Éditorial - Le Québec infranchissable
Bernard Descôteaux
29 juin 2004
Victoire remarquable hier pour le Bloc québécois, qui a balayé le Québec. Mais surtout défaite retentissante pour le Parti libéral, que les Québécois ont rejeté massivement. La rupture survenue au lendemain du rapatriement unilatéral de la Constitution persiste. Nouveau constat d'échec pour ce parti qui, une autre fois, n'est pas arrivé à franchir la barrière du Québec.
Cruelle est cette défaite aux mains du Bloc pour Paul Martin, à qui tout semblait possible voilà à peine quelques mois. Hier s'est évanoui son rêve de donner au Parti libéral un quatrième mandat majoritaire d'affilée. S'ouvre en même temps pour lui-même une période difficile qui sera faite d'instabilité, cela tant aux Communes qu'au sein même de son parti.
L'échec québécois de Paul Martin était inscrit dans les gènes des présentes élections. Dès lors qu'il perdait le Québec, la perspective d'un gouvernement libéral majoritaire se dissipait. Ces trois dernières élections, l'Ontario avait compensé les pertes subies au Québec, mais l'on savait que l'hégémonie libérale sur cette province allait s'atténuer avec l'union de la droite. L'impact de celle-ci y fut encore plus fort qu'escompté tandis qu'au Québec seule une poignée de circonscriptions a pu résister à la vague bloquiste.
Si Paul Martin attendait beaucoup du Québec, l'inverse était tout aussi vrai. Parce qu'il y vit depuis plus de 30 ans et qu'il représente une circonscription montréalaise depuis 16 ans, mais aussi parce qu'il s'était toujours montré sensible aux aspirations des Québécois, il avait su créer l'impression qu'il saurait réparer la fracture survenue en 1982 avec le rapatriement unilatéral de la Constitution.
Tout indiquait, au moment où il était assermenté premier ministre, qu'il allait écraser le Bloc québécois. Après la défaite référendaire de 1995 et la défaite du Parti québécois en 2003 aux mains de Jean Charest, ce serait, en troisième période, la fin du match pour les souverainistes.
Ce n'est pas la première fois que les Québécois donnent ainsi au Parti libéral un retentissant coup de pied de l'âne. Ainsi en 1984, ils se rangeaient en bloc derrière les conservateurs de Brian Mulroney qui leur promettaient de réparer l'affront de 1982. Ils mettaient alors fin à 90 ans de loyauté presque ininterrompue envers les libéraux. En 1993, dans la foulée de l'échec de l'accord du lac Meech dont ils rendent les libéraux de Jean Chrétien responsables, ils élisent alors 54 députés du Bloc québécois. Puis hier, nouvelle ruade. Ce rejet des libéraux qui dure depuis 20 ans n'est pas sans signification.
L'appui massif donné au Bloc s'explique bien sûr par le scandale des commandites, cadeau empoisonné de Jean Chrétien à son successeur. Mais il n'y a pas que cette raison. Il y a Paul Martin lui-même, qui n'a pas su établir ce lien empathique avec les Québécois à partir duquel Brian Mulroney et Jean Chrétien, du moins ces dernières années, avaient su nouer une relation naturelle.
Paul Martin s'est mépris sur sa relation avec les Québécois, qui ont vite observé sa distance. Celle-ci s'est manifestée dès sa campagne au leadership, qu'il a menée essentiellement en dehors du Québec, tenant celui-ci pour acquis. Puis, la main tendue au Québec que l'on espérait n'est jamais venue. Certes, il a sacrifié les figures symboles du gouvernement Chrétien, dont Stéphane Dion, mais sans avoir de message fort à lancer à l'électorat nationaliste qui aurait pu faire contrepoids à l'impression laissée par le scandale des commandites.
