Réplique aux Drs Gaboury et Soulières - Une fusion absurde
Le problème du CHUM, c'est le CHUM
François Milette - Pathologiste à l'hôpital Pierre-Boucher de Longueuil et ex-membre du département de pathologie du CHUM
26 juillet 2002
Dans leur lettre au Devoir du 19 juillet 2002, les Drs Gaboury et Soulières écrivaient: «La société québécoise a le choix de composer avec le développement de la science médicale ou d'annoncer à la population que l'expertise médicale dépasse sa capacité de payer.»
Voilà une affirmation déconcertante. En effet, il est difficile d'imaginer la société annonçant quoi que ce soit à la population puisque c'est précisément celle-ci qui constitue celle-là.
Par «société», les auteurs entendent vraisemblablement le gouvernement, voire les fonctionnaires, dont les médecins aiment tant dénoncer la prétendue incurie. L'allusion des auteurs à la «capacité de payer» suggère que pour eux, la solution à tout passe encore par l'injection d'argent. C'est là une attitude simpliste et réductrice.
J'ai été pendant plusieurs années membre du département de pathologie dont M. Gaboury était le directeur. J'ai quitté ce département en janvier 2000 pour aller me «saupoudrer» sur la Rive-Sud où, dans un hôpital régional, j'ai la prétention de pratiquer une médecine spécialisée avec une efficacité accrue par le climat serein dans lequel je peux exercer ma profession.
On n'insistera jamais assez sur un fait: si les conditions d'exercice de la médecine ont périclité au CHUM et si, comme le suggèrent les auteurs, les soins sont de moindre qualité, c'est que l'absurde fusion telle qu'elle fut pratiquée a déstabilisé des équipes multidisciplinaires complexes en pratiquant une gestion des ressources humaines — et en particulier médicales — catastrophique. Ainsi, on soigne moins, on coûte plus cher et on palabre interminablement, refusant de voir que le problème du CHUM, c'est le CHUM.
Oui, «la situation peut paraître complexe à certains», mais tout le monde peut comprendre qu'un hôpital qui se respecte, ce sont d'abord des gens qui se dévouent pour soigner des gens. Or ces soins ne sont pas complexes du seul fait des technologies utilisées, toujours plus lourdes et plus coûteuses, c'est vrai, mais pas toujours plus efficaces. Ils le sont bien davantage par les interactions humaines complexes qu'ils nécessitent, surtout dans un centre ultraspécialisé comme doit l'être un hôpital universitaire.
Et c'est bien là le vrai problème du CHUM: bien plus un manque d'harmonie entre les centres, les équipes et les personnes qu'un manque d'argent ou de technologies.
Plutôt que d'exiger toujours plus d'argent, faisant ainsi du CHUM un éventuel gouffre sans fond, peut-être faudrait-il revoir une bonne fois la pertinence de cette fusion aux résultats désastreux. Ou alors, dans le contexte obligé de cette fusion, certains devraient peut-être réévaluer leur attitude; je ne suis pas certain, contrairement aux auteurs, qu'ils ne pensent jamais «en chiffres», ni même que leur volonté de recruter de nouveaux spécialistes soit aussi unanime qu'ils le suggèrent.
Voilà une affirmation déconcertante. En effet, il est difficile d'imaginer la société annonçant quoi que ce soit à la population puisque c'est précisément celle-ci qui constitue celle-là.
Par «société», les auteurs entendent vraisemblablement le gouvernement, voire les fonctionnaires, dont les médecins aiment tant dénoncer la prétendue incurie. L'allusion des auteurs à la «capacité de payer» suggère que pour eux, la solution à tout passe encore par l'injection d'argent. C'est là une attitude simpliste et réductrice.
J'ai été pendant plusieurs années membre du département de pathologie dont M. Gaboury était le directeur. J'ai quitté ce département en janvier 2000 pour aller me «saupoudrer» sur la Rive-Sud où, dans un hôpital régional, j'ai la prétention de pratiquer une médecine spécialisée avec une efficacité accrue par le climat serein dans lequel je peux exercer ma profession.
On n'insistera jamais assez sur un fait: si les conditions d'exercice de la médecine ont périclité au CHUM et si, comme le suggèrent les auteurs, les soins sont de moindre qualité, c'est que l'absurde fusion telle qu'elle fut pratiquée a déstabilisé des équipes multidisciplinaires complexes en pratiquant une gestion des ressources humaines — et en particulier médicales — catastrophique. Ainsi, on soigne moins, on coûte plus cher et on palabre interminablement, refusant de voir que le problème du CHUM, c'est le CHUM.
Oui, «la situation peut paraître complexe à certains», mais tout le monde peut comprendre qu'un hôpital qui se respecte, ce sont d'abord des gens qui se dévouent pour soigner des gens. Or ces soins ne sont pas complexes du seul fait des technologies utilisées, toujours plus lourdes et plus coûteuses, c'est vrai, mais pas toujours plus efficaces. Ils le sont bien davantage par les interactions humaines complexes qu'ils nécessitent, surtout dans un centre ultraspécialisé comme doit l'être un hôpital universitaire.
Et c'est bien là le vrai problème du CHUM: bien plus un manque d'harmonie entre les centres, les équipes et les personnes qu'un manque d'argent ou de technologies.
Plutôt que d'exiger toujours plus d'argent, faisant ainsi du CHUM un éventuel gouffre sans fond, peut-être faudrait-il revoir une bonne fois la pertinence de cette fusion aux résultats désastreux. Ou alors, dans le contexte obligé de cette fusion, certains devraient peut-être réévaluer leur attitude; je ne suis pas certain, contrairement aux auteurs, qu'ils ne pensent jamais «en chiffres», ni même que leur volonté de recruter de nouveaux spécialistes soit aussi unanime qu'ils le suggèrent.
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