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Le sudiste de Kerry

Serge Truffaut   7 juillet 2004 
En choisissant le sénateur John Edwards comme colistier, le candidat démocrate à la présidence des États-Unis, John Kerry, a opté pour le complément. Edwards présente en effet les avantages et les qualités qui font défaut au champion des démocrates. Pêle-mêle, Edwards, c'est la jeunesse, l'ancrage dans le sud du pays et une grande habileté à battre la campagne.

De mémoire, jamais le mécanisme débouchant sur la nomination de celui qui sera éventuellement vice-président n'a été aussi entouré de secret que celui qui vient de se conclure. Lorsqu'au terme des primaires Kerry avait demandé à un homme d'affaires de Washington de présider à l'exercice, il avait insisté avec vigueur pour que la plus stricte discrétion soit observée. Au cours du processus, 25 candidatures ont été envisagées, 300 personnes ont été consultées. Et alors? L'ordre de Kerry a été si scrupuleusement respecté que le quotidien The New York Post titrait, dans son édition d'hier, que Dick Gephardt, représentant du Missouri, était le choix de Kerry.

Cette volonté de garder le secret a ceci d'éclairant qu'elle témoigne du malaise que Kerry éprouvait au début de l'exercice à l'endroit d'Edwards. Son manque d'expérience — le curriculum politique d'Edwards se résume à un mandat de sénateur — le plaçait à égalité, si ce n'est en arrière de Gephardt, du gouverneur de l'Iowa Tom Vilsak et du sénateur de la Floride Bob Graham. Pour l'anecdote, le nom de ce dernier figurait encore hier matin sur les pancartes conçues pour la bataille contre Bush.

Toujours est-il que c'est le nom d'Edwards qui figurera à côté de celui de Kerry jusqu'en novembre. Pourquoi ce choix? Si on a bien lu la hiérarchie des critères qui ont fait pencher la balance en sa faveur, celui qui arrive en tête a trait à l'habileté qu'Edwards a démontrée sur le terrain à la faveur des primaires. Ses dons d'orateur, son sens aigu de la communication, son empathie naturelle ont fini par séduire Kerry, et surtout... l'état-major démocrate! Celui-ci, assure-t-on ici et là, tenait depuis longtemps à ce qu'Edwards double les autres concurrents dans la course à la vice-présidence.

Pour les notables du parti, les aptitudes d'Edwards à battre la campagne et son inclination naturelle à dialoguer avec le simple électeur devraient compenser les manques que Kerry présente sur ce front. Le populisme d'Edwards devrait gommer quelque peu, espère-t-on en haut lieu, le côté animal politique à sang froid qui distingue Kerry. En Edwards, beaucoup de mandarins voient un nouveau Clinton. Soit dit en passant, celui-ci s'est fait l'avocat du sénateur de la Caroline tout au long de l'examen.

Lorsqu'on s'attarde quelque peu à la configuration que propose le ticket démocrate, on constate qu'à bien des égards il est l'exact contraire de celui que les républicains avaient choisi lors de la précédente présidentielle. Comme Dick Cheney, John Kerry a une longue expérience du Congrès. Comme Bush, la carrière électorale d'Edwards tient en un mandat, et un seul.

Cela étant, entre autres avantages Edwards possède celui d'être un homme du Sud. Un homme qui est donc susceptible de récupérer pour le bénéfice des démocrates les voix indépendantes (swing voters) des États du Sud qui avaient opté pour Bush la dernière fois. Fort des enseignements du passé qui démontrent que les seuls démocrates ayant remporté la grande finale venaient du Sud, Jimmy Carter d'abord, Bill Clinton ensuite, les permanents du Parti démocrate souhaitaient une présence du Sud sur le ticket.

Pour ce qui est de l'image, si importante désormais, le marketing d'Edwards, si l'on peut parler ainsi, sera articulé autour de sa jeunesse souriante et du dynamisme qui le caractérise. Évidemment ce n'est pas tout. Les publicitaires comptent capitaliser sur la vie d'un homme qui s'est fait tout seul. Qui à force de travail s'est taillé toute une réputation auprès de ses collègues avocats. Et comme on tient à faire pleurer dans les chaumières, on évoquera le drame qu'il a vécu dans les années 90 lorsqu'un de ses fils est mort à la suite d'un accident.

Maintenant que le colistier de Kerry est connu, voilà que va s'amorcer la vraie bataille. Selon tous les experts, celle-ci s'annonce comme la plus brutale, la plus violente, la plus négative qui soit. Le dossier de l'Irak aidant, on sait combien l'actuel exécutif n'hésitera pas à multiplier les chausse-trappes, à formuler des mensonges. Tout ce que l'on peut espérer est que le duo Kerry-Edwards prenne de la hauteur et force le duo opposé à plier bagages.






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