Défusions: la vague se brise
L'ouest de Montréal s'isole. La Rive-Sud se disloque
Antoine Robitaille
21 juin 2004
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, affichait une mine réjouie, malgré les résultats des référendums tenus hier sur l’île de Montréal. — Photo: Pedro Ruiz, Le Devoir
Quinze secteurs de la grande ville de Montréal ont défusionné hier, mais le maire Gérald Tremblay a tout de même tenu à parler de «grande victoire pour Montréal» puisque de grands secteurs comme Saint-Laurent, Anjou et LaSalle resteront dans la grande ville. En revanche, sur la Rive-Sud, Longueuil éclate carrément alors que quatre secteurs sur cinq ont choisi de quitter la mégaville. Pour ce qui est de la ville de Gatineau, elle restera quasi intacte, ne perdant que Masson-Angers, et ce, par une marge infime: moins de cinq voix.
Dans la métropole, ce sont les bastions défusionnistes et principalement anglophones qui ont choisi de quitter: Baie-d’Urfé, Beaconsfield, Côte-Saint-Luc, Dollard-des-Ormeaux, Dorval, L’Île-Dorval, Hampstead, Kirkland, Sainte-Anne-de-Bellevue, Montréal-Ouest, Mont-Royal, Pointe-Claire, Senneville et Westmount. À l’autre bout de l’île, Montréal-Est fait figure d’exception et d’îlot défusionniste francophone.
Dans l’ouest de l’île, le oui a échoué à Roxboro et à Pierrefonds, où plusieurs croyaient qu’il allait l’emporter. Anjou a aussi choisi de rester dans Montréal, tout comme Sainte-Geneviève et L’Île-Bizard ainsi que les grands secteurs de Saint-Laurent et LaSalle.
Rappelons que selon les règles fixées par la loi 9, le oui ne pouvait l’emporter que si le nombre de voix en faveur de la reconstitution d’une ex-ville était de 50 % plus un vote et si cette même majorité représentait au moins 35 % des électeurs inscrits de l’ancienne ville. Dans le camp défusionniste, ces règles ont été constamment critiquées pendant la campagne. On y a vu une astuce de la part du gouvernement Charest en vue d’«empêcher les gens de récupérer leur ville», comme l’a souligné le porte-parole défusionniste Peter Trent hier.
Bonne nouvelle
Commentant les résultats, Gérald Tremblay s’est montré extrêmement positif, même trop au regard de plusieurs observateurs, qui se sont demandé si le maire était «sur la même planète que nous». Mais selon le maire, il y a une «bonne nouvelle» puisque 87 % de la population de l’île, représentant 1 600 000 habitants, a choisi Montréal. «Montréal est plus fort qu’avant les fusions», a-t-il déclaré. Il a dit respecter la décision «démocratique» de ceux qui ont opté pour la défusion mais, selon lui, les vrais gagnants sont ceux qui «restent dans la grande ville». Entre autres grâce au modèle de décentralisation qui permettra selon lui aux arrondissements de cultiver leur identité tout en participant au grand tout. L’unité dans la diversité, en somme.
M. Tremblay a dit souhaiter une transition en douceur , affirmant aussi espérer que le gouvernement mette en place les comités de transition le plus vite possible pour «passer à une autre étape», a-t-il déclaré, visiblement satisfait de tourner la page. En fin de semaine, il avait répété à plusieurs reprises: «Il est temps que ça finisse.»
Dans les secteurs où le oui l’a emporté, un comité de transition sera mis sur pied afin de préparer des élections en novembre 2005. Mais certains prétendent que des voix pourraient s’élever afin de réclamer des élections anticipées. Certaines sources prétendent que le chef de l’opposition Pierre Bourque pourrait le faire dès ce matin.
En principe, les villes seraient reconstituées le 1er janvier 2006. Mais comme le faisait remarquer l’attachée de presse du maire, Christiane Miville-Deschênes, il est difficile de dire à quoi le conseil d’agglomération, qui chapeautera la ville résiduaire et les villes reconstituées, ressemblera exactement: «Il n’y a pas encore de loi constitutive.»
Pierre Bourque, qui s’était fait le promoteur de l’idée «une île, une ville», affichait une tête d’enterrement hier, s’affirmant «très très triste de voir disparaître un rêve d’unir les Montréalais». Lui qui avait promis de «livrer Montréal-Est» a affirmé que tout le monde est «coupable de ne pas avoir réussi». Mais il a toutefois tenu à dire que Gérald Tremblay était particulièrement responsable d’avoir organisé une «alliance contre nature» avec les forces défusionnistes pour obtenir le pouvoir, des défusionnistes qui ont trahi le maire Tremblay à la première occasion pour aller démembrer Montréal.
Longueuil
À Longueuil, sur cinq secteurs, seul Greenfield Park est resté dans le giron de la grande ville. Boucherville, Saint-Bruno, Brossard et Saint-Lambert l’ont quitté. Le maire Jacques Olivier a semblé décontenancé par ces résultats, livrant un discours quelque peu confus. Lui-même citoyen d’une ville (Saint-Bruno) qui a opté pour la défusion, il a exprimé sa surprise de voir Brossard partir, surtout que c’est là qu’est sis l’hôtel de ville du Grand Longueuil. M. Olivier, qui avait récemment affirmé ne pas être certain de sa légitimité après un certain nombre de défusions, a cette fois-ci déclaré qu’il allait «administrer» le mieux possible la ville démembrée au cours des 15 prochains mois. Il a souligné qu’avec Greenfield Park, la ville centre obtiendrait 61 % des votes au futur conseil d’agglomération.
