Libre opinion: Ce qu'on n'a pas dit sur les centres jeunesse
Micheline Mayer - Montréal
20 août 2004
À la suite du rapport du Conseil permanent de la jeunesse déposé en juillet dernier, les journaux ont titré que ce texte était accablant pour les centres jeunesse. Les lieux d'hébergement étaient perçus comme des prisons et des écoles du crime où les jeunes en protection et les jeunes délinquants se côtoyaient et dont ils étaient expulsés à l'âge de 18 ans, sans suivi.
En lisant au complet le rapport en question, on découvre beaucoup d'informations qui n'ont pas été mentionnées.
En premier lieu, le CPJ note lui-même (page 10) qu'il «ne prétend pas que la méthode d'échantillonnage retenue soit scientifique. La quantité (100 cas) de rencontres réalisées apparaît bien mince et aléatoire au regard du nombre de dossiers traités annuellement par l'ensemble des centres jeunesse du Québec».
En effet, seulement 100 jeunes ont été interviewés alors que les centres jeunesse desservent 100 000 jeunes par année et que ces 100 jeunes ont reçu des services sur plusieurs années (ils sont âgés de 14 à 35 ans)!
Il est bizarre que cette réserve ait été si vite oubliée, de même que celle qui précisait que les jeunes interviewés faisaient partie de ceux qui avaient été placés et non des autres.
De plus, au début de chacun des chapitres, des commentaires positifs sont rapportés par les jeunes interviewés. Leur proportion par rapport aux commentaires négatifs n'est pas précisée. Ces commentaires ont eux aussi été noyés dans l'accablement des centres jeunesse. Quelques exemples.
- «C'est sûr que je suis contente d'être ici parce que je n'ai pas aimé vivre là-dedans [chez ma mère].» (page 14)
- «Ils [les parents d'accueil] agissaient comme des vrais parents qui prenaient soin de toi. C'était leur manière de fonctionner parce qu'ils nous aimaient vraiment comme si on était leurs enfants. Même qu'à la fin, je les appelais maman pis papa.» (page 24)
- «Je peux dire que les éducateurs ont été de bons modèles pour moi. Ils le sont encore aujourd'hui. Il y en a une que j'admire, et j'aimerais suivre quelques-uns de ses pas.» (page 41)
Oubliés aussi
Quant aux milieux d'accueil perçus comme des prisons, on ne précise pas si les jeunes qui les ont décrits étaient placés en centre sécuritaire ou non. Les centres sécuritaires sont prévus pour les cas les plus lourds de délinquance. Dans un tel cas, les barreaux en font effectivement des prisons, mais avec une différence souvent dénoncée par les pensionnaires: le programme de réhabilitation qui est appliqué. Le CPJ soulève la question suivante: «Ne s'agit-il pas d'un milieu artificiel différent de son milieu familial, dans lequel une société bien pensante essaie de "ré-former" les jeunes?» (page 20) Doit-on conclure que le CPJ préférerait l'abolition de tout effort de réhabilitation?
Il ne s'agit pas de rejeter toutes les critiques formulées à l'endroit des centres jeunesse. Plusieurs d'entre elles sont formulées par les centres eux-mêmes depuis des années: le nombre trop élevé de cas par intervenant, qui diminue leur disponibilité, le manque de continuité des services, l'absence de ressources communautaires pour soutenir les jeunes de plus de 18 ans quand ils ne sont plus sous la responsabilité des centres, etc.
Aussi, même si la plupart des intervenants sont dévoués et compétents, il existe sûrement parfois des abus de pouvoir par certains intervenants qu'il faut dénoncer et éradiquer. Il en existe partout. On en a vu dernièrement dans d'autres institutions, cas qui ont fait les manchettes des journaux.
Il s'agit donc d'être rigoureux et de rendre compte de l'ensemble de la situation. Il y a du bon et du mauvais. Il y a des dimensions dont les centres jeunesse sont responsables et d'autres non (tout particulièrement les budgets disponibles). Il y a des nuances à apporter aux affirmations, et il faut les faire.
