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LES LIBÉRAUX MINORITAIRES

Le Bloc atteint les 54 sièges de Lucien Bouchard

Josée Boileau   29 juin 2004 
Le premier ministre Paul Martin est allé voter dans sa circonscription de LaSalle-Émard, à Montréal.
Photo : Jacques Nadeau
Le premier ministre Paul Martin est allé voter dans sa circonscription de LaSalle-Émard, à Montréal.
Le Québec aura donc résisté. Alors que les deux grands réseaux de télévision francophones prédisaient autour de 22h un gouvernement libéral — minoritaire, précisait Bernard Derome —, les Québécois ont donné 54 sièges au Bloc québécois, lui accordant 50 % des suffrages. Le Bloc rejoint ainsi les 54 sièges obtenus sous Lucien Bouchard en 1993, exploit qui n’avait pas été réédité depuis.

C’est d’ailleurs avec fougue et détermination que le chef bloquiste Gilles Duceppe s’est adressé à ses militants, remerciant Bernard Landry pour son appui et soulignant, dans Saint-Lambert, la victoire de Maka Kotto, comédien d’origine camerounaise, reflet du Québec d’aujourd’hui.
Néanmoins, le Bloc perd la balance du pouvoir que tout le monde lui attribuait en fin de campagne. Car ailleurs au pays, bien des prévisions étaient déjouées. Dès le début de la soirée, les Maritimes donnaient au Parti libéral du Canada (PLC) trois sièges de plus qu’en 2000. Et en Ontario, la nouvelle droite menée par Stephen Harper faisait moins de gains que prévu. La «prime à l’urne», ce choix que l’on fait dans l’isoloir sans s’en vanter publiquement, a joué en faveur des libéraux dans la province.
Au total, au moment de mettre sous presse, les libéraux obtenaient 136 sièges et les conservateurs 95 à l’échelle du pays. Le NPD affichait 22 candidats élus ou en avance au pays, une meilleure performance que ses 13 sièges de 2000, mais loin des 43 circonscriptions obtenues sous M. Broadbent en 1988, un pari que M. Layton s’était engagé à rééditer.

Tourbillon bloquiste
Au Québec, dès 21h, un premier bloquiste était déclaré élu: Raynald Blais a facilement délogé Georges Farrah dans Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, où les bureaux ferment plus tôt que dans le reste du Québec.
Une fois ces bureaux fermés, l’élection de Michel Gauthier dans Roberval fut rapidement annoncée de même que celle de Francine Lalonde dans la circonscription montréalaise de Pointe-de-l’Île. Gilles Duceppe l’emporta facilement dans Laurier tout comme Serge Ménard dans sa nouvelle circonscription de Marc-Aurèle-Fortin à Laval.
Dans Sherbrooke, le bloquiste Serge Cardin a battu sans surprise le recteur de l’Université de Sherbrooke, Bruno-Marie Béchard, qui avait succombé récemment aux sirènes du PLC. De même, dans la nouvelle circonscription de Beauport, le conseiller personnel de Paul Martin, Dennis Dawson, mordait la poussière, tout comme la ministre Hélène Chalifour Scherrer qui se représentait à Québec.
La circonscription de Châteauguay–Saint-Constant passait aussi aux mains du Bloc, de même que celle de Chicoutimi, jusque-là bastion du libéral André Harvey. Mais surtout, les bloquistes l’ont emporté dans une circonscription jusque-là intouchable: Saint-Maurice (devenu Saint-Maurice–Champlain), l’ancien fief de Jean Chrétien. Néanmoins, des vedettes libérales que l’on disait en danger ont résisté, tels Denis Coderre, Jean Lapierre et Liza Frulla. Par contre, Pierre Pettigrew luttait pour conserver la circonscription de Papineau.
Le Bloc a quand même fait le plein des voix, et c’est sous les acclamations que le chef Gilles Duceppe a fait son entrée au Medley, à Montréal, pour souligner sa victoire, «propre au Québec», a-t-il lancé en détournant le populaire slogan de son parti.