De ces élections, le Parti libéral sort meurtri. N'eût été la faiblesse relative des conservateurs, les électeurs n'auraient probablement pas hésité à le punir plus sévèrement. Ils n'ont pas voulu aller aussi que de donner la direction du gouvernement à Stephen Harper. Ils ont préféré partager leurs votes entre libéraux, conservateurs et tiers partis. Ils se sont donné une période de réflexion au cours de laquelle ils observeront les uns et les autres. Attitude sage que celle-là. Le choix qu'ils feront la prochaine fois sera sans doute plus franc et plus clair.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Cruelle est cette défaite aux mains du Bloc pour Paul Martin, à qui tout semblait possible voilà à peine quelques mois. Hier s'est évanoui son rêve de donner au Parti libéral un quatrième mandat majoritaire d'affilée. S'ouvre en même temps pour lui-même une période difficile qui sera faite d'instabilité, cela tant aux Communes qu'au sein même de son parti.
L'échec québécois de Paul Martin était inscrit dans les gènes des présentes élections. Dès lors qu'il perdait le Québec, la perspective d'un gouvernement libéral majoritaire se dissipait. Ces trois dernières élections, l'Ontario avait compensé les pertes subies au Québec, mais l'on savait que l'hégémonie libérale sur cette province allait s'atténuer avec l'union de la droite. L'impact de celle-ci y fut encore plus fort qu'escompté tandis qu'au Québec seule une poignée de circonscriptions a pu résister à la vague bloquiste.
Si Paul Martin attendait beaucoup du Québec, l'inverse était tout aussi vrai. Parce qu'il y vit depuis plus de 30 ans et qu'il représente une circonscription montréalaise depuis 16 ans, mais aussi parce qu'il s'était toujours montré sensible aux aspirations des Québécois, il avait su créer l'impression qu'il saurait réparer la fracture survenue en 1982 avec le rapatriement unilatéral de la Constitution.
Tout indiquait, au moment où il était assermenté premier ministre, qu'il allait écraser le Bloc québécois. Après la défaite référendaire de 1995 et la défaite du Parti québécois en 2003 aux mains de Jean Charest, ce serait, en troisième période, la fin du match pour les souverainistes.
Ce n'est pas la première fois que les Québécois donnent ainsi au Parti libéral un retentissant coup de pied de l'âne. Ainsi en 1984, ils se rangeaient en bloc derrière les conservateurs de Brian Mulroney qui leur promettaient de réparer l'affront de 1982. Ils mettaient alors fin à 90 ans de loyauté presque ininterrompue envers les libéraux. En 1993, dans la foulée de l'échec de l'accord du lac Meech dont ils rendent les libéraux de Jean Chrétien responsables, ils élisent alors 54 députés du Bloc québécois. Puis hier, nouvelle ruade. Ce rejet des libéraux qui dure depuis 20 ans n'est pas sans signification.
L'appui massif donné au Bloc s'explique bien sûr par le scandale des commandites, cadeau empoisonné de Jean Chrétien à son successeur. Mais il n'y a pas que cette raison. Il y a Paul Martin lui-même, qui n'a pas su établir ce lien empathique avec les Québécois à partir duquel Brian Mulroney et Jean Chrétien, du moins ces dernières années, avaient su nouer une relation naturelle.
Paul Martin s'est mépris sur sa relation avec les Québécois, qui ont vite observé sa distance. Celle-ci s'est manifestée dès sa campagne au leadership, qu'il a menée essentiellement en dehors du Québec, tenant celui-ci pour acquis. Puis, la main tendue au Québec que l'on espérait n'est jamais venue. Certes, il a sacrifié les figures symboles du gouvernement Chrétien, dont Stéphane Dion, mais sans avoir de message fort à lancer à l'électorat nationaliste qui aurait pu faire contrepoids à l'impression laissée par le scandale des commandites.
De ces élections, le Parti libéral sort meurtri. N'eût été la faiblesse relative des conservateurs, les électeurs n'auraient probablement pas hésité à le punir plus sévèrement. Ils n'ont pas voulu aller aussi que de donner la direction du gouvernement à Stephen Harper. Ils ont préféré partager leurs votes entre libéraux, conservateurs et tiers partis. Ils se sont donné une période de réflexion au cours de laquelle ils observeront les uns et les autres. Attitude sage que celle-là. Le choix qu'ils feront la prochaine fois sera sans doute plus franc et plus clair.
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