Les urgences fermées la nuit - Une loi spéciale pend au nez des médecins
Exaspéré, le ministre Legault lance un ultimatum
Fabien Deglise
23 juillet 2002
Ultimatum. L'étau se resserre autour des trois fédérations de médecins du Québec à qui le ministre de la Santé et des Services sociaux, François Legault, demande depuis le 27 juin de prendre les moyens qui s'imposent pour régler le problème d'accessibilité nocturne dans certaines urgences. Et comment! Faute de solutions concrètes présentées par les médecins aujourd'hui à 14 heures tapantes, le processus pour l'adoption d'une loi spéciale sera alors immédiatement mis en branle, a menacé hier en conférence de presse le grand patron du réseau de la santé.
Hasard ou coïncidence? L'attente pour rencontrer le ministre hier aura été longue: 60 bonnes minutes, l'heure du rendez-vous fixée par le ministère n'ayant pas été respectée. Mais dans le monde de la santé...
En retard, François Legault n'en demeurait pas moins déterminé à régler la question des urgences qui encombre son bureau — et probablement son esprit — depuis le début de l'été: «Pour moi et la population en général au Québec, il est inadmissible qu'une urgence ferme ses portes la nuit et prive ainsi les Québécois et Québécoises de soins de santé majeurs auxquels ils sont en droit de s'attendre», a-t-il déclaré.
Dans son collimateur: les urgences de Shawinigan et de Jonquière qui, depuis le début de la saison estivale, faute de médecins en poste, ferment leur porte à la tombée de la nuit faisant ainsi peser une menace sur les habitants du coin qui auraient éventuellement une raison — urgente! — de s'y rendre.
En juin dernier, un bilan de la situation dans les centres hospitaliers de la province, commandé par le ministre à un groupe de 17 experts, avait mis sous les projecteurs 11 urgences atteintes «d'estivalite chronique». Dans neuf d'entre elles, des mesures ont été prises — augmentation du temps de travail, appel des «médecins dépanneurs»... — pour éviter la catastrophe et assurer une qualité de service malgré les congés des médecins et du personnel de soutien. Mais à Shawinigan et Jonquière, le problème perdure toujours... pour quelques heures du moins.
Car faute de solutions apportées aujourd'hui au ministre pour redonner à l'urgence sa raison d'être — comprendre: «être ouvert 24 heures sur 24, 365 jours sur 365», a expliqué M. Legault — le ministre mettra ses menaces à exécution en faisant adopter par l'Assemblée Nationale une loi spéciale qui forcerait les médecins à servir dans ces urgences.
«L'objectif de cette loi est simple, a-t-il précisé: Une liste des médecins sera dressée par les régies régionales de la santé. Ces médecins devront fournir des services à l'urgence des établissements que je pourrais désigner au besoin, et ce, dans des circonstances exceptionnelles. Les médecins dont le nom apparaît sur cette liste seront contraints de s'y présenter et des mesures administratives, civiles et pénales sévères seront prévues à la loi en cas de contravention.»
Cette loi, «d'application temporaire», assure M. Legault, est désormais incontournable, estime-t-il: «Car il est inacceptable aujourd'hui que l'on ne trouve pas de médecins au Québec pour fournir des services essentiels.» Elle fait suite également aux tentatives infructueuses menées dans les dernières semaines auprès des médecins résidents pour les inciter à remplacer les absents de Shawinigan et Jonquière. Une quinzaine ont été sollicités. Sans succès.
La menace du ministre de la Santé est prise au sérieux par la Fédération des médecins résidents du Québec qui se dit «préoccupée par le geste et en même temps confiante de trouver une solution dans les 24 prochaines heures», a indiqué hier son président Stéphane P. Ahern. Un optimisme que ne semblait toutefois pas partager Jean Rodrigue, porte-parole de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec: «Vingt-quatre heures, ce n'est pas assez pour trouver des solutions à une situation complexe comme celle-là, a-t-il expliqué au Devoir. À 14 heures, nous allons probablement arriver avec des pistes de solution, mais tous les fils ne seront pas attachés. Le ministre va devoir se montrer compréhensif.»
