urgence de réalisation se profile à l'horizon s'ils veulent voir une étoile briller dans leur cahier d'histoire.
    Quelle que soit cette solution elle serait à privilégier par les partisans pourvu que la garantie de réussite vienne avec. Et c'est là que réside la difficulté du débat! Les promoteurs voudraient le succès sans risque! Et tous et chacun croient posséder le meilleur itinéraire. »

  • Marie-France Legault
    Inscrite
    samedi 28 août 2004 08h22
    Prendre par surprise!
    « Monsieur Audet, voilà une astuce malhonnête. Pour vous il s'agit d'agir vite pour prendre les "homards" dans la cage; éviter qu'ils se rendent compte du piège.

    C'est déjà nous avertir du peu de conscience et d'honnêteté du procédé.

    Puisque vous préconisez cette formule, c'est que vous ne croyez pas à la transparence à la limpidité, à la clarté d'un appel au PEUPLE spécifique sur la Sécession.

    Vous comptez obtenir l'adhésion par des moyens tordus, biaisés, déviés, ne laissant pas le temps de réfléchir.

    Vous n'êtes tellement pas certain d'obtenir l'adhésion par des moyens directs, que vous pensez l'obtenir indirectement. On appelle ça de la fourberie, de la perfidie, de la traîtrise.

    Vous manifestez ainsi "très peu" de considération pour la NATION québécoise.
    Car vous préparez une arnaque dans laquelle
    vous espérez qu'elle tombe fatalement.

    Quand même vous ouvrez votre jeu. C'est à nous de refuser de tomber dans le panneau. Tous les québécois ne sont pas aveugles, sourds, muets. »

  • Étienne LaHire
    Inscrit
    lundi 30 août 2004 14h34
    Les Legault : Aussi bien en rire
    « Aux quelques lecteurs encore susceptibles de se laisser abuser par Marie-France = Renée = etc.:
    http://www.lequebecois.org/CourrierLecteurs.aspx?id=291&page=0

    Les autocongratulations (d'aucuns parleraient plutôt d'onanisme) s'ensuivent forcément: http://www.ledevoir.com/dossiers/304/62075.html?304

    Quelle logorrhée autour de soi-même par fanatisme pour le merveilleux Canada...!

    Y a-t-il un médecin dans la salle (de rédaction) ??? »

  • renée legault
    Inscrit
    mardi 31 août 2004 10h35
    Espoir!
    « Le seul espoir qui puisse m'habiter en ce moment, c'est que le médecin ce ne soit pas vous!
    Tous les diagnostiques conduiraient inévitablement à l'isolement par peur de contagion!
    Allez-y, riez, c'est une bonne façon de se soigner ... et ça donne le moral! »

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