Le camp de réfugiés de Dieu
Photo : Agence Reuters
Jeunes pèlerins sous la pluie: les «apôtres du troisième millénaire».
Toronto — L'espace de 24 heures, un site de la Ville-Reine gros comme 180 terrains de football a été transformé en camp de réfugiés de Dieu, en bidonville de gens heureux, en village catho de carton.
Il fallait le voir pour le croire. Les 250 acres de Downsview Lands, un ancien aéroport militaire situé en banlieue de Toronto, ont été littéralement assaillis par quelques centaines de milliers de jeunes catholiques cette fin de semaine, à l'occasion de la Journée mondiale de la jeunesse (JMJ). Après avoir effectué samedi, avec leur sac à dos et sous un soleil de plomb, une longue marche de huit kilomètres sur une autoroute fermée à la circulation, les pèlerins ont pris place autour d'une estrade de 4000 mètres carrés (dont la construction a nécessité quatre mois de travail) où hier, le pape a célébré la messe.
Certains, plutôt rares, étaient équipés de tentes. Les autres, alertés de l'imminence d'un orage par les météorologues, se sont cordés sur le gazon et l'asphalte en déroulant tapis de sol et sacs de couchage. Après avoir planté drapeaux et oriflammes pour marquer leur territoire, les pèlerins ont commencé à construire ce qui est vite devenu un immense camp de réfugiés de Dieu.
«Je comprends davantage maintenant comment vivent les gens qui habitent dans des bidonvilles, précise avec le sourire Marie-Anne Lejeune. Mais je ne ferais pas ça tous les jours!»
Les milliers de poubelles que comptait Downsview Lands, qui consistaient en de grosses boîtes de carton, ont vite été réquisitionnées par les jeunes qui les ont transformées en murs et en plafonds. Pour rigidifier la structure de leurs abris de fortune, certains ont même fait disparaître quelques clôtures de plastique qui servaient à délimiter les secteurs du site. Les plus chanceux — ou les plus avertis, c'est selon — avaient prévu des toiles de plastique pour imperméabiliser le tout.
«Ça me rappelle mes années d'enfance», lance Monika Francuz, une Montréalaise d'origine polonaise, en regardant ses amis construire une minicité souterraine avec des boîtes de carton transformées en tunnels pour l'occasion. «Mais je n'ai jamais rien vécu de tel», ajoute-t-elle.
Chaque pays, chaque délégation pouvait ainsi compter sur quelques mètres carrés de gazon tapé ou, dans certains cas, d'asphalte brûlant. Arrivés pour la plupart vers midi, ils ont pris quelques heures pour s'organiser après quoi ils ont vaqué à leurs occupations. Certains ont sorti les gamelles, d'autres les livrets de chansons, le ballon de football ou le frisbee.
Ceux qui ont préféré mettre le chapeau du touriste pour visiter le site ont vite vu leurs semelles s'user un peu plus à chaque pas. Il y avait tant de monde et tant d'espace qu'il était humainement quasi impossible de faire le tour du site. Pour un jeune bien installé non loin de l'estrade — donc bien coincé parmi les milliers de maisons de carton —, l'aller-retour aux toilettes pouvait prendre plus d'une heure et demie! Et ce n'est pas parce qu'il manquait de toilettes: 7500 portatives, 110 adaptées pour les personnes aux besoins particuliers et 1500 urinoirs couvraient 30 des 250 acres du site...
Peu après l'heure du souper, le pape Jean-Paul II a rejoint les pèlerins en hélicoptère pour une soirée de vigile, genre de célébration spirituelle où chants, danse et musique se côtoient. Lorsque la papemobile a serpenté le bidonville, les jeunes criaient et pleuraient. Le souverain pontife a par la suite pris place sur l'estrade pour écouter des messages de paix et d'adoration à son endroit.
Une fois que le Saint-Père a quitté les lieux, les pèlerins se sont rassemblés en petits groupes pour continuer la fête. Certains ont rejoint les confessionnaux portatifs, regroupés dans un coin du site, afin de partager leurs péchés avec des prêtres qui les attendaient, chapelet à la main.
Vers minuit, des centaines de jeunes catholiques ont pris le chemin du tapis de sol... pour être finalement réveillés trente minutes plus tard par un gros spectacle de chants religieux. «Les tam-tams au loin nous endormaient, mais le spectacle, lui...», confie Marie-Anne Lejeune, une enseignante qui n'a réussi à fermer les yeux que quelques heures durant la nuit.
Vers 5h45, hier matin, ce que tout le monde redoutait est arrivé: il a plu, abondamment. Un véritable orage s'est déchaîné sur le site, emportant avec sa force les boîtes de carton et les sacs de plastique qui faisaient office de refuge. Mais, étonnamment, aucune panique, aucun cri, aucune lamentation n'a accompagné la pluie et le tonnerre. Les jeunes étaient sereins et c'est avec le sourire qu'ils ont tenté autant que possible de se mettre à l'abri.
«On s'y attendait», précise avec une grande simplicité Benoît Racette, un conseiller juridique qui s'est envolé samedi de l'aéroport Dorval pour être de la fête à Toronto. «C'est le système D qui s'applique dans ce temps-là. C'est tout.»
Détrempés mais enchantés, les pèlerins ont donc accueilli de nouveau le souverain pontife en matinée pour écouter la parole de Dieu et recevoir l'eucharistie jusqu'en fin de matinée. Puis ils ont quitté le site lentement, certains à pied, d'autres en train ou en autobus, pour aller rejoindre, en fin de journée, leur famille respective aux quatre coins du globe.
