Hors-jeu: Mauresmo, reine sans partage
Amélie Mauresmo a lâché devant la foule un québécisme pas très joli après sa victoire plus que facile (6-1, 6-0) contre la Russe Elena Likhovtseva: «J’ai crissement bien joué.» — Pascal Ratthé Le Devoir
Vérification dûment faite selon les critères généralement reconnus, il n'y a pas de maxime qui dise «jamais quatre sans cinq». Si une telle chose existait, n'est-ce pas, les Trois mousquetaires qui étaient quatre se fussent déployés en quintette. Et c'est avec un pentagone d'as que vous auriez siphonné les copains au poker, l'autre soir.
De plus, Elena Likhovtseva, qui s'était déjà farci un carré de têtes de série dans cette coupe Rogers 2004 (Petrova, Schiavone, Capriati et Myskina), en aurait ajouté une dernière à son tableau de chasse à l'occasion de la toute première participation de sa carrière à une finale d'un tournoi de Tier I, le calendrier situé immédiatement sous le Grand Chelem. Ce n'est toutefois point ce qui s'est produit. Mais alors là, chers amis fans de tennis, pas du tout du tout du tout. Aussi, quand le présentateur Winston McQuade a tonné, au terme du match d'hier, «quelle finale électrisante», on a songé un fol instant qu'il n'avait pas regardé la même rencontre que nous tous massés au stade Uniprix.
C'est qu'Amélie Mauresmo a gagné son deuxième titre consécutif sur le court central du parc Jarry, et pas n'importe comment. 6-1, 6-0. Un score, oui oui, qui reflète tout à fait fidèlement l'allure de la partie. À sens unique, direction France. Ou direction Québec, puisqu'elle en est la nouvelle fille adoptive, à tel point qu'elle s'autorise des propos du terroir indigène en guise de conclusion de ses conquêtes. Ainsi, lorsqu'elle avait remporté une première coupe Rogers ici en 2002, elle s'était dite «ben ben contente», le tout fortement accentué couleur locale. Hier, elle a poussé un peu plus le parler croquant de «che nous». «J'ai crissement bien joué», a-t-elle lancé à la foule, avant de préciser en conférence de presse qu'elle se doutait bien que l'expression «ne fait pas très distingué».
Avec ce triomphe, Mauresmo, jusque-là troisième, s'empare du deuxième rang au classement mondial WTA, un exploit que n'avait jamais réussi auparavant une Française — ni un Français au classement ATP, du reste — depuis l'instauration des classements par ordinateur au milieu des années 1970. (Parmi ceux qui ont atteint la troisième place, notez pour vos dossiers les noms de Mary Pierce, Nathalie Tauziat et Yannick Noah.) Elle n'est maintenant plus devancée que par la Belge Justine Henin-Hardenne, actuellement contrainte à l'inaction en raison d'une blessure et qu'elle pourrait donc doubler avant longtemps. «La première place, c'est mon objectif depuis deux ans, deux ans et demi, racontait-elle. Et je sens que, petit à petit, on y arrive.»
Donc, bref, ce fut une finale expéditive, disputée en 51 minutes y compris les pauses (et précédée d'un délai de 50 minutes pour cause de météo rébarbative, pour faire changement). Et franchement, honnêtement, sincèrement, ce n'est pas un prétexte de reporter pour filer plus vite à la maison parler à ses plantes et regarder Les Beaux Dimanches, mais il n'y a pas grand-chose à en raconter. Pour la gagnante, tout a baigné: revers à une seule main sensationnels, coups droits admirablement logés le long des lignes, montées au filet rares mais imparables, services au quart de tour. À peine de petites montées et descentes au début de chaque set, mais comme on peut en juger à l'examen approfondi du score final, rien pour se ronger les ongles de perplexité. «J'ai joué, je pense, un match parfait», a dit Mauresmo. Il faudrait chercher des bibittes pour ne pas souscrire d'emblée à une pareille appréciation.
En fait, toute la semaine, Mauresmo s'était donné ce qu'elle appelait elle-même de «petites frayeurs», en se rendant à trois sets lors de ses trois premiers matchs puis en se retrouvant en déficit 1-5 lors du bris d'égalité de la première manche de sa demi-finale contre Vera Zvonareva, samedi après-midi. Mais, en même temps, elle devinait le crescendo dans son Ford intérieur. «Je sentais que je montais en puissance au fur et à mesure que la semaine avançait», a-t-elle noté. S'il avait fallu que le tournoi se poursuive pendant quatre ou cinq jours, bondance, qu'est-ce que ç'aurait été, je vous le demande, bien que je sache qu'à l'instar de vos élus vous refusez systématiquement de répondre aux questions hypothétiques.
