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Une demi-victoire que les libéraux accueillent avec soulagement

Kathleen Lévesque   29 juin 2004 
Paul Martin n’a pas réussi à dominer totalement l’épreuve électorale, notamment dans sa propre province où les Québécois lui ont massivement tourné le dos. Mais c’est avec un soupir de soulagement que les libéraux ont accueilli cette demi-victoire obtenue à l’arraché.

«Je suis bouche bée, a d’abord laissé tomber avec le sourire Steve Mackinnon, directeur des communications au Parti libéral du Canada. On est arrivés ici ce soir humbles et on en ressort humbles. On vient de se faire donner une deuxième chance avec un programme clair sur les thèmes, entre autres, de la santé et de l’intégrité. Et on va livrer.»
En début de soirée, les libéraux retenaient leur souffle. Et la sortie au compte-gouttes des résultats n’avait rien pour rassurer une équipe déjà anxieuse. Quinze minutes après la fermeture des bureaux de vote au Québec et en Ontario, il commençait toutefois à y avoir une certaine fébrilité parmi les militants libéraux réunis dans la circonscription de M. Martin. Lentement, l’espoir d’obtenir un mandat pour un gouvernement minoritaire, mais plus fort que prévu, s’est installé dans la salle; le sentiment d’avoir sauvé les meubles ressortait clairement.
Au moment de mettre sous presse, Paul Martin n’avait pas encore pris la parole. Il était attendu tard, au début de la nuit. C’est depuis un hôtel du centre-ville de Montréal que M. Martin a suivi le déroulement de la soirée électorale avec son entourage.
Des 37 sièges qu’ils détenaient au Québec à la dissolution de la Chambre, les libéraux en ont perdu plusieurs entre les mains des bloquistes. Parmi ces défaites crève-coeur, on compte celles des ministres Hélène Chalifour Sherrer dans Louis-Hébert, de Georges Farrah dans Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, de Dennis Dawson dans Beauport, de Serge Marcil dans Beauharnois-Salaberry.
Malgré cette demi-victoire, les libéraux n’entendent pas établir d’alliance avec le Bloc québécois. Le conseiller principal du chef libéral, Francis Fox, a soutenu hier soir qu’un gouvernement pouvait mener les affaires de l’État tout en contournant quelque forme de partenariat que ce soit avec les adversaires. «Au moment où on se parle, aucun appel n’a été fait et il n’y a aucun plan de prévu. Moi, j’ai vécu un gouvernement minoritaire de 1972 à 1974 avec Pierre Trudeau. Au Canada, il n’y a pas de gouvernement de coalition. Il n’est pas question d’offrir des sièges au conseil des ministres au NPD ou au Bloc», a déclaré M. Fox.
Selon M. Fox, le Bloc québécois aura tout intérêt à profiter des nombreux pôles au Québec que représentent les députés, d’autant plus que la «bulle» dans laquelle le Bloc québécois a évolué au cours des dernières semaines ne peut durer indéfiniment. «Plutôt que d’avoir des ententes formelles, il est possible de naviguer en choisissant les lois qui sont acceptables pour les partis d’opposition. On peut avoir un agenda parlementaire aussi intéressant et survivre, puisque c’est le mot dont on se sert pour un gouvernement minoritaire. [...] Ce gouvernement minoritaire n’aura pas les mêmes caractéristiques que ceux du passé. Je ne vois pas quel serait l’intérêt du Bloc québécois à faire tomber le gouvernement dans un avenir rapproché. Au contraire. Je crois qu’ils voudront rester là jusqu’aux élections provinciales», a fait valoir Francis Fox, qui a assuré que l’équipe Martin n’avait pas commencé à «regarder l’avenir».
Ce dernier a reconnu que la campagne électorale avait eu des allures de casse-tête, notamment au Québec. «Sans aucun doute, c’est un désir d’envoyer le Parti libéral au banc des punitions pour un certain temps. Pourtant, personne ne remet en question l’intégrité de M. Martin. Mais on n’a pas été capables d’aller au delà, sauf au cours de la dernière semaine», a-t-il expliqué.
Le chef libéral a connu un début de campagne très difficile. Il a été mis sur la défensive jusqu’aux débats des chefs. M. Martin est ressorti de ces deux soirées télévisées quelque peu ragaillardi, ce qui lui a permis de faire une bonne fin de parcours.
Mais le scandale des commandites a marqué la campagne électorale des libéraux avant même qu’elle ne soit officiellement déclenchée. Pendant 36 jours, Paul Martin a été obligé de s’expliquer, de se justifier, de tenter de contourner ce qui est devenu un boulet. Encore dimanche, lors de son dernier sprint au pays, M. Martin a promis «un gouvernement intègre et honnête», conscient que les Canadiens n’avaient pas décoléré.
Ses adversaires en ont fait leurs choux gras. Le chef conservateur Stephen Harper a martelé qu’il fallait mettre fin à la corruption et que seul son parti pouvait incarner un véritable changement. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a également talonné les libéraux sur ce scandale qui a permis d’enrichir des agences de publicité du Québec aux accointances libérales notoires. Le Bloc a même adopté un slogan écorchant le PLC sur ce sujet: «Un parti propre au Québec».
Le chef libéral avait pourtant démarré la campagne en tentant de faire de la santé le thème central. Il a promis d’injecter neuf milliards en cinq ans dans le système de santé canadien. Il s’est également engagé à aider directement les municipalités, à s’inspirer des services de garde québécois pour mettre en place un régime public pancanadien, à régler le controversé dossier des congés parentaux et à investir dans le soutien aux personnes âgées. Mais vraisemblablement, tous les chiffres avancés ont eu peu d’écho auprès des électeurs.
De fait, la campagne a ressemblé à une bataille de ruelle. Les libéraux ont cherché à démoniser Stephen Harper et ses troupes. Rapidement, le débat des idées est devenu celui des invectives. Les attaques ont touché entre autres les dossiers de l’avortement, du mariage entre personnes du même sexe, de la participation du Canada à la guerre en Irak.
Paul Martin a été élu une première fois en novembre 1988. Avec le départ du chef libéral d’alors, John Turner, M. Martin se lance dans la course au leadership qu’il perdra aux mains de Jean Chrétien. À l’élection du premier gouvernement Chrétien, M. Martin accédera au prestigieux poste de ministre des Finances. Il y fera sa marque. Il est l’architecte de l’élimination du déficit; en 1997-98, le pays enregistre son premier excécent budgétaire.
Ce n’est qu’au lendemain des élections de 1997 que Paul Martin songe de nouveau à prendre la direction du Parti libéral du Canada; d’autres candidats se préparent aussi. Mais en 2000, Jean Chrétien décide de mener ses troupes en élections.
Dès lors, le climat commence à s’envenimer entre MM. Chrétien et Martin. Même si Jean Chrétien avait encouragé la course officieuse à sa succession, il freine les élans des aspirants au printemps 2002. Dans cette foulée, Paul Martin se fait éjecter du cabinet. Il continue à travailler en coulisses jusqu’à ce que Jean Chrétien tire sa révérence. Paul Martin devient le chef du PLC après avoir littéralement écrasé ses adversaires Sheila Copps et John Manley. Le 12 décembre 2003, il prend la tête du gouvernement en formant son propre gouvernement.






