La solution Bouchard
Jean-Robert Sansfaçon
7 août 2004
Même redevenu simple citoyen, l'ancien premier ministre Lucien Bouchard n'en reste pas moins une personnalité influente. Lorsqu'il parle en public, ce qui lui arrive rarement, il est écouté. Et lorsqu'il émet l'hypothèse d'un réseau de santé privé parallèle comme solution au problème de financement, on ne peut pas l'ignorer. De là à l'adopter, c'est une autre histoire...
Lorsque Lucien Bouchard parle de santé, il parle en connaissance de cause. C'est dans son corps que l'homme a expérimenté la capacité du corps médical à venir à bout de maux graves comme cette vicieuse bactérie mangeuse de chair qui lui a volé une jambe. En entrevue à RDI, mercredi dernier, M. Bouchard s'est souvenu de sa dramatique mésaventure, puis, répondant aux questions de l'animateur à propos du système de santé, il a avoué, pour la première fois, nous semble-t-il, que les si nombreux départs prématurés à la retraite, négociés en 1996, avaient été une erreur.
Aujourd'hui, redevenu libre-penseur, M. Bouchard s'est aussi permis, lors de cet entretien, de soulever l'hypothèse de création d'un «système privé d'appoint, mais vraiment privé. Il ne faudrait pas demander à l'État de payer [...]». Des cliniques privées pour «un certain éventail de soins», a -t-il précisé. Car «on ne peut pas en demander plus à l'État. [...] Il faudrait être pratique. Il s'agit de soigner des gens et de sauver notre système de santé qui présentement est à risque parce que les coûts augmentent tellement.»
Et pour illustrer qu'il ne s'agit pas d'une question idéologique, M. Bouchard a utilisé l'exemple de l'éducation où cohabitent des écoles publiques et privées. Comme le souhaite M. Bouchard, ne faisons pas de cette question une bataille idéologique. Notre système de santé a soif de gros sous et cette soif ne sera pas assouvie de sitôt. Mais voilà, même sans en faire «une religion», personne encore n'a trouvé de solution à la fois «pratique» et socialement acceptable.
***
M. Bouchard se demande si la création de cliniques privées, «vraiment privées», ne serait pas une des solutions possibles. Il n'est pas le premier à poser la question... ni le dernier! Or, la chose est non seulement possible, mais elle existe déjà. Depuis quelques années, des médecins ont mis sur pied de ces cliniques très spécialisées, entièrement privées, tel le Centre de chirurgie orthopédique du Dr Nicolas Duval qui offre de remplacer hanches et genoux à des patients qui ne veulent pas attendre des mois avant de reprendre une vie normale. Ce genre d'établissement ne demande aucun financement à l'État puisque les médecins qui y pratiquent se sont retirés du système public comme la loi les y autorisait. Tout médecin peut faire ce choix et donc, rien n'empêche la création de telles cliniques, même très spécialisées.
À l'évidence, malgré le fait qu'il ait pris la peine de spécifier «qu'il ne faudrait pas demander à l'État de payer», ce n'est pas à cela que M. Bouchard fait allusion. D'ailleurs, sa comparaison avec le système d'éducation le prouve: nos écoles privées offrent le même diplôme que les écoles publiques, mais elles reçoivent de l'État à peu près 50 % de leurs coûts de fonctionnement, l'autre moitié étant à la charge des parents. Peut-on imaginer un tel partage en santé: des hôpitaux privés financés également par l'État et les patients?
Des raisons historiques surtout, mais aussi religieuses, de choix de formation et d'encadrement pédagogique expliquent l'existence du secteur privé en éducation. Qu'est-ce qui justifierait un calque de cette formule en santé? Peu de choses en vérité, si ce n'est une économie de coûts pour l'État et l'accès plus rapide à certaines interventions pour le patient-client. Mais pour qu'un tel système fonctionne, il faut que les frais imposés aux patients soient beaucoup plus élevés que les coûts de fonctionnement afin d'intéresser des investisseurs et du personnel médical spécialisé. Auquel cas, on peut craindre un déplacement de spécialistes vers le privé et, par conséquent, une augmentation des listes d'attente dans les hôpitaux publics.
Pour le moment, très peu de gens, simples citoyens ou politiciens, souhaitent que l'argent devienne un facteur déterminant le moment venu de dresser les listes d'attente pour des traitements. Plus plausible est la création éventuelle de cliniques privées offrant certains services spécialisés, des chirurgies mineures, par exemple, mais financés entièrement par l'État et accessibles à tous, sans frais.
Cette formule de cliniques affiliées aux hôpitaux proposée par la commission Clair réduirait les coûts, mais elle n'est certes pas une solution miracle. Et puisque l'imposition de ticket modérateur ne permettrait pas non plus de faire face à la croissance dramatique de coûts attendue pour les prochaines années, nous sommes probablement condamnés à devoir consacrer une part croissante de nos futurs revenus aux soins de santé dont toutes les études disent qu'ils sont globalement moins coûteux lorsque entièrement pris à charge par l'État.