En tout cas, hier, elle n'a laissé aucune chance à personne.
Quant à Likhovtseva, on retiendra en passant que son acteur favori est John Travolta, et que par voie de conséquence son film préféré est peut-être La Fièvre du samedi soir, mais qu'il n'est pas vraiment question pour l'instant de parler de liesse du dimanche après-midi. (C'est un parallèle subtil.)
Neuf joueuses russes participaient à la coupe Rogers et, il faut le dire, Likhovtseva, la plus âgée à 28 ans, n'était pas la première attendue au bout du parcours. Trente-neuvième au classement mondial, prenant part aux Internationaux du Canada pour une douzième année de suite, elle a cependant connue une semaine considérable avant cette fin brutale. «Je préfère ne pas penser à ce match», a-t-elle d'ailleurs déclaré hier.
La veille au soir, Likhovtseva avait remporté un éreintant (et combien enlevant) duel face à sa compatriote Anastasia Myskina, championne de Roland-Garros: 6-3, 5-7, 6-4 en deux heures. C'était beaucoup demander que de réapparaître une quinzaine d'heures plus tard avec un taux de fraîcheur suffisant pour affronter une aussi belle machine de tennis qu'Amélie Mauresmo.
«Dès l'entraînement du matin, j'ai vu que tout n'était pas au mieux», a-t-elle raconté. «Pendant le match, j'ai constaté que j'avais perdu le contrôle de mon corps et ma concentration. En plus, Amélie jouait super, et je devais y mettre de petits extras, ce qui entraîne des fautes directes. J'ai fait tout ce qui m'était possible, mais j'ai manqué de carburant.»
Pour sa peine, Mauresmo a reçu un chèque de 259 200 $, ce qui fait un salaire hebdomadaire assez impressionnant, mais comme on ne peut pas gagner tout le temps, on le prend pendant que ça passe. Elle gagnera Athènes mercredi, où elle participera aux Jeux olympiques en simple et en double avec Mary Pierce. Elena Likhovtseva sera aussi en Grèce, disputant le double avec Svetlana Kuznetsova. Par la suite, tout le monde rentrera illico en Amérique pour le US Open.
Quant à votre serviteur Rogatien, après cette folle odyssée de tennis, il sera à son domicile résidentiel, devant ses télés, confortablement installé sur son strapontin Louis XVI pour tout voir de ces Jeux de la XXVIIIe olympiade d'été et les commenter et vous les faire vivre comme si vous n'y étiez pas. C'est un rendez-vous. Un gros.
J'ai hâte.
De plus, Elena Likhovtseva, qui s'était déjà farci un carré de têtes de série dans cette coupe Rogers 2004 (Petrova, Schiavone, Capriati et Myskina), en aurait ajouté une dernière à son tableau de chasse à l'occasion de la toute première participation de sa carrière à une finale d'un tournoi de Tier I, le calendrier situé immédiatement sous le Grand Chelem. Ce n'est toutefois point ce qui s'est produit. Mais alors là, chers amis fans de tennis, pas du tout du tout du tout. Aussi, quand le présentateur Winston McQuade a tonné, au terme du match d'hier, «quelle finale électrisante», on a songé un fol instant qu'il n'avait pas regardé la même rencontre que nous tous massés au stade Uniprix.
C'est qu'Amélie Mauresmo a gagné son deuxième titre consécutif sur le court central du parc Jarry, et pas n'importe comment. 6-1, 6-0. Un score, oui oui, qui reflète tout à fait fidèlement l'allure de la partie. À sens unique, direction France. Ou direction Québec, puisqu'elle en est la nouvelle fille adoptive, à tel point qu'elle s'autorise des propos du terroir indigène en guise de conclusion de ses conquêtes. Ainsi, lorsqu'elle avait remporté une première coupe Rogers ici en 2002, elle s'était dite «ben ben contente», le tout fortement accentué couleur locale. Hier, elle a poussé un peu plus le parler croquant de «che nous». «J'ai crissement bien joué», a-t-elle lancé à la foule, avant de préciser en conférence de presse qu'elle se doutait bien que l'expression «ne fait pas très distingué».
