Échec des négociations - Legault sonne la fin de la récréation
Le ministre de la Santé est prêt à se heurter aux médecins pour «préserver le système»
Fabien Deglise
25 juillet 2002
Les jeux sont faits. L'ultime tentative de conciliation menée hier entre François Legault, Bernard Landry et les trois fédérations de médecins s'est soldée par un nouvel échec. Conséquence: le ministre de la Santé ira aujourd'hui de l'avant à l'Assemblée nationale avec sa loi spéciale. Une loi qui, en forçant les médecins à assurer le service dans les urgences de la province, donne également le ton de la révolution que le ministre souhaite maintenant imposer dans son réseau.
La fin de la récréation vient de sonner dans le réseau de la santé du Québec. Et le bruit de la cloche risque de résonner encore longtemps aux oreilles des médecins, tout comme à celles de l'ensemble des acteurs du milieu médical québécois. Et comment! En passant cette semaine de la parole aux actes avec sa loi spéciale visant à contraindre les médecins à servir dans les urgences de Shawinigan et Jonquière — fermées la nuit depuis le début de l'été —, François Legault souhaite aller bien plus loin que la simple gestion d'un problème d'accessibilité certes récurrent mais néanmoins circonscrit. Son objectif: mettre en marche toute une révolution dans le milieu de la santé. En effet, il est temps d'«agir rapidement et de changer notre approche pour préserver ce système de santé», a-t-il indiqué en entrevue au Devoir hier.
Le coup d'éclat est réussi. Le style Legault, lui, se précise avec sa dose de détermination, une fermeté à toute épreuve et surtout du courage. Beaucoup de courage. Car en se lançant dans l'aventure de la loi d'exception, le jeune et fringant ministre du cabinet Landry vient aussi de se mettre à dos les trois fédérations de médecins avec lesquelles il essayait depuis plusieurs semaines de se mettre en syntonie autour de deux salles d'urgence atteintes d'estivalite aiguë. Il le sait. «Mais il n'est pas possible de penser à un changement radical dans notre approche et nos façons de faire sans heurt avec les médecins. C'est malheureusement la seule solution», dit-il.
La réaction des médecins a été vive. D'autant qu'à l'expiration de l'ultimatum de 24 heures lancé par l'ex-ministre de l'Éducation lundi après-midi, les fédérations pensaient avoir fait leurs devoirs. Comment? En débauchant des médecins d'Alma et de Chicoutimi pour faire du dépannage de nuit dès aujourd'hui à Jonquière et pour tout le mois d'août, de même qu'en garantissant l'ouverture de l'urgence la nuit à Shawinigan dès la semaine prochaine. C'était, selon les fédérations, déjà beaucoup. Mais M. Legault s'est montré inflexible... et impatient. «Ces urgences sont fermées la nuit depuis trois semaines, commente-t-il. Et une urgence fermée, c'est une urgence de trop.» Point.
En laissant les commandes d'Air Transat, l'homme était sorti du monde des affaires. Mais il semble incapable de faire sortir cet univers de lui-même. «Quand des situations urgentes se présentent à nous, il faut les régler avec urgence, dit-il sans cabotinage, que ce soit dans le secteur privé ou dans le secteur public.»
Et urgence il y a, selon lui: «Gérer le système de santé avec efficacité est dans notre intérêt. Sinon, le vent de droite qui souffle en moment sur le Québec, avec ces risques de privatisation [de certains pans du réseau], va être difficile à maîtriser.»
Au coeur de sa stratégie: sa loi spéciale, bien sûr, qu'il se refuse catégoriquement à inscrire dans une logique électoraliste, comme l'ont dénoncé les médecins au cours des derniers jours. «On est élus par la population pour gouverner. Tout ce qu'on fait pendant notre mandat a forcément un impact lors d'une campagne électorale», dit-il. Une loi qui, indirectement, vient mettre en question le statut actuel des médecins. L'autre cheval de bataille de M. Legault, après les urgences.
«Le statut d'entrepreneur autonome actuel est problématique puisqu'il permet aux médecins de travailler quand ils le veulent, où ils le veulent, sans leur donner une véritable appartenance au réseau. Or le problème de répartition dans les établissements est aujourd'hui criant. Il n'est ni équitable ni optimal. Nous fonctionnons selon les disponibilités des médecins et non selon nos besoins.»
La solution? Des contrats signés entre médecins et hôpitaux, qui permettraient d'agir sur la répartition des forces médicales dans le système de soins de santé tout en s'assurant que les toubibs se sentent désormais partie prenante du réseau.
La mesure est «structurante». Et elle n'est qu'une parmi plusieurs autres pistes de solution que François Legault compte bien présenter dans les prochaines semaines aux trois fédérations de médecins.
La pilule risque d'être difficile à avaler. Mais le ministre de la Santé ne changera pas de cap. «Il faut s'attaquer aux problèmes d'efficacité, de ressources et d'organisation de notre réseau si on veut redonner confiance à la population», lance-t-il.
