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Les scandales sexuels dans l'Église - Jean-Paul II exprime honte et tristesse

Stéphane Baillargeon   29 juillet 2002 
«L’esprit du monde offre de multiples illusions, de nombreuses parodies de bonheur», a affirmé le pape pendant la messe célébrée hier à Downsview Lands. À gauche, le cardinal Jean-Claude Turcotte. Jean-Paul II se rend au Guatemala aujourd’hui
Photo : Agence Reuters
«L’esprit du monde offre de multiples illusions, de nombreuses parodies de bonheur», a affirmé le pape pendant la messe célébrée hier à Downsview Lands. À gauche, le cardinal Jean-Claude Turcotte. Jean-Paul II se rend au Guatemala aujourd’hui
Toronto — Pendant qu'il célébrait la messe devant des centaines de milliers de personnes, hier, à Toronto, le pape a parlé d'un «profond sentiment de tristesse» et de la «honte» ressentis au regard des scandales qui touchent l'Église catholique aux États-Unis comme ailleurs. La cérémonie clôturait officiellement la Journée mondiale de la jeunesse (JMJ) 2002.

«Si vous aimez Jésus, aimez l'Église! Ne vous découragez pas devant les fautes et les manquements de certains de ses fils!, a dit le pape. Le préjudice causé par certains prêtres et religieux à des personnes jeunes et fragiles nous remplit tous d'un profond sentiment de tristesse et de honte. Mais pensez à la grande majorité des prêtres et des religieux qui vivent généreusement leur engagement, et dont l'unique désir est de servir et de faire le bien.»

Des centaines de cas d'abus physiques ou sexuels, impliquant des milliers de victimes, ont éclaté dans le monde au cours des dernières années. Ils impliquent des religieux ou des institutions religieuses. Les révélations scandaleuses se multiplient depuis des mois aux États-Unis. Les tentatives d'étouffement de certaines «affaires» par une partie de la hiérarchie religieuse ont amplifié l'indignation généralisée. Certains y ont vu une des explications de la faible participation des jeunes Américains à la JMJ. Cette fin de semaine encore, des médias ont fait état de l'arrestation mercredi dernier de deux prêtres du New Jersey dans le cadre d'un coup de filet policier dans un réseau de prostitution homosexuel de Montréal. Un porte-parole du diocèse de Newark (New Jersey) a expliqué que les deux hommes avaient démissionné de leurs fonctions après leur arrestation. Ils recomparaîtront à Montréal début octobre.

Au total, la JMJ a attiré environ 207 000 jeunes venus de 170 pays. Il y a moins d'un an, les organisateurs fantasmaient publiquement à l'idée d'en attirer trois ou même quatre fois plus. Les effets du 11 septembre et les incertitudes entourant la venue du pape malade ont aussi été rendus responsables de cette relative débâcle. La prochaine jamboree catholique se tiendra à Cologne, en Allemagne, en 2005. Le festival de la foi est généralement bisannuel depuis sa création, en 1985.

Décrivant les pèlerins de Toronto comme des «apôtres du troisième millénaire», Jean-Paul II les a de nouveau exhortés à reprendre le bâton du pèlerin pour évangéliser et «humaniser le monde dans lequel nous vivons». Le pape s'est décrit comme «âgé et un peu fatigué». Il a quand même pu lire lui-même tous les textes préparés et se tenir debout pendant une partie de la messe papale. La foule y assistant a été estimée à 800 000 personnes par la police torontoise, ce qui en ferait un des plus importants rassemblements populaires de l'histoire du Canada.

«Pourquoi vous êtes-vous rassemblés ici de toutes les parties du monde?, a demandé le Saint-Père à la foule. [...] Jésus, l'ami intime de chaque jeune, a les paroles de la vie. Le monde dont vous héritez est un monde qui a besoin d'être touché et guéri par la richesse de l'amour de Dieu. Le monde actuel a besoin de cet amour. Il a besoin que vous soyez le sel de la terre et la lumière du monde.» La JMJ 2002 était placée sous ce mot d'ordre tiré de l'évangile de Matthieu (5, 13.14)

Depuis les tout premiers jours de son pontificat, dans ses voyages comme dans ses encycliques, Jean-Paul II, le provocateur de Dieu, martèle cette idée que l'athéisme mine la dignité humaine et mène le monde à sa perte. « "L'esprit du monde" offre de multiples illusions, de nombreuses parodies de bonheur, a dit le pape, hier. Il n'est sans doute pas de ténèbres plus épaisses que celles qui s'insinuent dans l'âme des jeunes lorsque de faux prophètes éteignent en eux la lumière de la foi, de l'espérance et de l'amour. La tromperie la plus grande, la source la plus importante de malheur consistent dans l'illusion de trouver la vie en se passant de Dieu, d'atteindre la liberté en excluant les vérités morales et les responsabilités personnelles.»

Toute la semaine, les enquêtes et les reportages ont resservi la preuve imparable du décalage entre la réception du message de l'Église catholique et l'accueil fait à son chef suprême. Le pape demeure un héros, un maître, une idole, un modèle de fidélité et de vertu, «un vrai, un pur, un saint», comme le déclarait un jeune Québécois présent à Toronto. La preuve de l'attrait immodéré de Jean-Paul II, superstar, a été fournie plus d'un million de fois à Toronto, par autant de visages transfigurés. Malgré cet amour immodéré, les enfants de l'Église n'écoutent pas le message du Saint-Père. Enfin. Disons plutôt que les foules catholiques, jeunes ou vieilles, font la sourde oreille à une bonne partie de son magistère, surtout en matière morale.

La situation semble encore plus problématique par rapport à la jeunesse. Au Québec par exemple, les plus vieux rejetaient l'institution tandis que les plus jeunes vivent dans une parfaite indifférence par rapport à elle. Même les JMJistes observés tout au long de la semaine donnent l'impression que les exhortations de l'Église leur échappent pour une part, comme un ronron ambiant.

La crise de transmission des valeurs atteint ainsi le coeur du système catholique. Tout simplement parce que les plus fidèles des jeunes de l'Église n'échappent pas à la loi générale de notre société voulant que les identités s'élaborent dorénavant à partir de la diversité des expériences et des situations plutôt que d'une génération à l'autre. Le monde éclate et l'Église, encore une fois, semble en retard d'une révolution.

Les centaines de catéchèses organisées par les hauts gradés de l'Église tout au long de la semaine ont montré que, franchement, l'institution s'en moque, persiste et se signe. Cette institution deux fois millénaire pense avoir l'éternité pour elle. Sûre de son action, enfermée dans sa cage de fer doctrinale anachronique, l'Église réaffirme ad nauseam ses positions contre le plaisir sexuel, les femmes ou les gays, à contre-courant des moeurs ambiantes, individualistes à l'extrême, hédonistes et libertaires, du moins en Occident, de Toronto à Oslo.

Au moins, malgré le faible taux de participation en 2002, la JMJ aura encore donné aux jeunes catholiques du monde le sentiment qu'ils forment une masse. «Même une petite flamme qui vacille soulève le lourd manteau de la nuit», a dit le Saint-Père pendant son homélie adressée au «sel de la terre» et à la «lumière du monde».






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