Avec ce triomphe, Mauresmo, jusque-là troisième, s'empare du deuxième rang au classement mondial WTA, un exploit que n'avait jamais réussi auparavant une Française — ni un Français au classement ATP, du reste — depuis l'instauration des classements par ordinateur au milieu des années 1970. (Parmi ceux qui ont atteint la troisième place, notez pour vos dossiers les noms de Mary Pierce, Nathalie Tauziat et Yannick Noah.) Elle n'est maintenant plus devancée que par la Belge Justine Henin-Hardenne, actuellement contrainte à l'inaction en raison d'une blessure et qu'elle pourrait donc doubler avant longtemps. «La première place, c'est mon objectif depuis deux ans, deux ans et demi, racontait-elle. Et je sens que, petit à petit, on y arrive.»
Donc, bref, ce fut une finale expéditive, disputée en 51 minutes y compris les pauses (et précédée d'un délai de 50 minutes pour cause de météo rébarbative, pour faire changement). Et franchement, honnêtement, sincèrement, ce n'est pas un prétexte de reporter pour filer plus vite à la maison parler à ses plantes et regarder Les Beaux Dimanches, mais il n'y a pas grand-chose à en raconter. Pour la gagnante, tout a baigné: revers à une seule main sensationnels, coups droits admirablement logés le long des lignes, montées au filet rares mais imparables, services au quart de tour. À peine de petites montées et descentes au début de chaque set, mais comme on peut en juger à l'examen approfondi du score final, rien pour se ronger les ongles de perplexité. «J'ai joué, je pense, un match parfait», a dit Mauresmo. Il faudrait chercher des bibittes pour ne pas souscrire d'emblée à une pareille appréciation.
En fait, toute la semaine, Mauresmo s'était donné ce qu'elle appelait elle-même de «petites frayeurs», en se rendant à trois sets lors de ses trois premiers matchs puis en se retrouvant en déficit 1-5 lors du bris d'égalité de la première manche de sa demi-finale contre Vera Zvonareva, samedi après-midi. Mais, en même temps, elle devinait le crescendo dans son Ford intérieur. «Je sentais que je montais en puissance au fur et à mesure que la semaine avançait», a-t-elle noté. S'il avait fallu que le tournoi se poursuive pendant quatre ou cinq jours, bondance, qu'est-ce que ç'aurait été, je vous le demande, bien que je sache qu'à l'instar de vos élus vous refusez systématiquement de répondre aux questions hypothétiques.
En tout cas, hier, elle n'a laissé aucune chance à personne.
Quant à Likhovtseva, on retiendra en passant que son acteur favori est John Travolta, et que par voie de conséquence son film préféré est peut-être La Fièvre du samedi soir, mais qu'il n'est pas vraiment question pour l'instant de parler de liesse du dimanche après-midi. (C'est un parallèle subtil.)
Neuf joueuses russes participaient à la coupe Rogers et, il faut le dire, Likhovtseva, la plus âgée à 28 ans, n'était pas la première attendue au bout du parcours. Trente-neuvième au classement mondial, prenant part aux Internationaux du Canada pour une douzième année de suite, elle a cependant connue une semaine considérable avant cette fin brutale. «Je préfère ne pas penser à ce match», a-t-elle d'ailleurs déclaré hier.
La veille au soir, Likhovtseva avait remporté un éreintant (et combien enlevant) duel face à sa compatriote Anastasia Myskina, championne de Roland-Garros: 6-3, 5-7, 6-4 en deux heures. C'était beaucoup demander que de réapparaître une quinzaine d'heures plus tard avec un taux de fraîcheur suffisant pour affronter une aussi belle machine de tennis qu'Amélie Mauresmo.
«Dès l'entraînement du matin, j'ai vu que tout n'était pas au mieux», a-t-elle raconté. «Pendant le match, j'ai constaté que j'avais perdu le contrôle de mon corps et ma concentration. En plus, Amélie jouait super, et je devais y mettre de petits extras, ce qui entraîne des fautes directes. J'ai fait tout ce qui m'était possible, mais j'ai manqué de carburant.»
Pour sa peine, Mauresmo a reçu un chèque de 259 200 $, ce qui fait un salaire hebdomadaire assez impressionnant, mais comme on ne peut pas gagner tout le temps, on le prend pendant que ça passe. Elle gagnera Athènes mercredi, où elle participera aux Jeux olympiques en simple et en double avec Mary Pierce. Elena Likhovtseva sera aussi en Grèce, disputant le double avec Svetlana Kuznetsova. Par la suite, tout le monde rentrera illico en Amérique pour le US Open.
Quant à votre serviteur Rogatien, après cette folle odyssée de tennis, il sera à son domicile résidentiel, devant ses télés, confortablement installé sur son strapontin Louis XVI pour tout voir de ces Jeux de la XXVIIIe olympiade d'été et les commenter et vous les faire vivre comme si vous n'y étiez pas. C'est un rendez-vous. Un gros.
J'ai hâte.
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