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Kathleen Lévesque   28 juin 2004 
Paul Martin s’est mêlé aux pièces d’un jeu d’échec géant, en Nouvelle-Écosse, hier, lors de la dernière journée de la campagne électorale au cours de laquelle le premier ministre s’est livré à sprint qui l’a mené d’un bout à l’
Photo : Agence Reuters
Paul Martin s’est mêlé aux pièces d’un jeu d’échec géant, en Nouvelle-Écosse, hier, lors de la dernière journée de la campagne électorale au cours de laquelle le premier ministre s’est livré à sprint qui l’a mené d’un bout à l’
Au terme de 36 jours d'une lutte serrée entre les chefs libéral et conservateur, la pression est aujourd'hui sur les épaules des machines électorales qui doivent orchestrer la sortie du vote pour faire la différence.

Selon les sondages sortis en rafale ces derniers jours, le coeur des quelque 22,7 millions d'électeurs canadiens vacille entre Paul Martin et Stephen Harper. Ni un ni l'autre ne semble capable de se hisser au pouvoir avec une majorité à la Chambre des communes; le nombre d'indécis demeure élevé dans tout le pays.

Au Québec, le Bloc québécois obtient très largement la faveur des personnes sondées. Le défi des organisateurs bloquistes est donc de tout faire afin que les intentions de vote se traduisent par un appui concret dans les urnes. «Chez les électeurs favorables au Bloc, il peut y avoir un certain laisser-aller compte tenu du fait que la moitié d'entre eux ne sont pas souverainistes. Ils pourraient donc avoir le sentiment d'avoir suffisamment sanctionné le gouvernement à travers les sondages», analyse le président de l'agence BCP, John Parisella.

Le politicologue Jean-Herman Guay, de l'Université de Sherbrooke, ajoute que la participation électorale est un enjeu particulièrement important pour le Bloc québécois et le NPD ailleurs au Canada, ces deux formations s'attirant davantage les faveurs de l'électorat jeune, traditionnellement moins empressé de se rendre aux urnes. Surtout avec le scandale des commandites, «il y a une certaine honte, une certaine gêne à se déclarer libéral lors d'un sondage. Il se peut que le vote libéral soit sous-estimé», croit M. Guay. Ce biais risque d'être d'autant plus important lorsque la personne sondée doit aussi répondre à des questions sur le scandale avant d'émettre son opinion sur les partis.

Vendredi, tant les libéraux que les bloquistes ont lancé un appel pressant aux citoyens pour qu'ils exercent leur droit de vote. Toutefois, leur stratégie diffère puisque les uns sont sur la défensive et les autres, en mode offensif. Au Bloc, cet esprit s'est notamment traduit, au cours de la fin de semaine, par une mini-tournée du Forum jeunesse du parti dans quatorze circonscriptions dont des forteresses libérales comme Outremont, Jeanne-Le Ber, Brome-Missisquoi et Beauce.

De leur côté, les chefs des différents partis ont fait hier un dernier blitz de campagne. Le premier ministre sortant, Paul Martin a parcouru le pays d'est en ouest dans le but de grappiller tous les votes possible dans ce qui constitue la course électorale la plus serrée depuis au moins 30 ans. M. Martin a lancé un dernier message aux Québécois qui semblent vouloir lui tourner le dos. «Je m'engage à vous donner un gouvernement intègre et honnête. Je m'engage à vous donner un gouvernement dans lequel le Québec aura une voix forte», a affirmé le chef libéral qui fait face à un mécontentement populaire à cause du scandale des commandites.

Pour le dépouillement du vote de ce soir, M. Martin sera dans sa circonscription de LaSalle-Émard où sont attendus les militants libéraux.

Après avoir passé l'essentiel de sa campagne en Ontario, le chef conservateur Stephen Harper s'est offert un long retour à la maison. Il a passé les trois derniers jours de la campagne dans l'Ouest dont la journée d'hier à sillonner les routes de l'Alberta, à bord d'une caravane de six autobus à l'effigie de son parti, s'arrêtant à sept reprises entre Edmonton et Calgary.

Hier matin, il n'a pu cacher son plaisir d'être en terrain conquis. «Autant je peux aimer ce pays, autant il est bon d'être ici, de retrouver ma famille et d'être de retour en Alberta», a-t-il lancé devant près de 800 partisans enthousiastes de la région d'Edmonton. Il s'agissait pour lui du quatrième rassemblement d'importance en seulement trois jours, un reflet de la force et de l'enracinement de la droite dans cette région du pays.

M. Harper s'est par ailleurs moqué de la frénésie de dernière minute de son adversaire libéral qui a passé plus de 10 heures hier en avion alors que l'action est sur le terrain.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, a quant à lui prédit hier que sa formation battrait le record de 43 sièges établi en 1988 sous la direction d'Ed Broadbent. Le chef néo-démocrate a invité ses troupes à «travailler plus fort que jamais» pour assurer la plus grande victoire possible. Au cours des dernières semaines, M. Layton a demandé aux Canadiens de lui confier «un rôle central» au Parlement qui pourrait être dirigé par un gouvernement minoritaire.

Des candidats, des sympathisants ainsi que l'équipe de campagne du NPD de la région du Québec se rassembleront ce soir à Montréal pour la soirée électorale.

Quant à Gilles Duceppe, il a passé la dernière journée de campagne dans la région de Montréal. Le chef du Bloc québécois a déjeuné avec des militants de Saint-Lambert avant de terminer sa campagne dans sa circonscription de Laurier. Il y a remercié chaleureusement ses bénévoles d'avoir pris la relève pendant qu'il sillonnait la province. Gilles Duceppe a une fois de plus refusé de tenir l'élection pour acquise et n'a pas conjecturé sur un futur gouvernement minoritaire. À quelques heures de l'ouverture des bureaux de vote et d'une victoire bloquiste, le moment n'était plus à la formule choc.

Sur les quelque 22,7 millions de Canadiens appelés aux urnes, plus de 1,2 million ont voté par anticipation les 18, 19 ou 21 juin. À lui seul, le Québec compte près de 5,7 millions d'électeurs. Lors des élections générales de 2000, le taux de participation a atteint le plus bas niveau de l'histoire du Canada, avec 61 %. Les Québécois avaient voté dans une proportion de 64 %.

Lors du déclenchement des élections, les libéraux détenaient 168 sièges, les conservateurs 73, le Bloc québécois 33 et les néo-démocrates 14. On comptait également neuf députés indépendants et quatre sièges étaient vacants. La Chambre des communes comptera 308 députés, soit sept de plus que le Parlement sortant.

Avec la collaboration de Clairandrée Cauchy, de Manon Cornellier, d'Alec Castonguay et de La Presse canadienne






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