Tous l'espèrent d'ailleurs. Car, depuis le début de la crise (récurrente) le spectre de la loi spéciale fait, dans le milieu des médecins, l'unanimité... contre elle. «Ce n'est pas avec des mesures coercitives que nous allons régler le problème, explique M. Ahern. D'autant qu'une telle loi aurait un effet négatif sur la qualité des soins offerts en forçant des médecins qui n'ont pas l'habilité nécessaire à oeuvrer contre leur gré dans les urgences.» Le tout, du reste, pour un traitement inefficace des symptômes: «une loi spéciale ne faisant pas pousser des médecins dans les arbres», ironise Yves Dupré, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.
Hasard ou coïncidence? L'attente pour rencontrer le ministre hier aura été longue: 60 bonnes minutes, l'heure du rendez-vous fixée par le ministère n'ayant pas été respectée. Mais dans le monde de la santé...
En retard, François Legault n'en demeurait pas moins déterminé à régler la question des urgences qui encombre son bureau — et probablement son esprit — depuis le début de l'été: «Pour moi et la population en général au Québec, il est inadmissible qu'une urgence ferme ses portes la nuit et prive ainsi les Québécois et Québécoises de soins de santé majeurs auxquels ils sont en droit de s'attendre», a-t-il déclaré.
Dans son collimateur: les urgences de Shawinigan et de Jonquière qui, depuis le début de la saison estivale, faute de médecins en poste, ferment leur porte à la tombée de la nuit faisant ainsi peser une menace sur les habitants du coin qui auraient éventuellement une raison — urgente! — de s'y rendre.
En juin dernier, un bilan de la situation dans les centres hospitaliers de la province, commandé par le ministre à un groupe de 17 experts, avait mis sous les projecteurs 11 urgences atteintes «d'estivalite chronique». Dans neuf d'entre elles, des mesures ont été prises — augmentation du temps de travail, appel des «médecins dépanneurs»... — pour éviter la catastrophe et assurer une qualité de service malgré les congés des médecins et du personnel de soutien. Mais à Shawinigan et Jonquière, le problème perdure toujours... pour quelques heures du moins.
Car faute de solutions apportées aujourd'hui au ministre pour redonner à l'urgence sa raison d'être — comprendre: «être ouvert 24 heures sur 24, 365 jours sur 365», a expliqué M. Legault — le ministre mettra ses menaces à exécution en faisant adopter par l'Assemblée Nationale une loi spéciale qui forcerait les médecins à servir dans ces urgences.
«L'objectif de cette loi est simple, a-t-il précisé: Une liste des médecins sera dressée par les régies régionales de la santé. Ces médecins devront fournir des services à l'urgence des établissements que je pourrais désigner au besoin, et ce, dans des circonstances exceptionnelles. Les médecins dont le nom apparaît sur cette liste seront contraints de s'y présenter et des mesures administratives, civiles et pénales sévères seront prévues à la loi en cas de contravention.»
Cette loi, «d'application temporaire», assure M. Legault, est désormais incontournable, estime-t-il: «Car il est inacceptable aujourd'hui que l'on ne trouve pas de médecins au Québec pour fournir des services essentiels.» Elle fait suite également aux tentatives infructueuses menées dans les dernières semaines auprès des médecins résidents pour les inciter à remplacer les absents de Shawinigan et Jonquière. Une quinzaine ont été sollicités. Sans succès.
La menace du ministre de la Santé est prise au sérieux par la Fédération des médecins résidents du Québec qui se dit «préoccupée par le geste et en même temps confiante de trouver une solution dans les 24 prochaines heures», a indiqué hier son président Stéphane P. Ahern. Un optimisme que ne semblait toutefois pas partager Jean Rodrigue, porte-parole de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec: «Vingt-quatre heures, ce n'est pas assez pour trouver des solutions à une situation complexe comme celle-là, a-t-il expliqué au Devoir. À 14 heures, nous allons probablement arriver avec des pistes de solution, mais tous les fils ne seront pas attachés. Le ministre va devoir se montrer compréhensif.»
Tous l'espèrent d'ailleurs. Car, depuis le début de la crise (récurrente) le spectre de la loi spéciale fait, dans le milieu des médecins, l'unanimité... contre elle. «Ce n'est pas avec des mesures coercitives que nous allons régler le problème, explique M. Ahern. D'autant qu'une telle loi aurait un effet négatif sur la qualité des soins offerts en forçant des médecins qui n'ont pas l'habilité nécessaire à oeuvrer contre leur gré dans les urgences.» Le tout, du reste, pour un traitement inefficace des symptômes: «une loi spéciale ne faisant pas pousser des médecins dans les arbres», ironise Yves Dupré, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.
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