«Tout ça est tellement impressionnant, indique Magdalena Kawinska, une jeune Québécoise. Si je ne l'avais pas vu de mes yeux, je ne l'aurais tout simplement pas cru.»
Il fallait le voir pour le croire. Les 250 acres de Downsview Lands, un ancien aéroport militaire situé en banlieue de Toronto, ont été littéralement assaillis par quelques centaines de milliers de jeunes catholiques cette fin de semaine, à l'occasion de la Journée mondiale de la jeunesse (JMJ). Après avoir effectué samedi, avec leur sac à dos et sous un soleil de plomb, une longue marche de huit kilomètres sur une autoroute fermée à la circulation, les pèlerins ont pris place autour d'une estrade de 4000 mètres carrés (dont la construction a nécessité quatre mois de travail) où hier, le pape a célébré la messe.
Certains, plutôt rares, étaient équipés de tentes. Les autres, alertés de l'imminence d'un orage par les météorologues, se sont cordés sur le gazon et l'asphalte en déroulant tapis de sol et sacs de couchage. Après avoir planté drapeaux et oriflammes pour marquer leur territoire, les pèlerins ont commencé à construire ce qui est vite devenu un immense camp de réfugiés de Dieu.
«Je comprends davantage maintenant comment vivent les gens qui habitent dans des bidonvilles, précise avec le sourire Marie-Anne Lejeune. Mais je ne ferais pas ça tous les jours!»
Les milliers de poubelles que comptait Downsview Lands, qui consistaient en de grosses boîtes de carton, ont vite été réquisitionnées par les jeunes qui les ont transformées en murs et en plafonds. Pour rigidifier la structure de leurs abris de fortune, certains ont même fait disparaître quelques clôtures de plastique qui servaient à délimiter les secteurs du site. Les plus chanceux — ou les plus avertis, c'est selon — avaient prévu des toiles de plastique pour imperméabiliser le tout.
«Ça me rappelle mes années d'enfance», lance Monika Francuz, une Montréalaise d'origine polonaise, en regardant ses amis construire une minicité souterraine avec des boîtes de carton transformées en tunnels pour l'occasion. «Mais je n'ai jamais rien vécu de tel», ajoute-t-elle.
Chaque pays, chaque délégation pouvait ainsi compter sur quelques mètres carrés de gazon tapé ou, dans certains cas, d'asphalte brûlant. Arrivés pour la plupart vers midi, ils ont pris quelques heures pour s'organiser après quoi ils ont vaqué à leurs occupations. Certains ont sorti les gamelles, d'autres les livrets de chansons, le ballon de football ou le frisbee.
Ceux qui ont préféré mettre le chapeau du touriste pour visiter le site ont vite vu leurs semelles s'user un peu plus à chaque pas. Il y avait tant de monde et tant d'espace qu'il était humainement quasi impossible de faire le tour du site. Pour un jeune bien installé non loin de l'estrade — donc bien coincé parmi les milliers de maisons de carton —, l'aller-retour aux toilettes pouvait prendre plus d'une heure et demie! Et ce n'est pas parce qu'il manquait de toilettes: 7500 portatives, 110 adaptées pour les personnes aux besoins particuliers et 1500 urinoirs couvraient 30 des 250 acres du site...
Peu après l'heure du souper, le pape Jean-Paul II a rejoint les pèlerins en hélicoptère pour une soirée de vigile, genre de célébration spirituelle où chants, danse et musique se côtoient. Lorsque la papemobile a serpenté le bidonville, les jeunes criaient et pleuraient. Le souverain pontife a par la suite pris place sur l'estrade pour écouter des messages de paix et d'adoration à son endroit.
Une fois que le Saint-Père a quitté les lieux, les pèlerins se sont rassemblés en petits groupes pour continuer la fête. Certains ont rejoint les confessionnaux portatifs, regroupés dans un coin du site, afin de partager leurs péchés avec des prêtres qui les attendaient, chapelet à la main.
Vers minuit, des centaines de jeunes catholiques ont pris le chemin du tapis de sol... pour être finalement réveillés trente minutes plus tard par un gros spectacle de chants religieux. «Les tam-tams au loin nous endormaient, mais le spectacle, lui...», confie Marie-Anne Lejeune, une enseignante qui n'a réussi à fermer les yeux que quelques heures durant la nuit.
Vers 5h45, hier matin, ce que tout le monde redoutait est arrivé: il a plu, abondamment. Un véritable orage s'est déchaîné sur le site, emportant avec sa force les boîtes de carton et les sacs de plastique qui faisaient office de refuge. Mais, étonnamment, aucune panique, aucun cri, aucune lamentation n'a accompagné la pluie et le tonnerre. Les jeunes étaient sereins et c'est avec le sourire qu'ils ont tenté autant que possible de se mettre à l'abri.
«On s'y attendait», précise avec une grande simplicité Benoît Racette, un conseiller juridique qui s'est envolé samedi de l'aéroport Dorval pour être de la fête à Toronto. «C'est le système D qui s'applique dans ce temps-là. C'est tout.»
Détrempés mais enchantés, les pèlerins ont donc accueilli de nouveau le souverain pontife en matinée pour écouter la parole de Dieu et recevoir l'eucharistie jusqu'en fin de matinée. Puis ils ont quitté le site lentement, certains à pied, d'autres en train ou en autobus, pour aller rejoindre, en fin de journée, leur famille respective aux quatre coins du globe.
«Tout ça est tellement impressionnant, indique Magdalena Kawinska, une jeune Québécoise. Si je ne l'avais pas vu de mes yeux, je ne l'aurais tout simplement pas cru.»
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