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Landry rejette le plan Parizeau

Tommy Chouinard   17 août 2004 
Québec — Le plan d'accession à la souveraineté proposé par Jacques Parizeau reçoit un accueil glacial chez les ténors du mouvement indépendantiste. Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, balaie du revers de la main la «mixture divisive» et «inutilement risquée» de l'ancien premier ministre du Québec.

«Je n'y adhère pas», a tranché Bernard Landry, hier, en entrevue téléphonique au Devoir. Le Bloc québécois n'est pas plus en faveur du plan de Jacques Parizeau.

Dans une lettre publiée hier dans La Presse, Jacques Parizeau fait une croix sur l'étapisme adopté par le PQ il y a trente ans et sur la tenue d'un troisième référendum sur l'indépendance. Il propose plutôt que le Parti québécois se présente aux prochaines élections générales en sollicitant le mandat de réaliser l'indépendance.

S'il est élu, le gouvernement péquiste entreprendrait une démarche d'accession à la souveraineté, en créant une constitution provisoire et en mettant en place l'appareil législatif et administratif nécessaire. Un référendum serait ensuite tenu, non pas sur le choix d'un pays, mais bien sur un projet de constitution permanente. «La stratégie proposée a l'immense avantage de sortir le Québec du corridor où Ottawa voulait le parquer. La Loi sur la clarté devient sans objet. C'est l'élection qui accorde le mandat», écrit Jacques Parizeau.

Bernard Landry préconise au contraire la tenue d'un référendum sur l'indépendance pure et simple. «Je veux la souveraineté dans un contexte démocratique exemplaire. Je veux que le Québec accède à la souveraineté dans la dignité et la légitimité. Quand les peuples modernes ont des décisions importantes à prendre, ils le font par référendum portant sur cette question. Aujourd'hui, on n'est pas en 1867 où on était une colonie britannique», a-t-il affirmé.

Le chef péquiste a en outre rappelé que la France avait rejoint l'Union européenne par la voie référendaire et que le premier ministre Tony Blair souhaitait que la Grande-Bretagne se prononce sur l'adoption de l'euro par référendum. «Je ne veux pas que le Québec s'isole des tendances modernes de la communauté des nations», a-t-il dit.

Selon Bernard Landry, tenir un référendum sur un projet de constitution, «c'est prendre un risque inutile avec la souveraineté parce que c'est divisif. Il y en a qui vont dire: oui, je suis souverainiste, mais je ne voterai jamais pour cette constitution qui est trop à gauche ou je ne voterai jamais pour cette constitution qui est trop à droite. Le Conseil du patronat ou la Fédération des travailleurs du Québec pourrait dire qu'il y en a trop ou pas assez pour les travailleurs, etc. C'est divisif inutilement», a-t-il affirmé.

Le chef péquiste donne l'exemple du président français Jacques Chirac qui souhaite faire entériner la Constitution européenne par la population. Or la gauche française — en particulier le Parti socialiste —, qui est pourtant largement pro-européenne, demeure divisée sur le contenu de cette Constitution. «Je ne veux pas que ça nous arrive. Je trouve que c'est imprudent de proposer une pareille mixture. Un grand geste comme l'accession à la souveraineté doit se faire avec la tranquillité requise pour aller au fond des choses. Et le fond des choses, c'est: est-ce que le Québec devient un pays ou n'en devient pas un», a-t-il indiqué.

Bernard Landry rejoint toutefois l'avis de Jacques Parizeau lorsque celui-ci dénonce les manoeuvres du camp du Non lors du référendum de 1995. Pour s'assurer que les deux camps se battent à armes égales lors d'un prochain référendum, il propose de faire appel à des observateurs des Nations unies.

Bernard Landry refuse de croire qu'en rejetant le plan de Jacques Parizeau, il étouffe le débat sur le processus d'accession à la souveraineté qui doit connaître son point culminant au congrès du PQ de juin 2005. «Je n'ai pas envie d'arrêter le débat. J'ai envie d'aller au fond des choses», a-t-il dit.

Le Bloc est contre aussi

Le Bloc québécois n'adhère pas plus à la position de Jacques Parizeau. «C'est intéressant d'avoir une autre perspective que celle sur laquelle on a travaillé au cours des 25 dernières années. Cela dit, jusqu'à preuve du contraire, pour ce qui est du Bloc québécois, on est des tenants d'un référendum sur la souveraineté. On pense toujours que le référendum tel qu'on l'a connu en 1995 et en 1980 demeure la meilleure voie pour qu'on sache que la majorité des gens sont en faveur. Et c'est clair que, sur le plan de la reconnaissance internationale, ça faciliterait les choses. Mais on est prêt à écouter les arguments des uns et des autres», a affirmé M. Paquette, qui a réagi hier au nom de son parti.

