Retour de l'inflation
Serge Truffaut
2 juillet 2004
Pour la première fois en quatre ans, la Réserve fédérale américaine (Fed) a commandé une hausse du loyer de l'argent. La raison de ce geste? L'inflation. Dans son avant-dernière édition, le très influent The Economist consacrait sa une à ce phénomène en évoquant «le retour de l'inflation dans le monde». Jusqu'à quand? Nul ne le sait pour l'instant.
Avant toute chose, il faut s'arrêter sur la manière avec laquelle le grand patron de la Fed, Alan Greenspan, a accompagné le changement de tendance du cours des taux d'intérêt qu'il vient d'imposer. Il a mis à profit les enseignements découlant des hausses brusques, inattendues, qu'il avait arrêtées en 1994 en préparant cette fois-ci le terrain. Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, il avait télégraphié son intention afin que les acteurs financiers anticipent et digèrent une vague d'augmentations qui devrait se poursuivre jusqu'au terme de 2005.
Cela rappelé, du geste posé par le chef d'orchestre des finances on retient qu'il a été davantage guidé par le retour observé de l'inflation que par le gouffre budgétaire conséquent au programme de déductions fiscales de l'administration Bush. De 1,5 % en début d'année, l'inflation en taux annualisé a atteint et s'est maintenue à 3 % au cours des trois derniers mois. Elle s'avère donc plus persistante que ce qui était anticipé.
Certaines de ses causes sont bien connues. Il y a d'abord le prix du baril du pétrole qui a fait un bond marqué au cours des derniers mois. De 15 $ environ lors de l'intronisation de George Bush, le baril avoisine les 40 $ aujourd'hui. Outre le pétrole, il y a bien évidemment la majoration des coûts afférents à l'acquisition d'un bien immobilier. Pour bien des économistes, cette majoration a été si prononcée que l'on peut parler de bulle immobilière.
En ce qui a trait aux raisons plus cachées, si l'on peut dire, on en retiendra deux: les matières premières et la Chine. Dans le cas des matières premières, il faut souligner que l'indice des prix a progressé de 73 % au cours des dix-huit derniers mois. Cette hausse a été si élevée que partout en Occident on annonce une valse des étiquettes cet automne. La Chine? Actuellement, le taux d'inflation y dépasse les 4 %. Si la croissance effrénée de son économie se poursuit au même rythme au cours des douze prochains mois, on craint un emballement de cette dernière qui, globalisation aidant, aurait des répercussions un peu partout. Mais bon, dans le cas de ce pays on demeure dans l'expectative.
Au Canada, le contrôle de l'inflation est plus maîtrisé qu'aux États-Unis, en Europe et a fortiori en Chine. De fait, il n'est pas dit que la banque centrale va suivre pas à pas la politique de la Fed. En clair, il est vraisemblable que le taux d'escompte, qui est actuellement de 2 %, ne bougera pas, ou peu, d'ici l'élection présidentielle américaine!
Aux États-Unis, plus exactement à Wall Street, plus d'une voix s'est élevée contre la timidité supposée du président de la Fed. Des économistes jugent en effet que le programme de déductions fiscales de l'administration Bush a favorisé, en partie, ce retour de l'inflation. De fait, ces observateurs estiment que Greenspan aurait dû mettre un terme à la politique dite «d'argent facile» bien avant le changement de tendance qu'il vient d'imprimer cette semaine.
Ces militants de la prudence, voire de l'orthodoxie budgétaire, parient que Greenspan sera dans l'obligation de prendre des mesures beaucoup plus draconiennes que celles qu'il envisage. Plusieurs d'entre eux avancent que le taux de la Fed devrait avoisiner actuellement les 3 %. Si tel était le cas, le patron de la Fed disposerait d'une marge de manoeuvre qui risque de lui manquer plus tard cet automne. Soit une fois l'élection passée.
Évidemment, l'approche défendue par Greenspan a été politisée par le camp démocrate, qui tout en se gardant de critiquer ouvertement ou directement ce dernier n'en estime pas moins que certains de ses gestes ont été télécommandés par le président Bush. Il va sans dire que ce dernier n'a certainement pas envie que le resserrement de l'intérêt fasse ses effets d'ici la présidentielle. Après...