Évidemment, il est toujours plus simple d'adopter le rôle noble du justicier qui dénonce le noir sans voir le blanc ou le gris.
En lisant au complet le rapport en question, on découvre beaucoup d'informations qui n'ont pas été mentionnées.
En premier lieu, le CPJ note lui-même (page 10) qu'il «ne prétend pas que la méthode d'échantillonnage retenue soit scientifique. La quantité (100 cas) de rencontres réalisées apparaît bien mince et aléatoire au regard du nombre de dossiers traités annuellement par l'ensemble des centres jeunesse du Québec».
En effet, seulement 100 jeunes ont été interviewés alors que les centres jeunesse desservent 100 000 jeunes par année et que ces 100 jeunes ont reçu des services sur plusieurs années (ils sont âgés de 14 à 35 ans)!
Il est bizarre que cette réserve ait été si vite oubliée, de même que celle qui précisait que les jeunes interviewés faisaient partie de ceux qui avaient été placés et non des autres.
De plus, au début de chacun des chapitres, des commentaires positifs sont rapportés par les jeunes interviewés. Leur proportion par rapport aux commentaires négatifs n'est pas précisée. Ces commentaires ont eux aussi été noyés dans l'accablement des centres jeunesse. Quelques exemples.
- «C'est sûr que je suis contente d'être ici parce que je n'ai pas aimé vivre là-dedans [chez ma mère].» (page 14)
- «Ils [les parents d'accueil] agissaient comme des vrais parents qui prenaient soin de toi. C'était leur manière de fonctionner parce qu'ils nous aimaient vraiment comme si on était leurs enfants. Même qu'à la fin, je les appelais maman pis papa.» (page 24)
- «Je peux dire que les éducateurs ont été de bons modèles pour moi. Ils le sont encore aujourd'hui. Il y en a une que j'admire, et j'aimerais suivre quelques-uns de ses pas.» (page 41)
Oubliés aussi
Quant aux milieux d'accueil perçus comme des prisons, on ne précise pas si les jeunes qui les ont décrits étaient placés en centre sécuritaire ou non. Les centres sécuritaires sont prévus pour les cas les plus lourds de délinquance. Dans un tel cas, les barreaux en font effectivement des prisons, mais avec une différence souvent dénoncée par les pensionnaires: le programme de réhabilitation qui est appliqué. Le CPJ soulève la question suivante: «Ne s'agit-il pas d'un milieu artificiel différent de son milieu familial, dans lequel une société bien pensante essaie de "ré-former" les jeunes?» (page 20) Doit-on conclure que le CPJ préférerait l'abolition de tout effort de réhabilitation?
Il ne s'agit pas de rejeter toutes les critiques formulées à l'endroit des centres jeunesse. Plusieurs d'entre elles sont formulées par les centres eux-mêmes depuis des années: le nombre trop élevé de cas par intervenant, qui diminue leur disponibilité, le manque de continuité des services, l'absence de ressources communautaires pour soutenir les jeunes de plus de 18 ans quand ils ne sont plus sous la responsabilité des centres, etc.
Aussi, même si la plupart des intervenants sont dévoués et compétents, il existe sûrement parfois des abus de pouvoir par certains intervenants qu'il faut dénoncer et éradiquer. Il en existe partout. On en a vu dernièrement dans d'autres institutions, cas qui ont fait les manchettes des journaux.
Il s'agit donc d'être rigoureux et de rendre compte de l'ensemble de la situation. Il y a du bon et du mauvais. Il y a des dimensions dont les centres jeunesse sont responsables et d'autres non (tout particulièrement les budgets disponibles). Il y a des nuances à apporter aux affirmations, et il faut les faire.
Évidemment, il est toujours plus simple d'adopter le rôle noble du justicier qui dénonce le noir sans voir le blanc ou le gris.
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