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La Messe des Nations est célébrée avec contestataires à la marge

Fabien Deglise   22 juillet 2002 
Plusieurs centaines de participants aux Journées mondiales de la jeunesse se sont réunis hier sur le mont Royal pour célébrer la messe. Des milliers de pèlerins se sont rendus en soirée au Stade olympique pour un grand spectacle. Ils prennent aujou
Photo : Patrick Sanfaçon
Plusieurs centaines de participants aux Journées mondiales de la jeunesse se sont réunis hier sur le mont Royal pour célébrer la messe. Des milliers de pèlerins se sont rendus en soirée au Stade olympique pour un grand spectacle. Ils prennent aujou
Les deux pieds dans la patène. Le vin de messe et les hosties avaient un arrière-goût de contestation hier matin sur le mont Royal où plusieurs centaines de participants aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) étaient réunis pour célébrer la Messe des Nations. La raison? En marge de l'événement eucharistique, les membres du Comité des enfants victimes d'abus sexuels et physiques dans des établissements québécois — associé au Mouvement Action Justice (MAJ) — s'étaient, eux aussi, donné rendez-vous. Non pour communier, au son des musiques d'ici et d'ailleurs, mais plutôt pour informer les jeunes catholiques des drames que l'Église leur a fait vivre et de l'indifférence à laquelle ils sont depuis toujours confrontés.

Le message est bien passé. «Au début, les organisateurs étaient inquiets de notre présence ici, a commenté Yves Manseau, du MAJ. Mais notre manifestation s'est déroulée dans le calme et le respect. On espérait être en communion avec eux. On a fait partie de leur cérémonie. C'est rafraîchissant.»

Ils étaient une trentaine à porter leur croix sur le gazon du mont Royal alors que des «marchands du temple», à quelques pas de là, commençaient à installer leur échoppes éphémères pour le traditionnel et laïque rassemblement de tam-tams dominical. Des croix de bois sur lesquelles un sobre mais dérangeant «abus sexuel» avait été inscrit.

«Au Québec, on estime à 10 000 le nombre de personnes qui ont été victimes d'abus dans des établissements religieux, a expliqué David Gagnon, directeur de l'organisme Survivants et survivantes en networking (sic) contre l'abus des prêtres (SNAP). Mais, pour les autorités religieuses au pays, tout comme le gouvernement, ces gens-là, orphelins de Duplessis, autochtones, enfants internés n'existent tout simplement pas.»

En temps normal. Car hier, pour le curé Alain Mongeot, de Saint-Louis de France, qui disait la Messe des Nations, ces proies faciles de prêtres pédophiles existaient bel et bien. À tel point qu'il leur a même présenté publiquement ses excuses au nom de l'Église catholique. Le tout sous les applaudissements des pèlerins massés près du kiosque du mont Royal, proche de l'avenue du Parc.

«C'est toujours comme ça, a expliqué Yves Manseau. Nous avons droit, depuis le début de notre combat contre la grande noirceur du passé, aux excuses et à la compassion des gens de la base. Mais dès que l'on monte dans la hiérarchie de l'Église, c'est le silence, l'indifférence et même le camouflage des événements qui nous attend.»

Fort du succès de cette première immixtion dans les célébrations entourant le grand pèlerinage des jeunesses catholiques en sol canadien, le Comité des enfants victimes d'abus sexuels et physiques dans des établissements québécois, tout comme Mouvement Action Justice ou encore SNAP-Canada, ne comptent pas en rester là. À preuve: cette semaine, plusieurs autres manifestations du genre sont au programme, à Toronto cette fois, où les jeunes pèlerins des JMJ convergent aujourd'hui. Avec au coeur de la dénonciation un «chemin de croix alternatif» organisé vendredi prochain dans les rues de la métropole ontarienne «où chaque station sera remplacée par une victime d'abus qui viendra parler de son enfer», a expliqué David Gagnon.

Trouble-fête? Pas vraiment, estiment les exclus de la miséricorde. «Il faut simplement profiter de cette occasion en or [la visite du pape au Canada] pour faire parler de nous, a indiqué Martin Lecuyer, porte-parole des Orphelins de Duplessis. Nous voulons juste informer les jeunes d'aujourd'hui des abus dont nous avons été victimes, pour qu'ils ne soient pas les victimes de demain.»






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