Après? Qu'importe qui sera le futur président des États-Unis, les taux vont augmenter de 3 % d'ici la fin de 2005 pour cause d'inflation.
Avant toute chose, il faut s'arrêter sur la manière avec laquelle le grand patron de la Fed, Alan Greenspan, a accompagné le changement de tendance du cours des taux d'intérêt qu'il vient d'imposer. Il a mis à profit les enseignements découlant des hausses brusques, inattendues, qu'il avait arrêtées en 1994 en préparant cette fois-ci le terrain. Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, il avait télégraphié son intention afin que les acteurs financiers anticipent et digèrent une vague d'augmentations qui devrait se poursuivre jusqu'au terme de 2005.
Cela rappelé, du geste posé par le chef d'orchestre des finances on retient qu'il a été davantage guidé par le retour observé de l'inflation que par le gouffre budgétaire conséquent au programme de déductions fiscales de l'administration Bush. De 1,5 % en début d'année, l'inflation en taux annualisé a atteint et s'est maintenue à 3 % au cours des trois derniers mois. Elle s'avère donc plus persistante que ce qui était anticipé.
Certaines de ses causes sont bien connues. Il y a d'abord le prix du baril du pétrole qui a fait un bond marqué au cours des derniers mois. De 15 $ environ lors de l'intronisation de George Bush, le baril avoisine les 40 $ aujourd'hui. Outre le pétrole, il y a bien évidemment la majoration des coûts afférents à l'acquisition d'un bien immobilier. Pour bien des économistes, cette majoration a été si prononcée que l'on peut parler de bulle immobilière.
En ce qui a trait aux raisons plus cachées, si l'on peut dire, on en retiendra deux: les matières premières et la Chine. Dans le cas des matières premières, il faut souligner que l'indice des prix a progressé de 73 % au cours des dix-huit derniers mois. Cette hausse a été si élevée que partout en Occident on annonce une valse des étiquettes cet automne. La Chine? Actuellement, le taux d'inflation y dépasse les 4 %. Si la croissance effrénée de son économie se poursuit au même rythme au cours des douze prochains mois, on craint un emballement de cette dernière qui, globalisation aidant, aurait des répercussions un peu partout. Mais bon, dans le cas de ce pays on demeure dans l'expectative.
Au Canada, le contrôle de l'inflation est plus maîtrisé qu'aux États-Unis, en Europe et a fortiori en Chine. De fait, il n'est pas dit que la banque centrale va suivre pas à pas la politique de la Fed. En clair, il est vraisemblable que le taux d'escompte, qui est actuellement de 2 %, ne bougera pas, ou peu, d'ici l'élection présidentielle américaine!
Aux États-Unis, plus exactement à Wall Street, plus d'une voix s'est élevée contre la timidité supposée du président de la Fed. Des économistes jugent en effet que le programme de déductions fiscales de l'administration Bush a favorisé, en partie, ce retour de l'inflation. De fait, ces observateurs estiment que Greenspan aurait dû mettre un terme à la politique dite «d'argent facile» bien avant le changement de tendance qu'il vient d'imprimer cette semaine.
Ces militants de la prudence, voire de l'orthodoxie budgétaire, parient que Greenspan sera dans l'obligation de prendre des mesures beaucoup plus draconiennes que celles qu'il envisage. Plusieurs d'entre eux avancent que le taux de la Fed devrait avoisiner actuellement les 3 %. Si tel était le cas, le patron de la Fed disposerait d'une marge de manoeuvre qui risque de lui manquer plus tard cet automne. Soit une fois l'élection passée.
Évidemment, l'approche défendue par Greenspan a été politisée par le camp démocrate, qui tout en se gardant de critiquer ouvertement ou directement ce dernier n'en estime pas moins que certains de ses gestes ont été télécommandés par le président Bush. Il va sans dire que ce dernier n'a certainement pas envie que le resserrement de l'intérêt fasse ses effets d'ici la présidentielle. Après...
Après? Qu'importe qui sera le futur président des États-Unis, les taux vont augmenter de 3 % d'ici la fin de 2005 pour cause d'inflation.
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