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Dernier hommage à Louis Laberge - La solidarité en héritage

Jeanne Corriveau   25 juillet 2002 
Photo : Jacques Grenier
«On dit des grands hommes qu'ils laissent un vide en partant. Pas Louis. Son héritage, il nous l'a laissé de son vivant. Louis nous a remis entre les mains une grande centrale syndicale et plein de ressources pour accomplir notre mission de justice sociale.» C'est ainsi que l'actuel président de la FTQ, Henri Massé, a rendu hommage à celui qui a tenu avec fougue les rênes de la centrale syndicale pendant 27 ans, Louis Laberge, dont les funérailles ont été célébrées hier matin à la cathédrale Marie-Reine-du-Monde.

Pour le dernier au revoir au pilier du syndicalisme québécois, Henri Massé a évoqué la fougue, l'instinct, le courage et le flair proverbial qui ont permis à Louis Laberge de donner une cohésion au mouvement syndical québécois.

«Je suis convaincu qu'une foule de militants et militantes de la FTQ accueille maintenant Louis au paradis. Mais je dois dire que je m'inquiète beaucoup: avec Louis comme nouveau pensionnaire, le bon Dieu risque d'avoir un méchant problème de partage de leadership sur les bras... », a-t-il confié aux 1500 personnes réunies à la cathédrale Marie-Reine-de-Monde.

Bernard Landry a qualifié l'intelligence de Louis Laberge de «l'une des plus belles que je n'ai jamais vues dans ma vie», une intelligence qui s'est manifestée chez le syndicaliste dans sa capacité à comprendre les enjeux complexes des relations de travail et à créer des consensus. «L'héritage de Louis Laberge, outre le Fonds de solidarité de la FTQ, c'est de nous donner l'honneur d'être la société la plus syndiquée de notre continent et dont la richesse est la mieux répartie», a résumé le premier ministre.

La cérémonie, présidée par Mgr André Rivest, évêque auxiliaire du diocèse de Montréal, avait commencé à 10h30. Membres de la famille, dignitaires, collègues et militants syndicaux sont venus nombreux pour saluer Louis Laberge une dernière fois.

Âgé de 78 ans, Louis Laberge est décédé d'un arrêt cardiaque jeudi dernier à son domicile de L'Assomption.

C'est lorsqu'il travaillait comme mécanicien en aéronautique chez Canadair que Louis Laberge a adhéré au mouvement syndical. Après avoir gravi les échelons de la hiérarchie au sein de divers syndicats, il est devenu président de la FTQ en 1964, poste qu'il occupera jusqu'en 1991. Au cours des 27 années qu'a duré son règne, le membership de la centrale syndicale est passé de 100 000 à 500 000 travailleurs.

Louis Laberge était réputé pour son franc-parler et ses déclarations-chocs. Son parcours a été marqué par de grandes luttes syndicales, dont le lock-out des typographes et des pressiers de La Presse en 1971 et la grève du Front commun du secteur public l'année suivante (qui lui a d'ailleurs valu quatre mois de prison en compagnie de deux autres chefs de grandes centrales syndicales, Marcel Pepin et Yvon Charbonneau).

Mais la grande oeuvre de Louis Laberge, c'est la création du Fonds de solidarité de la FTQ, que tous ont louangé hier. Présent aux obsèques, Brian Mulroney a relaté sa conversation avec Louis Laberge en 1985, quand celui-ci est venu réclamer des amendements à la loi fiscale fédérale pour permettre la mise sur pied du Fonds, requête qu'il a assortie d'une demande d'aide de dix millions de dollars. À l'époque, le projet suscitait le scepticisme, mais M. Mulroney ne doutait pas de sa réussite. «C'est peut-être l'héritage le plus important que M. Laberge ait laissé. C'était un homme remarquable et il s'agissait d'un projet remarquable. Je l'ai endossé à cent pour cent», a-t-il indiqué hier avant d'entrer dans la cathédrale.

«Quand le Fonds a investi dans la Maison des futailles, tout le monde a compris qu'il s'agissait d'un placement rentable», a lancé à la blague Bernard Landry. Plus sérieux, il a dit espérer que l'oeuvre accomplie par le syndicaliste serve d'inspiration aux jeunes. Le Québec, a-t-il ajouté, a bien besoin de militants de sa trempe.

Louis Laberge carburait aux luttes syndicales, mais ses enfants ne lui ont pas gardé rancune d'avoir consacré tant de temps et d'énergie aux membres de la grande famille qu'était devenue pour lui la FTQ. «Il nous disait souvent: "Je n'ai jamais vraiment travaillé parce que j'étais entouré de chums"», a rappelé son fils Jean durant sa courte allocution.

En guise d'adieu, le choeur a entonné My Way, chanson popularisée entre autres par Frank Sinatra, à la demande de la famille.

Louis Laberge laisse dans le deuil ses trois fils Michel, Pierre et Jean, ainsi que sa femme Lucille et la mère de ses enfants, Thérèse Vaillancourt.






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