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  • Marie-Josée Gagnon
    Abonnée
    mardi 29 juin 2004 07h39
    Le Québec et sa géographie électorale...
    « Que le reste du Canada le veuille ou non, le Québec est différent, nous ne vibrons pas aux mêmes fibres. Tant mieux!
    Ce qui me chagrine le plus c'est de penser que les pires ennemis du Québec (Dion, Frulla, Robillard, Lapierre, Pettigrew) se présentent dans des comtés surs...Peu importe la valeur du candidat dans ces comtés ça reste ROUGE. Ces députés ont donc des victoires très faciles, ils n'ont pas de courage, ailleurs au Québec ils auraient été battu. »

  • Marcelin Gélinas
    Inscrit
    mardi 29 juin 2004 17h43
    Des usurpateurs, tout simplement
    « Je partage tout à fait votre avis, Mlle Marie-Josée.

    D'ailleurs... : http://www.cyberpresse.ca/opinions/reaction_2.php?idd=NzIyOTU2&id=MTgwMjE=

    Ces gens-là se font la part belle en se planquant dans des circonscriptions qui votent «libéral», quelle que soit la personne (j'aurais envie d'ajouter: la «chose») qui brigue les suffrages sous les couleurs de ce parti.

    Les nommés (Pettigrew, Dion, Coderre...) - mais pensons également aux candidats de l'Outaouais (circonscriptions québécoises ou fédérales confondues, aussi) - démontrent de la sorte une couardise et une pleutrerie, sinon rien moins que de la lâcheté (ne sacrifions pas la fourberie politique à la rectitude de même appellation), qui leur interdisent d'affronter avec honneur et panache des circonscriptions québécoises «types».

