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Lettres: Mauvaise citation (ou mauvaise foi ?)

Olivier Kemeid - Montréal, 22 juillet 2004  27 juillet 2004 
Dans son spectacle, il faut le dire, très drôle lorsqu'il quitte les sentiers paranoïaques, l'humoriste français Dieudonné s'en prend au racisme des philosophes des Lumières.

À leur mépris des Noirs, à leur défense de la suprématie blanche. Il cite Rousseau, puis Montesquieu. Le parterre s'esclaffe, l'homme de scène est habile. Seulement voilà, obnubilé par sa thèse, certes défendable, il cite mal, pire, il cite a contrario. De Montesquieu, il rapporte la phrase suivante: «On ne peut mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un esprit très sage, ait mis une âme, surtout bonne, dans un corps tout noir». La phrase est terrible, le verdict implacable. Montesquieu est un sale raciste; les Lumières, une obscure période où les droits de l'homme sont ceux de l'homme blanc. Or, si Dieudonné avait pris soin de bien lire ne serait-ce que ce court passage du chapitre XV de L'Esprit des lois, il aurait aperçu, quelques lignes avant ladite citation, cette annonce: «Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais: [...]». Le grand philosophe emploie un procédé très répandu à l'époque, celui de démontrer l'absurdité de la position esclavagiste en dressant un réquisitoire en forme de plaidoyer. Composition éloquente, où il ne faut pas un doctorat de philosophie pour comprendre que le baron cherche à illustrer la bouffonnerie et l'imbécillité des esclavagistes. Ce passage de L'Esprit des lois, pourtant célkèbre et souvent titré «De l'esclavage des nègres», est considéré à juste titre comme l'un des points de départ du mouvement anti-esclavagiste. La dénonciation de la grande honte de l'humanité a rallié de nombreux encyclopédistes comme Voltaire, Helvétius, Jaucourt (auteur de l'article «esclavage» de l'Encyclopédie), Condorcet... Ce dernier écrivait: «Si on allait chercher un homme dans les îles de l'Amérique, ce ne serait point parmi les gens de chair blanche qu'on le trouverait». Dieudonné a raison de pointer le racisme de toutes les époques en Occident, il a tort de ne pas reconnaître ceux qui s'y opposent. Mais, dans tous les cas, je salue en lui l'humoriste qui permet — la chose est si rare qu'il n'est pas inutile de la relever — de discuter Montesquieu et Lumières. Dois-je préciser qu'il n'en est pas ainsi à la sortie des spectacles d'humour chez nous...

À leur mépris des Noirs, à leur défense de la suprématie blanche. Il cite Rousseau, puis Montesquieu. Le parterre s'esclaffe, l'homme de scène est habile. Seulement voilà, obnubilé par sa thèse, certes défendable, il cite mal, pire, il cite a contrario. De Montesquieu, il rapporte la phrase suivante: «On ne peut mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un esprit très sage, ait mis une âme, surtout bonne, dans un corps tout noir». La phrase est terrible, le verdict implacable. Montesquieu est un sale raciste; les Lumières, une obscure période où les droits de l'homme sont ceux de l'homme blanc. Or, si Dieudonné avait pris soin de bien lire ne serait-ce que ce court passage du chapitre XV de L'Esprit des lois, il aurait aperçu, quelques lignes avant ladite citation, cette annonce: «Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais: [...]». Le grand philosophe emploie un procédé très répandu à l'époque, celui de démontrer l'absurdité de la position esclavagiste en dressant un réquisitoire en forme de plaidoyer. Composition éloquente, où il ne faut pas un doctorat de philosophie pour comprendre que le baron cherche à illustrer la bouffonnerie et l'imbécillité des esclavagistes. Ce passage de L'Esprit des lois, pourtant célkèbre et souvent titré «De l'esclavage des nègres», est considéré à juste titre comme l'un des points de départ du mouvement anti-esclavagiste. La dénonciation de la grande honte de l'humanité a rallié de nombreux encyclopédistes comme Voltaire, Helvétius, Jaucourt (auteur de l'article «esclavage» de l'Encyclopédie), Condorcet... Ce dernier écrivait: «Si on allait chercher un homme dans les îles de l'Amérique, ce ne serait point parmi les gens de chair blanche qu'on le trouverait». Dieudonné a raison de pointer le racisme de toutes les époques en Occident, il a tort de ne pas reconnaître ceux qui s'y opposent. Mais, dans tous les cas, je salue en lui l'humoriste qui permet — la chose est si rare qu'il n'est pas inutile de la relever — de discuter Montesquieu et Lumières. Dois-je préciser qu'il n'en est pas ainsi à la sortie des spectacles d'humour chez nous...
 
 
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