Le député bloquiste reconnaît que le mouvement souverainiste doit «faire quelque chose de plus, mais, pour ça, il faut faire un bilan sérieux des bons et mauvais coups faits dans le passé, parce que tout n'a pas été mauvais. Pour arriver à 49 % et des poussières en 1995, il a fallu qu'on fasse des bonnes choses. Tout n'est pas à mettre de côté».

D'après M. Paquette, justifier un changement de stratégie par la volonté de contourner la Loi sur la clarté n'est pas un «argument pertinent parce que ce n'est pas à partir d'une loi fédérale qu'on doit enligner notre stratégie».

Pierre Paquette considère que Jacques Parizeau a surtout cherché à s'assurer que le débat sur le processus d'accession à la souveraineté reprenne de la vigueur. «Je pense qu'en arrière de ce débat ce qui se profile beaucoup, c'est davantage un débat sur comment renouveler la pratique politique des souverainistes, du Parti québécois, du Bloc québécois et de l'ensemble des mouvements souverainistes», a-t-il dit.

La députée de Taillon, Pauline Marois, juge «intéressante» la position de Jacques Parizeau, notamment quant à la rédaction d'une constitution provisoire. Or elle estime que la question référendaire doit plutôt porter sur l'indépendance pure et simple du Québec plutôt que sur une constitution. «Rien n'est inconciliable, a-t-elle lancé. Il faut faire le débat et que toutes les voix s'expriment.»

Comme Jacques Parizeau, Pauline Marois a fait connaître sa position dans une lettre ouverte, publiée en avril dernier. Elle propose que, dès les premiers jours du prochain mandat du PQ, le gouvernement péquiste crée une assemblée constituante qui rédigera un projet de constitution d'un Québec souverain. Dès la formation du nouveau gouvernement, un ministère de l'Accession à la souveraineté serait créé. Il y aurait ensuite un référendum sur l'indépendance, alors que le gouvernement présenterait son projet de constitution et un plan gouvernemental de transition vers la souveraineté mis au point par le ministère de l'Accession à la souveraineté.

Le député de Rousseau, François Legault, a aussi présenté au cours des derniers mois un projet d'accession à la souveraineté, qui est différent de celui de Jacques Parizeau. Son projet mise sur l'élaboration d'un budget de l'an I du Québec souverain et d'un programme électoral de pays au lieu d'un programme de gouvernement provincial. Le député de Rousseau est favorable à la tenue d'un référendum sur la souveraineté dans les mois qui suivent le retour au pouvoir du PQ.

Le député de Mercier et critique péquiste en matière d'affaires intergouvernementales, Daniel Turp, estime que la contribution de Jacques Parizeau est «utile au débat». «Les idées de Parizeau sont intéressantes, mais je ne partage pas toutes ses idées», a-t-il dit. M. Turp fera connaître sa position à la fin août. «La question de la constitution provisoire m'intéresse. Mais la question de l'objet de la consultation, c'est quelque chose sur laquelle je réfléchis toujours: est-ce que ça doit porter sur la souveraineté ou sur la constitution. C'est un objet de grande réflexion et de grand débat au Parti québécois.»

Gérald Larose, président du Conseil de la souveraineté du Québec, accueille avec enthousiasme le changement de stratégie proposé par Jacques Parizeau. «C'est une nécessité», a-t-il affirmé. Selon lui, la position de M. Parizeau «rejoint beaucoup» la base militante souverainiste.

Une démarche illégitime, dit le PLQ

Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, récuse le plan de Jacques Parizeau. «L'idée qu'une élection puisse donner une légitimé suffisante pour donner le coup d'envoi à un processus sécessionniste, je trouve que ça ne tient pas la route. La légitimité dont il se revendiquerait pour enclencher le processus ne serait pas au rendez-vous», a-t-il dit.

Benoît Pelletier fait valoir que les élections portent sur plus d'un enjeu, pas seulement sur l'avenir du Québec, et que les électeurs votent pour un parti tantôt pour montrer la porte au gouvernement sortant, tantôt pour appuyer une proposition. «Donc dire que quelqu'un qui voterait pour le PQ a appuyé le déclenchement d'un processus sécessionniste et dire que le PQ aurait la légitimité pour faire ça, c'est partir d'une mauvaise prémisse», a-t-il affirmé.






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