    Comment en ces conditions, et nonobstant tout le reste (et hormis leur allégeance, en soi respectable sinon toujours avisée...), éprouver quelque respect que ce soit pour de pareils ««compatriotes»»? Comment, en effet, accorder crédibilité et légitimité à des «ministres» semblables, incapables de combattre, ni de convaincre??? Sont-ce en conséquence autres «choses» que des pantins désespérément accrochés au pouvoir et au service exclusivement ou d'eux-mêmes, ou (et) de leur parti (et toujours, à n'en pas douter, contre les intérêts bien compris du Québec), ainsi que nous le vîmes sans détour depuis 1993...?

    De ce point de vue, j'estime infiniment plus un Georges Farrah (défait dans Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, circonscription type du Québec) que les éternels vainqueurs de Saint-Laurent-Cartierville, Bourassa, Lac-St-Louis, Lasalle-Émard, Mont-Royal, Pierrefonds-Dollard, Westmount-Ville-Marie... qui triomphent constamment sans l'ombre d'un péril, ni même d'ailleurs la moindre égratignure.

    Je regrette, messieurs-dames, mais je ne puis éprouver considération pour vous. Parce que le respect, ça se mérite. Tout simplement.

    Faute de quoi, eh bien on est un usurpateur. Tout simplement.

    Ce 29 juin 2004, lendemain de veille

    => Ministres québécois fédéraux réels ou potentiels (liste non exhaustive, bien sûr) interpellés par la présente: Denis Coderre: coderd@parl.gc.ca, Liza Frulla: frulll@parl.gc.ca, Lucienne Robillard: robill@parl.gc.ca, Paul Martin: martip@parl.gc.ca, Pierre S. Pettigrew: pettip@parl.gc.ca, Stéphane Dion: dions@parl.gc.ca, Jean Lapierre: lapiej@parl.gc.ca sinon lapiej@equipemartin.ca »

  • Laure Gardenelle
    Inscrite
    jeudi 1 juillet 2004 16h11
    Couardise libérale...
    « C'est peu dire que je partage tout à fait ces «analyses», Mme Gagnon et M. Gélinas.

    Comment voulez-vous que les plus jeunes générations aient confiance dans la politique quand on nous présente ainsi des «couillards» (qui n'«en» ont pas, préciserait une langue vulgaire...) qui se font élire sans aucuns débats (Jean Lapierre a d'ailleurs refusé «courageusement» de débattre publiquement avec le jeune François Rebello)?*

    Et ce par automatisme, comme s'il s'agissait de pièces de bois.


    Laure Gardenelle
    Une «vieille Québécoise indigne» qui ne s'en est jamais fait imposer par des clowns de politiciens à la Stéphane Dion (voir à ce sujet le mot concis suivant, toujours d'actualité: www.vigile.net/9912/jlg.html). Ne souriez pas trop rapidement de votre collègue, MM. Coderre et Pettigrew: vous ne faites vraiment pas meilleure figure, vous savez...

    * Lequel a d'ailleurs chauffé les fesses du "vieux". Voir : http://elections.radio-canada.ca/federales2004/Circonscriptions/Circonscription_79.html (avec Omar Aktouf, du NPD, F. Rebello récoltait plus de voix que la totalité des voix pour Jean Lapierre, du PLC, et de Marc Rousseau, du PCC). Je profite de l'occasion pour saluer de manière toute particulière la formidable victoire morale de Richard Nadeau (époux de la fonctionnaire fédérale Édith Gendron, Chaput des temps modernes qui s'est fait mettre à la porte récemment par «Patrimoine Canada» pour cause... d'allégeance souverainiste: «Une démocratie vraiment, le Canada»???) dans la circonscription de Gatineau (http://elections.radio-canada.ca/federales2004/Circonscriptions/Circonscription_52.html). Les appuis populaires à ce candidat bloquiste dans cette région-là, avec ses 40,13% des voix (726 voix de moins que l'éternel libéral des lieux), sont plus significatifs que la majorité aveugle de quasi 17,000 voix pour Lucienne Robillard, dans Westmount-Ville-Marie. Dame, soit dit en passant, qui est passée comme couleuvre du Rapport Allaire en 1991 au PLC de Jean Chrétien, de la Loi des mesures de guerre, du rapatriement unilatéral de la Constitution canadienne et... des commandites de propagande pour acheter à coups de centaines de million$ la conscience idéologique des Québécois. Cohérence et dignité, quand tu nous tiens, n'est-ce pas, Mme Robillard...? Bref, j'ai honte de vous tous et toutes, concitoyens et concitoyennes de petite vertu. »

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