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Accession à la souveraineté - Jean-Pierre Charbonneau à la défense de Parizeau

Tommy Chouinard   19 août 2004 
Québec — Le député péquiste de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, se porte à la défense de Jacques Parizeau et souhaite que le plan d'accession à la souveraineté proposé par l'ancien premier ministre soit adopté par le Parti québécois.

Jean-Pierre Charbonneau va même jusqu'à affirmer que son chef, Bernard Landry, a «tort» de balayer du revers de la main la proposition de Jacques Parizeau. Selon lui, le plan de l'ancien premier ministre a tout simplement été mal interprété.

«Ce n'est pas correct de faire un procès d'intention et d'empêcher le fait qu'on puisse réfléchir sur la façon de faire les choses. Je n'ai pas toujours été un partisan de Jacques Parizeau, bien au contraire. Mais je pense qu'il ne faut pas démoniser les gens», a-t-il affirmé lors d'un entretien téléphonique accordé au Devoir hier.

Jean-Pierre Charbonneau dit sentir le besoin de remettre les pendules à l'heure. «Toute la paranoïa qui s'est emparée de bien du monde porte sur le fait qu'on ramènerait l'idée d'une élection référendaire. Ce n'est pas ça. Parizeau ne remet pas en cause l'idée [selon laquelle] il ne peut y avoir de pays sans référendum», a-t-il expliqué.

Dans une lettre ouverte publiée cette semaine, Jacques Parizeau propose que le Parti québécois se présente aux prochaines élections générales en sollicitant le mandat de réaliser l'indépendance. S'il est élu, le gouvernement péquiste entreprendrait une démarche d'accession à la souveraineté en créant une Constitution provisoire et en mettant en place l'appareil législatif et administratif nécessaire. Un référendum serait ensuite tenu, non pas sur le choix d'un pays mais bien sur un projet de Constitution.

«Ça ne sert à rien de faire peur au monde et de dire que les gens n'auront pas à se prononcer clairement sur le fait que le Québec devienne, oui ou non, un pays. Parizeau dit qu'il va y avoir un référendum et reconnaît ce passage obligé», a lancé M. Charbonneau.

Le député péquiste précise que des élections référendaires signifieraient que le Parti québécois déclare l'indépendance en obtenant 50 % des voix plus une aux élections générales ou en récoltant une majorité de sièges à l'Assemblée nationale.

«Les gens n'accepteront pas qu'on baisse notre standard démocratique parce que, les deux autres fois, on a eu un échec. Et Parizeau ne propose pas ça. Il propose qu'après l'élection, le Parti québécois soit plus "proactif" qu'avant en reprenant le pouvoir. L'élection donne la responsabilité à un gouvernement du PQ d'enclencher la mise en oeuvre de son objectif. Qui peut être contre? On respecte la légitimité et la légalité. On reste un gouvernement provincial tant que les Québécois n'auront pas voté clairement en faveur du changement de statut politique», a affirmé Jean-Pierre Charbonneau.

Selon lui, un projet de Constitution devrait être au coeur de la question référendaire, comme le suggère Jacques Parizeau, afin de permettre aux Québécois de connaître les «contours» et les «paramètres» d'un éventuel pays. «On peut très bien accompagner une question claire d'un texte constitutionnel qui donne des garanties à l'ensemble de la population sur le fonctionnement du pays. Que l'on soit de gauche ou de droite, les contours du pays vont rester ceux qu'on va définir. Une des choses qui ont manqué lors des deux référendums, c'est qu'on n'a pas essayé de faire en sorte que les gens visualisent ce que serait cet État québécois après le référendum. On votait pour l'idée du pays sans vouloir amener les gens à réfléchir et sans vouloir nous-mêmes leur dire quel pays ce serait. Les gens ne votent pas en donnant un chèque en blanc. Ils votent en sachant comment ça va fonctionner après», a expliqué Jean-Pierre Charbonneau. Un différend l'oppose cependant à Jacques Parizeau sur cette question: le député de Borduas croit que la Constitution qui ferait l'objet du référendum devrait être provisoire, et non permanente, car «c'est clair que ce serait divisif».

D'autres députés péquistes partagent son point de vue et appuient la proposition de Jacques Parizeau sans l'affirmer ouvertement, a précisé M. Charbonneau. «Je ne me sens pas tout seul sur mon carré», a-t-il lancé.

S'il dit comprendre la réaction de Bernard Landry d'avoir voulu écarter l'idée de tenir des élections référendaires, Jean-Pierre Charbonneau croit que son chef fait erreur en rejetant le plan de Jacques Parizeau et en préconisant un référendum sur la souveraineté pure et simple. «Je pense qu'à cet égard, il a tort», a dit le député. «Je pense que Landry a surtout voulu envoyer un message clair à l'opinion publique qu'il n'est pas question que le Parti québécois abandonne l'approche référendaire», a-t-il ajouté.

Jean-Pierre Charbonneau craint que le débat sur le processus d'accession à la souveraineté ne divise le Parti québécois. «On risque de se retrouver avec des maudites chicanes. On va continuer à se diviser entre nous sur le comment alors que la vraie question essentielle n'est pas comment on va accéder à la souveraineté mais comment susciter l'adhésion d'un plus grand nombre de gens», a-t-il dit.

D'après lui, la «saison des idées» de son parti passe à côté de cet enjeu fondamental. «Ce qui me choque, c'est que les péquistes, dans la saison des idées, n'ont pas fait une autocritique sur comment on s'est comporté jusqu'à maintenant pour susciter l'adhésion, comment on a, nous-mêmes, provoqué des résistances.»






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