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Charest inflige une rebuffade aux jeunes libéraux

Tommy Chouinard   9 août 2004 
Trois-Rivières — Le premier ministre Jean Charest a infligé un camouflet aux jeunes militants de son parti à l'occasion de leur propre congrès. Le chef du PLQ a balayé du revers de la main la proposition qu'ils ont appuyée massivement hier et qui vise à abolir la formule Rand.

Le président de la commission jeunesse, Simon Bégin, tient cependant tête à son chef. Il se dit prêt à faire de l'abolition de cette disposition du Code du travail, qui oblige tous les employés d'une entreprise syndiquée à payer des cotisations qu'ils soient membres ou non du syndicat, un enjeu majeur du prochain congrès du Parti libéral, en novembre prochain.

Or Jean Charest refuse toute confrontation avec les syndicats sur ce sujet. Il n'est même pas question pour lui de seulement étudier la possibilité de modifier le Code du travail dans le sens voulu par les jeunes libéraux. «La formule Rand fait partie des choix qui ont été faits il y a très longtemps par le gouvernement pour faire en sorte que les syndicats puissent remplir leur mission. Je ne remets pas en question la formule Rand. Je ne suis pas favorable à ce changement-là», a tranché Jean Charest, à la clôture du congrès des jeunes libéraux, qui s'est tenu ce week-end à Trois-Rivières.

Or plus des deux tiers des 900 jeunes militants présents ont voté en faveur de l'abolition de la formule Rand. «Si les jeunes ont amené cette résolution, c'est qu'il y a un malaise. Ils ne se sentent pas représentés par les syndicats. On n'a qu'à penser aux conventions collectives avec des clauses orphelins [clauses de disparité de traitement] qui ont trop souvent été négociées par les syndicats. C'est un message qu'on lance aux syndicats», a affirmé Simon Bégin, en conférence de presse.

Questionné ensuite sur le sujet, Jean Charest a tenu à préciser que «le gouvernement n'a pas sur les planches à dessin de changements prévus à la formule Rand».

Simon Bégin a reconnu que «ça part mal» quand le premier ministre rejette une proposition des jeunes libéraux, mais il souhaite porter sa cause au congrès du Parti libéral. «À la commission jeunesse, on n'a jamais eu peur d'affronter nos chefs», a-t-il lancé.

L'abolition de la formule Rand a fait l'objet d'un débat important au congrès des jeunes libéraux. «La négociation [des conditions de travail] ne serait plus soumise à des organismes tiers qui ont à coeur de protéger l'ancienneté avant la compétence. Avec la liberté de s'associer ou non, on implique une liberté de choix face à nos conditions de travail et notre salaire», a lancé Pierre-Olivier Dumas, de la circonscription de Louis-Hébert. Mélanie Anestis, de la circonscription de Marquette, a rétorqué qu'il ne serait pas «juste» de permettre à des employés de bénéficier des gains obtenus par les syndicats lors des négociations sans avoir à verser de cotisations.

Les commentaires en faveur de la proposition ont toutefois été beaucoup plus nombreux. «Les étudiants ne veulent pas être syndiqués, car, dans les conventions collectives, celles des épiceries ou autre, il faut avoir travaillé 1000 ou 2000 heures avant d'être protégé. Les étudiants n'ont aucun droit actuellement. Il faut donner le choix aux jeunes d'agir seuls», a souligné Kim Leclerc, de Matane.

Le libellé de la proposition adoptée hier suggère de donner «une véritable liberté syndicale» aux travailleurs québécois «en leur permettant de choisir de financer ou non le syndicat». Le préambule prend la forme d'une critique sévère des syndicats. «Le monopole syndical nivelle par le bas en enlevant à ceux qui en méritent plus pour en donner davantage à ceux qui en méritent moins», peut-on lire. Les jeunes libéraux avaient déjà adopté une telle proposition en 1997, mais elle n'avait pas obtenu l'appui des militants libéraux lors du congrès.

La formule Rand est en bonne partie responsable de l'essor du syndicalisme québécois. Le père de la formule, Ivan Cleveland Rand, juge à la Cour suprême, avait décrété en janvier 1946 que, comme l'ensemble des travailleurs bénéficient des gains obtenus par le syndicat lors des négociations, tous doivent verser une cotisation syndicale, qui est retenue à la source par l'employeur. La formule Rand a été intégrée au Code du travail par le Parti québécois en 1977.

Les jeunes libéraux réclament l'abolition de la formule Rand à un moment crucial, alors que le gouvernement Charest amorce des négociations qui s'annoncent difficiles avec ses employés syndiqués des secteurs public et parapublic. Le gouvernement Charest a déjà soulevé la grogne des syndicats l'automne dernier en adoptant, sous le bâillon, des modifications à l'article 45 du Code du travail en vue de faciliter le recours à la sous-traitance. Les centrales syndicales ont l'épiderme sensible quand il est question de la formule Rand. Lors de la dernière campagne électorale, les chefs syndicaux sont montés aux barricades pour fustiger l'Action démocratique du Québec, qu'ils accusaient de vouloir l'abolir.

Le président de la commission-jeunesse du Parti québécois, Sébastien Cloutier, n'a pas tardé à réagir pour dénoncer la position des jeunes libéraux, qui, selon lui, proposent rien de moins que «l'affaiblissement du mouvement des travailleurs» et l'abolition de leur droit d'association. «Ils parlent d'avenir, mais n'ont pas de vision d'avenir. Ils ne font pas avancer mais reculer la société», dit-il, qualifiant la proposition de «mesure de droite».

Non au Suroît

L'aile jeunesse du PLQ a également demandé hier au gouvernement Charest de faire une croix sur le projet de centrale thermique au gaz du Suroît. Les jeunes libéraux ont rejeté une proposition qui demandait à Québec d'aller de l'avant en ce qui a trait à ce projet. Lors du débat en plénière, plusieurs militants libéraux ont plaidé pour son rejet catégorique. «On n'en veut pas. Nous, on est en faveur des énergies propres», a lancé Vahid Fortin-Vidah, de Jonquière.

Le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, a dit prendre acte de la position des jeunes libéraux, mais il attend la fin de la commission parlementaire sur la question, qui se tiendra cet automne, avant de se prononcer. «On laisse le débat se poursuivre comme il doit se poursuivre», a affirmé pour sa part Jean Charest.

Les jeunes libéraux ont aussi adopté une série de propositions portant sur le choc démographique, le thème de leur congrès. Ils souhaitent la création d'une aide financière destinée aux jeunes familles et d'un congé parental de deux ans. Les cotisations de la génération des baby-boomers au régime des rentes devraient être augmentées afin de «résoudre le problème d'équité intergénérationnelle», ont-ils aussi décidé.

Rien sur l'endettement étudiant

La commission jeunesse du PLQ n'a pas cru bon de permettre la tenue d'un débat sur l'endettement étudiant, même si plusieurs militants libéraux en ont manifesté le désir. Un groupe de jeunes de la région de Montréal a tenté, samedi, d'inscrire le sujet à l'agenda, sans succès. Ces militants souhaitaient que les jeunes libéraux condamnent la décision du gouvernement Charest de hausser le plafond des prêts et de réduire les bourses d'une centaine de millions de dollars au total. Selon Simon Bégin, la commission jeunesse se penchera sur la question au cours des prochaines semaines.






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