Son prochain coup d'éclat pour rassurer cette même population est d'ailleurs déjà prêt. Pour quand? Pour l'automne, alors que seront publiés les bulletins de performance des établissements de santé de la province, évalués selon leurs délais d'attente, leur gestion financière et la satisfaction du public. «Je m'attends à des réactions dures. Mais pour réussir, il faut se montrer transparent.» Même s'il y a des transparences plus difficiles à supporter que d'autres.
La fin de la récréation vient de sonner dans le réseau de la santé du Québec. Et le bruit de la cloche risque de résonner encore longtemps aux oreilles des médecins, tout comme à celles de l'ensemble des acteurs du milieu médical québécois. Et comment! En passant cette semaine de la parole aux actes avec sa loi spéciale visant à contraindre les médecins à servir dans les urgences de Shawinigan et Jonquière — fermées la nuit depuis le début de l'été —, François Legault souhaite aller bien plus loin que la simple gestion d'un problème d'accessibilité certes récurrent mais néanmoins circonscrit. Son objectif: mettre en marche toute une révolution dans le milieu de la santé. En effet, il est temps d'«agir rapidement et de changer notre approche pour préserver ce système de santé», a-t-il indiqué en entrevue au Devoir hier.
Le coup d'éclat est réussi. Le style Legault, lui, se précise avec sa dose de détermination, une fermeté à toute épreuve et surtout du courage. Beaucoup de courage. Car en se lançant dans l'aventure de la loi d'exception, le jeune et fringant ministre du cabinet Landry vient aussi de se mettre à dos les trois fédérations de médecins avec lesquelles il essayait depuis plusieurs semaines de se mettre en syntonie autour de deux salles d'urgence atteintes d'estivalite aiguë. Il le sait. «Mais il n'est pas possible de penser à un changement radical dans notre approche et nos façons de faire sans heurt avec les médecins. C'est malheureusement la seule solution», dit-il.
La réaction des médecins a été vive. D'autant qu'à l'expiration de l'ultimatum de 24 heures lancé par l'ex-ministre de l'Éducation lundi après-midi, les fédérations pensaient avoir fait leurs devoirs. Comment? En débauchant des médecins d'Alma et de Chicoutimi pour faire du dépannage de nuit dès aujourd'hui à Jonquière et pour tout le mois d'août, de même qu'en garantissant l'ouverture de l'urgence la nuit à Shawinigan dès la semaine prochaine. C'était, selon les fédérations, déjà beaucoup. Mais M. Legault s'est montré inflexible... et impatient. «Ces urgences sont fermées la nuit depuis trois semaines, commente-t-il. Et une urgence fermée, c'est une urgence de trop.» Point.
En laissant les commandes d'Air Transat, l'homme était sorti du monde des affaires. Mais il semble incapable de faire sortir cet univers de lui-même. «Quand des situations urgentes se présentent à nous, il faut les régler avec urgence, dit-il sans cabotinage, que ce soit dans le secteur privé ou dans le secteur public.»
Et urgence il y a, selon lui: «Gérer le système de santé avec efficacité est dans notre intérêt. Sinon, le vent de droite qui souffle en moment sur le Québec, avec ces risques de privatisation [de certains pans du réseau], va être difficile à maîtriser.»
Au coeur de sa stratégie: sa loi spéciale, bien sûr, qu'il se refuse catégoriquement à inscrire dans une logique électoraliste, comme l'ont dénoncé les médecins au cours des derniers jours. «On est élus par la population pour gouverner. Tout ce qu'on fait pendant notre mandat a forcément un impact lors d'une campagne électorale», dit-il. Une loi qui, indirectement, vient mettre en question le statut actuel des médecins. L'autre cheval de bataille de M. Legault, après les urgences.
«Le statut d'entrepreneur autonome actuel est problématique puisqu'il permet aux médecins de travailler quand ils le veulent, où ils le veulent, sans leur donner une véritable appartenance au réseau. Or le problème de répartition dans les établissements est aujourd'hui criant. Il n'est ni équitable ni optimal. Nous fonctionnons selon les disponibilités des médecins et non selon nos besoins.»
La solution? Des contrats signés entre médecins et hôpitaux, qui permettraient d'agir sur la répartition des forces médicales dans le système de soins de santé tout en s'assurant que les toubibs se sentent désormais partie prenante du réseau.
La mesure est «structurante». Et elle n'est qu'une parmi plusieurs autres pistes de solution que François Legault compte bien présenter dans les prochaines semaines aux trois fédérations de médecins.
La pilule risque d'être difficile à avaler. Mais le ministre de la Santé ne changera pas de cap. «Il faut s'attaquer aux problèmes d'efficacité, de ressources et d'organisation de notre réseau si on veut redonner confiance à la population», lance-t-il.
Son prochain coup d'éclat pour rassurer cette même population est d'ailleurs déjà prêt. Pour quand? Pour l'automne, alors que seront publiés les bulletins de performance des établissements de santé de la province, évalués selon leurs délais d'attente, leur gestion financière et la satisfaction du public. «Je m'attends à des réactions dures. Mais pour réussir, il faut se montrer transparent.» Même s'il y a des transparences plus difficiles à supporter que d'autres.
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