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Landry laisse peu de doutes sur son avenir

Tommy Chouinard   12 août 2004 
Québec — Le chef du Parti québécois, Bernard Landry, estime que «le vent est bon» à son maintien à la tête des troupes péquistes. S'il se dit toujours en réflexion sur son avenir politique, Bernard Landry laisse bien peu de doutes sur ses intentions et ne manque pas d'arguments pour justifier son éventuelle décision de présider le PQ lors des prochaines élections générales.

«Quel âge pensez-vous qu'avait le général de Gaulle quand il est devenu président de la République française? Quel âge pensez-vous qu'avait Winston Churchill quand il est devenu premier ministre en temps de guerre du Royaume-Uni? Quel âge avait Konrad Adenauer [ancien chancelier allemand]? Quel âge avait Ronald Reagan [ancien président américain]? Et je vous passe les autres», a-t-il lancé aux journalistes qui lui faisaient remarquer, hier, qu'il aura 70 ans au moment des prochaines élections. Bernard Landry a ensuite fait valoir que toutes les couches d'âge doivent être représentées à l'Assemblée nationale.

Lors de cette conférence de presse marquant son retour de vacances, Bernard Landry a démontré tous les signes d'un homme qui restera en poste. «J'ai fait un voyage extraordinaire. Je ne peux pas trouver meilleure préparation pour le voyage politique qui, maintenant, reprend», a affirmé M. Landry, qui revient de son voyage de noces, en Europe, avec Chantal Renaud.

Bernard Landry a précisé que sa réflexion «chemine» et qu'il fera connaître sa décision soit au conseil national du PQ du mois d'août, soit à celui d'octobre. «Il faut que cette décision soit mûrement réfléchie. On ne se lance pas dans une chose comme celle-là à la légère. Devant une décision pareille, la moindre négligence serait inacceptable. C'est pour ça que je veux aller au fond des choses, voir le plus grand nombre de personnes possible, le plus grand nombre d'études possible, le plus grand nombre de sondages possible. Quand je serai prêt, je foncerai. Et pas à peu près», a-t-il expliqué.

Le chef péquiste semble avoir récolté des appuis suffisamment importants au sein du parti pour qu'il affirme avec assurance: «Le vent est bon! Je chemine.»

Bernard Landry dit analyser ses «capacités physiques, intellectuelles et morales» avant de prendre une décision finale. «Il faut que les conditions me concernant soient remplies, il faut que mon parti le veuille et il faut que la population du Québec le veuille. C'est ça que j'étudie avant d'entreprendre un cycle de ma vie qui va être extrêmement exigeant», a-t-il souligné, laissant encore paraître ses intentions en utilisant le futur plutôt que le conditionnel.

M. Landry a ajouté qu'il tente actuellement de déterminer s'il est «la meilleure personne pour diriger ce parti pour qu'il reprenne le pouvoir et fasse l'indépendance nationale». «Si je répond oui, quand ma décision sera prise, je resterai. Et si je répond non, j'ai moult possibilités pour continuer ma vie», a-t-il dit.

Bernard Landry a refusé de commenter le départ de son leader parlementaire et député de Gouin, André Boisclair, qui sera annoncé mardi, le 17 août. «Nous nous sommes parlé abondamment au cours des derniers jours, mais ce serait manquer de respect que de parler de décisions concernant son destin avant qu'il ne vous en parle lui-même», a-t-il noté.

Pas d'appui à CHOI-FM

Bernard Landry refuse d'accorder un appui clair à la station de radio CHOI-FM et s'en remet à la Cour d'appel fédérale pour déterminer si la décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) de fermer la station le 31 août est juste ou non. Contrairement au premier ministre Jean Charest et au chef adéquiste Mario Dumont, le chef péquiste n'a pas voulu blâmer l'organisme fédéral.

«Je sympathise avec les gens qui sont privés de la musique qu'ils veulent entendre et je sympathise avec les travailleurs qui ont peur de perdre leur emploi, mais dans une société libre et démocratique, on doit suivre le cours de la justice», a-t-il affirmé.

Bernard Landry a qualifié la décision du CRTC de «dure et difficile». «Je reconnais comme tout le monde que cette décision déçoit des dizaines et des dizaines de milliers de personnes, mais ce serait prendre un risque plus grand pour la démocratie si les parlementaires se mettaient à dicter aux tribunaux ce qui est juste et ce qui ne l'est pas [...] et d'influencer des décisions des tribunaux», a-t-il expliqué, rejoignant ainsi l'avis de la ministre fédérale du Patrimoine, Liza Frulla.

«La liberté de parole dans une société comme la nôtre est placée à un niveau très élevé dans l'échelle de nos valeurs, a ajouté M. Landry. J'ai même déjà dit au sujet d'André Arthur que je n'aimais à peu près rien de ce qu'il disait mais que j'étais prêt à me battre pour qu'il ait le droit de le dire. Sauf que ça doit se faire dans le cadre des lois. Dans une société avancée, on fait des lois pour préserver la liberté et pour faire en sorte que la liberté des uns finisse où celle des autres commence.»

Face au refus d'Ottawa de renverser la décision du CRTC, Genex Communications a décidé de se tourner vers la Cour d'appel fédérale pour contester la fermeture de sa station de radio. Il est possible que, en plus de la requête qui a été déposée hier, une demande d'injonction soit présentée afin de permettre à CHOI-FM de rester en ondes le temps que les procédures prennent fin. «Le processus judiciaire n'est pas terminé» pour CHOI-FM, a fait valoir M. Landry, précisant que Genex trouve en Me Guy Bertrand «l'un des meilleurs avocats sur ces questions».

Le chef péquiste estime que, peu importe la décision finale dans ce dossier, les pouvoirs publics et l'entreprise privée doivent faire en sorte que les auditeurs de CHOI-FM «ne soient pas privés de la musique qu'ils veulent» et que «les travailleurs puissent conserver ou recouvrer un emploi dans des conditions acceptables».

Selon le critique péquiste en matière d'affaires intergouvernementales, Daniel Turp, la demande de Mario Dumont de convoquer d'urgence l'Assemblée nationale pour adopter une loi visant à rapatrier les pouvoirs en matière de télécommunications ne serait pas réalisable en dehors d'une démarche de souveraineté, puisqu'un «amendement constitutionnel serait d'une grande complexité». Il considère par ailleurs qu'Ottawa n'acceptera pas de conclure une entente administrative avec Québec sur les télécommunications, comme le veut Jean Charest. «J'ai l'impression que Liza Frulla sera très polie mais qu'elle va dire non», a-t-il affirmé.

Concernant la vente des stations AM de Radiomédia, Bernard Landry a indiqué qu'«il faut être très prudent dans tout ce qui touche les acquisitions que pourrait faire Corus Entertainment pour des raisons de concentration des médias et de rayonnement en région d'une information conçue en région». Le CRTC tiendra des audiences publiques sur le sujet en septembre.

Relations Ottawa-Québec en santé

Bernard Landry a salué l'«attitude ferme» de Jean Charest lors de la réunion du Conseil de la fédération, qui a porté sur la santé et qui s'est tenue à la fin du mois de juillet. En prévision de la conférence fédérale-provinciale du 13 septembre, le chef péquiste dit «soutenir totalement [Jean Charest] dans le fait de n'accepter aucune ingérence dans les compétences québécoises en matière de santé et de n'accepter aucune condition». Le chef du PQ a déploré l'attitude d'Ottawa et les discours à tendance centralisatrice du nouveau ministre de la Santé, Ujjal Dosanjh.






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