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Réflexions suscitées par le passage du pape parmi nous - Les croyants doivent se fier à leur conscience pour guider leurs amours

La loi naturelle et la conscience de chacun peuvent fournir une assise très convenable pour une morale sexuelle à la fois moderne, humaniste et efficace

Jean-Paul Lefebvre - Journaliste indépendant et essayiste  27 juillet 2002 
Parmi les jeunes pèlerins réunis à Toronto à l'invitation du pape, plusieurs groupes de contestataires auraient aimé rencontrer Jean-Paul II. À défaut de quoi, ils ont dialogué avec d'autres jeunes participants aux grands rassemblements préparatoires à la célébration de demain. Certains ont choisi de distribuer des condoms, à la fois comme symbole de l'acharnement de Rome à s'en tenir à sa liste de péchés de la chair plutôt que de proposer une approche positive à l'orientation des amours humaines... et aussi pour protéger les jeunes contre le risque de relations sexuelles non protégées (voir Le Devoir, 23 juillet 2002, page A 2).

Le fait que Rome ait perdu pied avec la réalité dans l'élaboration d'une théologie morale en matière de sexualité n'enlève rien à l'importance du sujet dans la vie de tous les jours, pour le bonheur ou le malheur des humains. Cela nous prive cependant d'un guide crédible susceptible d'aider les jeunes, en particulier, à vivre avec discernement et succès cet aspect fondamental de leur existence.

Je crois par ailleurs que la loi naturelle et la conscience de chacun peuvent fournir une assise très convenable pour une morale sexuelle à la fois moderne, humaniste et efficace tenant compte des grandeurs de l'amour humain et de ses dérives possibles.

Le défi des jeunes (de 18 à 35 ans, selon la définition des JMJ), consiste à élaborer, à partir de leurs valeurs, de leur recherche du bonheur et de l'information aussi objective que possible en provenance des aînés et des professionnels, leur propre philosophie de la sexualité et de l'amour. Cette sagesse me semble le pilier qui supportera tous les autres aspects de la vie du couple et de la famille. On ne pourra jamais exclure la possibilité d'un échec du lien amoureux et ses conséquences. On doit cependant éviter de considérer la précarité des couples comme un objectif ou comme une fatalité. Les jeunes d'aujourd'hui et de demain devront refaire, à leur propre compte, le lien entre l'amour et la vie sexuelle.

Comme je n'ai pas oublié ma lointaine expérience du mouvement étudiant, je suis convaincu que les meilleurs recherchistes d'idées nouvelles sur la façon de vivre la sexualité et l'amour à la moderne sont au sein même des divers groupes d'âges. Quelques douzaines de cercles d'études dans les écoles secondaires, les cégeps et les universités du Québec pourraient amorcer une réflexion fort utile pouvant mener à une morale naturelle dont même les jeunes croyants n'auraient pas à rougir. Les aînés pourraient fournir non pas des réponses mais des questions. En voici quelques-unes.
- Pour employer un langage familier, «baiser» et «aimer» pourraient-ils redevenir deux verbes que l'on chercherait à conjuguer ensemble?
- Si on se met en ménage, ou du moins en couple, sans que l'amour ait eu le temps de naître, juste pour le fun, et si on répète la démarche aussi souvent que les circonstances le suggèrent, ne risque-t-on pas de ne jamais trouver l'âme soeur ou, plutôt, «une âme soeur» possible? Il serait en effet surréaliste de croire qu'il n'y a sur la planète qu'une seule personne digne de devenir notre conjoint.
- Si les partenaires sexuels successifs ne sont qu'une commodité, ne craindriez-vous pas d'aboutir à une société narcissique où les notions de solidarité et de responsabilité auraient perdu leur sens, à une société où il y aurait de plus en plus de laissés-pour-compte, chez les enfants comme chez les membres de ces couples éphémères?
- Il faudrait peut-être interroger plus particulièrement les garçons. Ce sont eux qui devront s'habituer aux «nouvelles femmes», celles-là même qui leur font parfois honte par leurs succès scolaires au secondaire, au cégep ou à l'université.
- Êtes-vous prêts, les gars, à devenir des hommes plus modernes que vos grands-pères et vos pères et à marier des femmes différentes de vos grands-mères?

Devant la concurrence des filles au cégep et à l'université, certains d'entre vous rêvent peut-être, sans trop se l'avouer, de se dénicher une «femme au foyer»! La chose est possible à titre exceptionnel, mais je ne crois pas que l'on puisse reculer de 30 ans les «horloges» de la modernité. Même le pape n'a pas ce pouvoir, quoi qu'il en pense!

Par ailleurs, il est difficile de prévoir ce que votre génération va inventer collectivement comme prototype de partage des rôles et des tâches dans les couples. Plusieurs facteurs vont influencer cette situation. D'abord, le fait que les deux membres du couple soient généralement sur le marché du travail. Mais aussi l'évolution des modes d'organisation du travail, liée aux changements technologiques, à la transformation possible des transports urbains, à la taille des entreprises, à de nouveaux aménagements des temps de travail et des plans de carrière...

Le facteur le plus important pour le bonheur des jeunes d'aujourd'hui et des générations à venir, c'est de développer une philosophie de l'amour et du couple qui soit en symbiose avec les mutations culturelles qui ne cesseront pas de se succéder.

Les lumières de la loi naturelle et de la conscience devraient suffire à la tâche. Un jour peut-être, la foi chrétienne, «inculturée» aux valeurs de la modernité, pourra fournir un apport. Je suis porté à croire que ce genre de questionnement s'est produit parmi les pèlerins de la semaine dernière, à toutes les étapes du voyage. Car la majorité des jeunes cherchent certainement le bonheur.
 
 
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