Crise de l'identité et crise de l'humanisme
Le malaise et la confusion à propos de la notion d'identité (dans le monde occidental, en tout cas) annoncent l'une des crises de société les plus graves de notre époque. Il ne s'agit pas que des communautés, les nations d'abord, mais aussi, encore que ce soit moins évident, de l'individu lui-même. S'il ne se dessine pas, dans les prochaines années, une réaction vigoureuse, le risque sera grand d'un véritable crépuscule des identités, qui serait aussi celui des cultures.
La question de l'identité est devenue l'une des plus aiguës, des plus complexes et des plus douloureuses de notre temps. Elle pose implicitement les problèmes fondamentaux de la mémoire, de l'héritage, de l'histoire. Elle constitue une interrogation lancinante et angoissante sur notre devenir individuel et collectif, sur l'avenir des nations et des cultures. Elle rejoint naturellement avec une dramatique éloquence la question de la sauvegarde de la diversité des cultures. Ou plutôt, elle précède celle-ci car la diversité des cultures n'existe qu'en fonction de la diversité des identités, des personnalités nationales, par celles-ci et à travers celles-ci.
Il n'y a pas de véritable commerce avec autrui, de véritable dialogue, sans un fort sentiment d'identité. La conscience, la fierté, le respect de soi et de ses origines, de son histoire, constituent la base nécessaire et une condition essentielle de l'authentique dialogue avec l'autre. Pas d'ouverture à l'autre, pas d'apprentissage ni de pratique de l'universalisme, sans d'abord conscience et connaissance profonde de soi-même, de sa communauté propre, de sa nation, sans pleine assomption de celle-ci.
Le singulier est à la fois la condition et le premier temps de l'universel: le singulier seul annonce, appelle et favorise le pluriel. À des degrés divers, certes, toutes les cultures sont menacées, toutes les patries également qui en sont le support et l'expression. Peut-être convient-il de rechercher là l'explication d'une sorte de malaise ou parfois d'un secret désarroi chez un nombre croissant de nos contemporains. Ce n'est pas impunément qu'on a laissé se consommer le divorce entre le progrès technologique et les valeurs spirituelles: coupé de celles-ci, celui-là débouche inéluctablement sur la déshumanisation et sur l'asservissement.
Nous sommes témoins et victimes en même temps d'un singulier détournement des vocables et des valeurs: l'uniformisation, présentée comme une expression contemporaine de l'universel alors qu'elle n'en est que la caricature; la libre circulation (des idées, des personnes, des produits) célébrée comme une étape majeure de l'affranchissement des hommes, alors qu'elle ne joue qu'au bénéfice des plus puissants, dont elle accentue l'emprise sur les plus faibles; l'exaltation du dialogue des cultures alors que les industries de la culture et de la communication, aux mains d'un petit nombre de sociétés multinationales, accélèrent le dépérissement des cultures avec le triomphe d'une seule langue et d'un unique modèle socioculturel. Dévoiement du vocabulaire, omniprésence de la publicité, primat de la consommation, obsession du profit: au nom de la liberté, c'est la confiscation de fait de la liberté.
Il est révélateur que les nouvelles puissances apatrides que sont les multinationales se développent dans les domaines de la communication et des industries culturelles: non seulement parce que les bénéfices à engranger sont proprement énormes (c'est le domaine le plus porteur à cet égard) mais parce qu'elles permettent la conquête des esprits, la lente et sûre colonisation des imaginaires et des sensibilités.
Ce n'est pas seulement par devoir envers elle-même, envers ce qu'il y a en elle de plus profond et de plus généreux, que chaque nation est appelée à préserver et à valoriser son identité. C'est tout autant par obligation envers la communauté internationale, qui est fondée à attendre de chacune de ses composantes une contribution éminente au salut de la diversité. Ainsi que le disait l'écrivain français Philippe de Saint-Robert: «Le rôle de l'État n'est certes pas de fabriquer la culture mais de faire échapper celle-ci aux lois d'un marché qui veut l'utiliser et l'exploiter, sans la servir tout au contraire.» Seules la vigueur des identités et la vitalité des cultures nationales peuvent faire échec à la nouvelle hégémonie, à une uniformisation impérialiste qui est l'exact contraire de l'universalisme.