Lorsque Lucien Bouchard parle de santé, il parle en connaissance de cause. C'est dans son corps que l'homme a expérimenté la capacité du corps médical à venir à bout de maux graves comme cette vicieuse bactérie mangeuse de chair qui lui a volé une jambe. En entrevue à RDI, mercredi dernier, M. Bouchard s'est souvenu de sa dramatique mésaventure, puis, répondant aux questions de l'animateur à propos du système de santé, il a avoué, pour la première fois, nous semble-t-il, que les si nombreux départs prématurés à la retraite, négociés en 1996, avaient été une erreur.
Aujourd'hui, redevenu libre-penseur, M. Bouchard s'est aussi permis, lors de cet entretien, de soulever l'hypothèse de création d'un «système privé d'appoint, mais vraiment privé. Il ne faudrait pas demander à l'État de payer [...]». Des cliniques privées pour «un certain éventail de soins», a -t-il précisé. Car «on ne peut pas en demander plus à l'État. [...] Il faudrait être pratique. Il s'agit de soigner des gens et de sauver notre système de santé qui présentement est à risque parce que les coûts augmentent tellement.»
Et pour illustrer qu'il ne s'agit pas d'une question idéologique, M. Bouchard a utilisé l'exemple de l'éducation où cohabitent des écoles publiques et privées. Comme le souhaite M. Bouchard, ne faisons pas de cette question une bataille idéologique. Notre système de santé a soif de gros sous et cette soif ne sera pas assouvie de sitôt. Mais voilà, même sans en faire «une religion», personne encore n'a trouvé de solution à la fois «pratique» et socialement acceptable.
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M. Bouchard se demande si la création de cliniques privées, «vraiment privées», ne serait pas une des solutions possibles. Il n'est pas le premier à poser la question... ni le dernier! Or, la chose est non seulement possible, mais elle existe déjà. Depuis quelques années, des médecins ont mis sur pied de ces cliniques très spécialisées, entièrement privées, tel le Centre de chirurgie orthopédique du Dr Nicolas Duval qui offre de remplacer hanches et genoux à des patients qui ne veulent pas attendre des mois avant de reprendre une vie normale. Ce genre d'établissement ne demande aucun financement à l'État puisque les médecins qui y pratiquent se sont retirés du système public comme la loi les y autorisait. Tout médecin peut faire ce choix et donc, rien n'empêche la création de telles cliniques, même très spécialisées.
À l'évidence, malgré le fait qu'il ait pris la peine de spécifier «qu'il ne faudrait pas demander à l'État de payer», ce n'est pas à cela que M. Bouchard fait allusion. D'ailleurs, sa comparaison avec le système d'éducation le prouve: nos écoles privées offrent le même diplôme que les écoles publiques, mais elles reçoivent de l'État à peu près 50 % de leurs coûts de fonctionnement, l'autre moitié étant à la charge des parents. Peut-on imaginer un tel partage en santé: des hôpitaux privés financés également par l'État et les patients?
Des raisons historiques surtout, mais aussi religieuses, de choix de formation et d'encadrement pédagogique expliquent l'existence du secteur privé en éducation. Qu'est-ce qui justifierait un calque de cette formule en santé? Peu de choses en vérité, si ce n'est une économie de coûts pour l'État et l'accès plus rapide à certaines interventions pour le patient-client. Mais pour qu'un tel système fonctionne, il faut que les frais imposés aux patients soient beaucoup plus élevés que les coûts de fonctionnement afin d'intéresser des investisseurs et du personnel médical spécialisé. Auquel cas, on peut craindre un déplacement de spécialistes vers le privé et, par conséquent, une augmentation des listes d'attente dans les hôpitaux publics.
Pour le moment, très peu de gens, simples citoyens ou politiciens, souhaitent que l'argent devienne un facteur déterminant le moment venu de dresser les listes d'attente pour des traitements. Plus plausible est la création éventuelle de cliniques privées offrant certains services spécialisés, des chirurgies mineures, par exemple, mais financés entièrement par l'État et accessibles à tous, sans frais.
Cette formule de cliniques affiliées aux hôpitaux proposée par la commission Clair réduirait les coûts, mais elle n'est certes pas une solution miracle. Et puisque l'imposition de ticket modérateur ne permettrait pas non plus de faire face à la croissance dramatique de coûts attendue pour les prochaines années, nous sommes probablement condamnés à devoir consacrer une part croissante de nos futurs revenus aux soins de santé dont toutes les études disent qu'ils sont globalement moins coûteux lorsque entièrement pris à charge par l'État.
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