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La moitié des institutions financières canadiennes risquent d'écoper

Serge Truffaut   23 juillet 2002 
La déprime sur Wall Street s’est encore creusée hier et le dollar américain a continué de flancher face à l’euro malgré le nouvel appel au calme lancé par le président Bush. Frustrés et fatigués de perdre de l’argent, les investisseurs gr
Photo : Agence Reuters
La déprime sur Wall Street s’est encore creusée hier et le dollar américain a continué de flancher face à l’euro malgré le nouvel appel au calme lancé par le président Bush. Frustrés et fatigués de perdre de l’argent, les investisseurs gr
Au moins la moitié des institutions financières canadiennes ont alloué des prêts au géant des télécommunications WorldCom. Celui-ci s'est placé sous la protection de la Loi américaine sur les faillites en caressant l'espoir que le plan de restructuration, qui sera composé dans les prochaines semaines, sera accepté par les créanciers et les principaux actionnaires avant janvier 2003. À cette date, l'entreprise en question ne pourra plus bénéficier de la protection obtenue il y a moins de quarante-huit heures.

À la faveur des informations recueillies auprès des plus importants prêteurs et investisseurs au Canada, le tableau qui se dégage est le suivant: cinq institutions ont alloué, sous une forme ou une autre, des fonds à WorldCom alors que deux n'ont jamais été impliquées dans la course effrénée aux capitaux frais qui a caractérisé les quatre derniers exercices financiers de la compagnie.

Au sein du groupe des institutions écorchées, on retient tout d'abord les noms de celles qui ont divulgué les montants investis, soit la Banque de Montréal qui a accordé 25 millions, principalement sous forme d'obligations, et la Caisse de dépôt et placement du Québec qui a investi 108 millions de dollars sous forme d'actions.

Dans le cas de cette dernière, sa porte-parole Lucie Frenière a précisé que le chiffre avancé était en fait celui inscrit dans les livres au 31 décembre, date à laquelle l'exercice financier de cette institution se termine. De fait, il est certain que la somme exacte est quelque peu différente de celle communiquée pour la bonne et simple raison que, le statut de la Caisse en cette affaire n'étant pas celui d'initié, elle n'est pas en mesure de calculer au dollar près. Autre chose, le véhicule financier de la Caisse étant l'action, les chances qu'elle récupère un jour une partie de ses billes sont plus élevées que si c'était un prêt conventionnel.

Cela étant, ni la Banque CIBC, ni la Royale, ni la Scotia n'ont voulu confier l'état de leurs relations financières avec WorldCom. Porte-parole de la Banque Royale, Raymond Chouinard a rappelé que la politique de cette institution étant de ne pas dévoiler l'état des rapports entre elle et ses clients; il n'est donc évidemment pas possible d'émettre quelque commentaire que ce soit. Au sein de la Banque CIBC et de la Scotia, les personnes interrogées ont fait écho à la politique de la Royale en la matière. Bref, le motus et bouche cousue a été observé à la lettre.

Par contre, toutes ces institutions ont souligné être à l'aise avec les provisions pour pertes sur prêts décrétées au terme du second trimestre de l'année financière en cours. Autrement dit, l'affaire WorldCom ne devrait pas grever les sommes prévues pour parer aux contrecoups des prêts dits délinquants. Dans le cas de la Royale, on estime que la portion des provisions fixées expressément pour le secteur des télécommunications avoisinera un maigre 0,4 % de tous les prêts en défaut. Au terme des deux premiers trimestres, la Royale avait établi à 614 millions la provision générale pour pertes.

En ce qui concerne la Scotia, la rumeur veut que son exposition dans l'affaire WorldCom, qui soit dit en passant s'avère la plus importante faillite dans l'histoire des États-Unis, varie entre 100 et 200 millions. Pour ce qui est de la Banque CIBC, aucun chiffre n'a été entendu que ce soit à Montréal ou à Toronto.

Étonnamment, l'institution qui s'est distinguée au cours de la décennie précédente et celle en cours par son penchant pour les entreprises en télécommunications, soit la Banque Toronto-Dominion, a souligné n'avoir aucun sou dans ce dossier. On se rappellera que, pas plus tard que la semaine dernière, cette banque avait révélé que sa provision pour pertes sur prêts accordés aux entreprises en télécommunications avait été établie à 600 millions de dollars. À cause de tous les tripotages effectués par les bonzes de ce secteur, la Banque TD va afficher une perte au terme du troisième trimestre.

Enfin, soulignons qu'il y a quelques jours à peine les revers des télécommunications et les conséquences qu'ils ont eues sur la santé financière des banques canadiennes ont convaincu l'agence Moody's qu'il y avait lieu d'abaisser la cote de la TD et de la Banque de Montréal et de surveiller étroitement celle de la CIBC. À ce propos, la Banque Nationale n'étant pas du tout impliquée dans WorldCom, sa cote est demeurée inchangée.






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