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Libre opinion: Kyoto comme tremplin vers une économie québécoise décarbonisée

10 août 2004 
Le protocole de Kyoto, ratifié par Ottawa en décembre 2002 dans le cadre de la lutte aux changements climatiques, est une occasion unique pour le Québec de moderniser son économie, de la rendre plus performante et dynamique. La mise en application de ce traité international permettrait de récolter des bénéfices environnementaux, économiques et sociaux très rapidement et pour les décennies à venir.

Grâce à la prépondérance de l'hydroélectricité, la Belle Province peut se targuer d'un bilan respectable en matière d'émissions de gaz à effet de serre (GES), principaux responsables des changements climatiques. La moyenne québécoise constitue environ la moitié de la moyenne canadienne, soit 12,0 tonnes de GES/habitant/année contre 23,6 t/habitant en 2000 selon Environnement Canada. De 1990 à 2000, les émissions de GES au Québec ont crû de 2,3 % tandis que le PIB a augmenté de plus de 25 % durant la même période. Rien d'alarmant à première vue donc, mais il faut rappeler que le Canada s'est engagé à réduire ses émissions de GES de 6 % sous le niveau de 1990. Puisque le gouvernement du Québec s'est battu pour faire adopter Kyoto par Ottawa, il doit maintenant cesser de tergiverser et mettre en place des mesures qui permettront au Québec de devenir un leader en matière d'efficacité énergétique.

Les transports: un secteur crucial

Plus des deux tiers des émissions de GES québécoises proviennent des transports (38 %) et de l'industrie (32,5 %). Toutefois, alors que les émissions industrielles ont régressé durant les années 1990, celles reliées au transport ont connu une hausse de 14,5 %. Le secteur produisant déjà le plus d'émissions de GES est donc également celui qui connaît la croissance la plus importante. Différentes initiatives permettraient au Québec d'innover dans ce domaine, tout en contribuant à la lutte contre les changements climatiques et en créant de l'emploi!

Remettre en question l'«auto-solo»

Puisque l'échéance de Kyoto est la période 2008-2012, aucune autre mesure ne pourrait avoir un impact direct aussi rapide que celles visant les automobiles. Il faut profiter de l'occasion que fournit Kyoto afin de réviser le mode de développement urbain centré autour de l'«auto-solo», qui est directement relié aux phénomènes de l'étalement urbain, de l'augmentation des maladies respiratoires et des changements climatiques. Il est impératif de réinvestir massivement dans l'infrastructure des transports en commun, à Montréal et en région, afin d'offrir des solutions de remplacement viables à l'automobile comme principal moyen de transport. Entre 1991 et 2000, les sociétés de transport de la région métropolitaine ont réduit leurs effectifs de 10 %, tandis que les dépenses directes dans l'automobile ont augmenté en flèche afin d'atteindre presque 30 milliards de dollars en 2002. Pour chaque dollar dépensé dans l'automobile, 42 cents sortent du Québec: nous devons réorienter le développement économique de la province dans une optique de développement durable qui aura un impact concret sur notre économie.

Des initiatives positives

La première mission du gouvernement Charest doit être de mettre sur pied une campagne de sensibilisation effective afin de conscientiser la population aux enjeux de Kyoto, les solutions possibles mais également les retombées positives qui pourraient en découler. Différents programmes permettraient des réductions rapides de GES, dont l'implantation de mesures doubles, certaines décourageant l'achat de véhicules très polluants comme les véhicules utilitaires sport (VUS), d'autres incitant à l'achat de véhicules alternatifs, comme les voitures hybrides qui seront disponibles à plus grande échelle dès 2005 au Canada. Une modulation des coûts d'immatriculation selon les émissions de GES du véhicule irait dans le même sens, tout comme la mise en place d'un programme obligatoire d'inspection et d'entretien des véhicules, dont la deuxième phase devrait être enclenchée en septembre prochain à Montréal et à Québec.

Le gouvernement doit de plus soutenir des initiatives non coercitives comme le service de partage d'automobiles Communauto et le Cocktail transport d'Équiterre, qui tout en ne coûtant pratiquement rien à l'État changent petit à petit la relation que plusieurs Québécois entretiennent avec la voiture. Si ces mesures sont avantageuses d'un point de vue économique, le gouvernement du Québec devra aller plus loin en favorisant une transition modale progressive vers les transports en commun.

Des déplacements plus efficaces et rentables

La part modale des transports en commun est en baisse dans la région de Montréal depuis la fin des années 1980. Le Québec doit renverser cette tendance dans son programme d'application de Kyoto, entre autres à cause des bénéfices économiques importants que cela impliquerait. Ceux-ci incluent une diminution de la pollution atmosphérique, du nombre d'accidents de la route et de la congestion routière, des fonds nécessaires à l'entretien et l'expansion des infrastructures routières... Ces mesures sont profitables économiquement, et ce, indépendamment de la question des changements climatiques. Un ménage montréalais moyen dépense en effet 1371 $ de moins qu'un ménage vivant ailleurs au Québec à cause de l'utilisation plus marquée du transport en commun. La réallocation des priorités vers le transport en commun générerait également des emplois, puisque le transport urbain par autobus crée l'équivalent de 2,5 à 3,1 emplois à temps plein par véhicule mis en service aux heures de pointe.

Une responsabilisation citoyenne

Il est crucial cependant de ne pas s'appuyer exclusivement sur les initiatives étatiques, surtout qu'elles tardent à prendre forme. Nous devons réfléchir à nos habitudes de consommation et de transport afin d'agir, dès maintenant, au quotidien, pour améliorer l'avenir économique et environnemental du Québec.

S'il est important de souligner les dangers associés aux changements climatiques, il faut éviter de verser dans un fatalisme immobilisant: des solutions pratiques existent aujourd'hui pour changer notre mode de vie tout en procurant des bénéfices économiques notables.

«C'est le temps d'agir», annonçaient en 2000 les ministres de l'environnement et des ressources naturelles péquistes dans leur plan d'action québécois 2000-2002 sur les changements climatiques. Trop peu d'initiatives concrètes ont cependant découlé de cet appel aux armes. Le gouvernement libéral actuel sera-t-il davantage à la hauteur?






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