La question de l'identité est devenue l'une des plus aiguës, des plus complexes et des plus douloureuses de notre temps. Elle pose implicitement les problèmes fondamentaux de la mémoire, de l'héritage, de l'histoire. Elle constitue une interrogation lancinante et angoissante sur notre devenir individuel et collectif, sur l'avenir des nations et des cultures. Elle rejoint naturellement avec une dramatique éloquence la question de la sauvegarde de la diversité des cultures. Ou plutôt, elle précède celle-ci car la diversité des cultures n'existe qu'en fonction de la diversité des identités, des personnalités nationales, par celles-ci et à travers celles-ci.
Il n'y a pas de véritable commerce avec autrui, de véritable dialogue, sans un fort sentiment d'identité. La conscience, la fierté, le respect de soi et de ses origines, de son histoire, constituent la base nécessaire et une condition essentielle de l'authentique dialogue avec l'autre. Pas d'ouverture à l'autre, pas d'apprentissage ni de pratique de l'universalisme, sans d'abord conscience et connaissance profonde de soi-même, de sa communauté propre, de sa nation, sans pleine assomption de celle-ci.
Le singulier est à la fois la condition et le premier temps de l'universel: le singulier seul annonce, appelle et favorise le pluriel. À des degrés divers, certes, toutes les cultures sont menacées, toutes les patries également qui en sont le support et l'expression. Peut-être convient-il de rechercher là l'explication d'une sorte de malaise ou parfois d'un secret désarroi chez un nombre croissant de nos contemporains. Ce n'est pas impunément qu'on a laissé se consommer le divorce entre le progrès technologique et les valeurs spirituelles: coupé de celles-ci, celui-là débouche inéluctablement sur la déshumanisation et sur l'asservissement.
Nous sommes témoins et victimes en même temps d'un singulier détournement des vocables et des valeurs: l'uniformisation, présentée comme une expression contemporaine de l'universel alors qu'elle n'en est que la caricature; la libre circulation (des idées, des personnes, des produits) célébrée comme une étape majeure de l'affranchissement des hommes, alors qu'elle ne joue qu'au bénéfice des plus puissants, dont elle accentue l'emprise sur les plus faibles; l'exaltation du dialogue des cultures alors que les industries de la culture et de la communication, aux mains d'un petit nombre de sociétés multinationales, accélèrent le dépérissement des cultures avec le triomphe d'une seule langue et d'un unique modèle socioculturel. Dévoiement du vocabulaire, omniprésence de la publicité, primat de la consommation, obsession du profit: au nom de la liberté, c'est la confiscation de fait de la liberté.
Il est révélateur que les nouvelles puissances apatrides que sont les multinationales se développent dans les domaines de la communication et des industries culturelles: non seulement parce que les bénéfices à engranger sont proprement énormes (c'est le domaine le plus porteur à cet égard) mais parce qu'elles permettent la conquête des esprits, la lente et sûre colonisation des imaginaires et des sensibilités.
Ce n'est pas seulement par devoir envers elle-même, envers ce qu'il y a en elle de plus profond et de plus généreux, que chaque nation est appelée à préserver et à valoriser son identité. C'est tout autant par obligation envers la communauté internationale, qui est fondée à attendre de chacune de ses composantes une contribution éminente au salut de la diversité. Ainsi que le disait l'écrivain français Philippe de Saint-Robert: «Le rôle de l'État n'est certes pas de fabriquer la culture mais de faire échapper celle-ci aux lois d'un marché qui veut l'utiliser et l'exploiter, sans la servir tout au contraire.» Seules la vigueur des identités et la vitalité des cultures nationales peuvent faire échec à la nouvelle hégémonie, à une uniformisation impérialiste qui est l'exact contraire de l'universalisme.
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