Dans les Maritimes
Les libéraux ont toutefois connu une belle performance dans les Maritimes. Peu après 19h30, ils enregistraient un premier gain à Terre-Neuve, Scott Simms l’emportant sur le député conservateur Rex Barnes, mais dans une circonscription, Bonavista-Exploits, traditionnellement libérale.
Par la suite, les libéraux devaient totaliser 22 sièges, trois de plus qu’aux élections de 2000, améliorant aussi leur pourcentage des voix. Les conservateurs, eux, ont obtenu sept circonscriptions contre neuf aux dernières élections. Ils ont fait un gain aux dépens des libéraux dans Fundy, au Nouveau-Brunswick, mais ils n’ont pu emporter la circonscription de Fredericton pour lequel ils avaient bien des espoirs.
Le NPD, lui, est passé de quatre à trois circonscriptions, mais il a obtenu plus de voix qu’en 2000.
Parmi les vedettes libérales, Scott Brison a gagné la mise dans King-Hants en Nouvelle-Écosse. À ce transfuge conservateur récent, homosexuel avoué, Paul Martin avait réservé un poste de secrétaire parlementaire. Appuyé par Joe Clark et d’autres anciens du Parti progressiste-conservateur, l’homme a profité d’une importante popularité personnelle qui lui a assuré la victoire dans une circonscription conservatrice depuis 50 ans.

Résistance en Ontario
En Ontario, qui compte 106 circonscriptions, le PLC résistait à la perte massive de ses sièges, lui qui en avait 95 (dont l’ensemble des 41 sièges de Toronto) à la dissolution de la Chambre. Il était en voie d’en conserver 76 alors que les nouveaux conservateurs en obtenaient 23, contre deux pour l’Alliance canadienne en 2000.
Ainsi, David McGuinty, frère du nouveau premier ministre ontarien Dalton McGuinty, fort critiqué pour son budget, l’a emporté sur la néo-démocrate Monia Mazigh, l’épouse de Maher Arar. De même, l’ancienne circonscription de Sheila Copps, redessinée, reste aux mains du ministre des Transports, Tony Valeri.
Le NPD pouvait par ailleurs célébrer le retour d’Ed Broadbent dans Ottawa-Centre. La partie était toutefois plus serrée pour le chef néo-démocrate Jack Layton, qui a néanmoins délogé le libéral Dennis Mills dans Toronto-Danforth. Son épouse Olivia Chow, néo-démocrate qui combattait elle aussi un député libéral sortant à Toronto, a pour sa part subi la défaite. Dans son discours à ses partisans, M. Layton a appelé à une réforme du mode de scrutin, soulignant que son parti avait doublé ses appuis.
La surprise ontarienne était toutefois du côté conservateur: Belinda Stronach, qui avait rêvé à la direction du nouveau parti, rencontrant de fortes difficultés pour se faire élire dans Newmarket-Aurora.

Ailleurs au pays
Anne McLellan, celle que, tout au long de la campagne électorale, l’on disait menacée, semblait pouvoir vaincre ses adversaires en Alberta. La vice-première ministre jouissait de l’appui de plusieurs ex-membres du Parti progressiste-conservateur, dont son chef Joe Clark. Mais comme à son habitude (à sa première élection en 1993, elle l’avait emporté par seulement 12 votes), Mme McLellan ne menait que par une très faible marge.
De la même façon, le ministre des Finances Ralph Goodale l’a emporté en Saskatchewan, alors qu’on le croyait mis en danger par le candidat conservateur. Par contre, l’ex-maire de Winnipeg, le très populaire Glen Murray, recrue de choix des libéraux, a perdu au Manitoba.

En 2000
Lors des dernières élections fédérales, le 27 novembre 2000, les libéraux avaient emporté 173 sièges contre 66 pour l’Alliance canadienne, 37 pour le Bloc québécois, 13 pour le NPD et 12 pour le Parti progressiste-conservateur pour un total de 301 sièges.
À la dissolution de la Chambre, ce printemps, le Parti libéral disposait de 168 sièges, le nouveau Parti conservateur de 73, les bloquistes de 33 et le NPD de 14. On comptait aussi sept députés indépendants, deux élus affichant toujours leur étiquette de progressiste-conservateur et quatre sièges étaient vacants.
À la faveur du redécoupage de la carte électorale, sept circonscriptions se sont ajoutées, dont trois en Ontario. Un parti doit donc emporter 155 sièges pour former un gouvernement majoritaire — une situation devenue douteuse dès la fin de la première semaine de campagne, déclenchée le 23 mai par le premier ministre Paul Martin.
Quelque 22,7 millions de Canadiens étaient appelés aux urnes pour cette élection; 1,2 million avaient déjà voté par anticipation contre 775 000 en 2000. Cette année-là, seuls 61 % des électeurs inscrits ont voté, le pire taux de participation dans toute l’histoire du Canada.
 
 
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