À Gatineau, seul Masson-Angers a réussi à respecter les deux conditions de défusion, mais un recomptage est à prévoir. Par ailleurs, il y a bien eu une majorité de oui à Aylmer, mais ce camp n’a pas réussi à franchir le seuil des 35 %. À Buckingham et à Hull, le non l’a emporté par une forte majorité.
En Mauricie, Shawinigan restera tel quel lui aussi. Les défusionnistes de Lac-à-la-Tortue, Saint-Georges et Saint-Gérard-des-Laurentides ont voté en plus grand nombre que leurs opposants, mais pas assez pour atteindre les 35 % requis. À Saint-Jean-des-Piles, le non a recueilli près de 70 % des voix. À Grand-Mère, les deux camps sont arrivés à égalité au fil d’arrivée, mais là encore, le seuil des 35 % a fait la différence.
Participation
La participation au scrutin a été passablement élevée pour un scrutin municipal, dépassant le taux de 50 % dans plusieurs secteurs. Les électeurs ont commencé très tôt hier à affluer aux bureaux de scrutin.
Dans la métropole, ce sont les bastions défusionnistes et principalement anglophones qui ont choisi de quitter: Baie-d’Urfé, Beaconsfield, Côte-Saint-Luc, Dollard-des-Ormeaux, Dorval, L’Île-Dorval, Hampstead, Kirkland, Sainte-Anne-de-Bellevue, Montréal-Ouest, Mont-Royal, Pointe-Claire, Senneville et Westmount. À l’autre bout de l’île, Montréal-Est fait figure d’exception et d’îlot défusionniste francophone.
Dans l’ouest de l’île, le oui a échoué à Roxboro et à Pierrefonds, où plusieurs croyaient qu’il allait l’emporter. Anjou a aussi choisi de rester dans Montréal, tout comme Sainte-Geneviève et L’Île-Bizard ainsi que les grands secteurs de Saint-Laurent et LaSalle.
Rappelons que selon les règles fixées par la loi 9, le oui ne pouvait l’emporter que si le nombre de voix en faveur de la reconstitution d’une ex-ville était de 50 % plus un vote et si cette même majorité représentait au moins 35 % des électeurs inscrits de l’ancienne ville. Dans le camp défusionniste, ces règles ont été constamment critiquées pendant la campagne. On y a vu une astuce de la part du gouvernement Charest en vue d’«empêcher les gens de récupérer leur ville», comme l’a souligné le porte-parole défusionniste Peter Trent hier.
Bonne nouvelle
Commentant les résultats, Gérald Tremblay s’est montré extrêmement positif, même trop au regard de plusieurs observateurs, qui se sont demandé si le maire était «sur la même planète que nous». Mais selon le maire, il y a une «bonne nouvelle» puisque 87 % de la population de l’île, représentant 1 600 000 habitants, a choisi Montréal. «Montréal est plus fort qu’avant les fusions», a-t-il déclaré. Il a dit respecter la décision «démocratique» de ceux qui ont opté pour la défusion mais, selon lui, les vrais gagnants sont ceux qui «restent dans la grande ville». Entre autres grâce au modèle de décentralisation qui permettra selon lui aux arrondissements de cultiver leur identité tout en participant au grand tout. L’unité dans la diversité, en somme.
M. Tremblay a dit souhaiter une transition en douceur , affirmant aussi espérer que le gouvernement mette en place les comités de transition le plus vite possible pour «passer à une autre étape», a-t-il déclaré, visiblement satisfait de tourner la page. En fin de semaine, il avait répété à plusieurs reprises: «Il est temps que ça finisse.»
Dans les secteurs où le oui l’a emporté, un comité de transition sera mis sur pied afin de préparer des élections en novembre 2005. Mais certains prétendent que des voix pourraient s’élever afin de réclamer des élections anticipées. Certaines sources prétendent que le chef de l’opposition Pierre Bourque pourrait le faire dès ce matin.
En principe, les villes seraient reconstituées le 1er janvier 2006. Mais comme le faisait remarquer l’attachée de presse du maire, Christiane Miville-Deschênes, il est difficile de dire à quoi le conseil d’agglomération, qui chapeautera la ville résiduaire et les villes reconstituées, ressemblera exactement: «Il n’y a pas encore de loi constitutive.»
Pierre Bourque, qui s’était fait le promoteur de l’idée «une île, une ville», affichait une tête d’enterrement hier, s’affirmant «très très triste de voir disparaître un rêve d’unir les Montréalais». Lui qui avait promis de «livrer Montréal-Est» a affirmé que tout le monde est «coupable de ne pas avoir réussi». Mais il a toutefois tenu à dire que Gérald Tremblay était particulièrement responsable d’avoir organisé une «alliance contre nature» avec les forces défusionnistes pour obtenir le pouvoir, des défusionnistes qui ont trahi le maire Tremblay à la première occasion pour aller démembrer Montréal.
Longueuil
À Longueuil, sur cinq secteurs, seul Greenfield Park est resté dans le giron de la grande ville. Boucherville, Saint-Bruno, Brossard et Saint-Lambert l’ont quitté. Le maire Jacques Olivier a semblé décontenancé par ces résultats, livrant un discours quelque peu confus. Lui-même citoyen d’une ville (Saint-Bruno) qui a opté pour la défusion, il a exprimé sa surprise de voir Brossard partir, surtout que c’est là qu’est sis l’hôtel de ville du Grand Longueuil. M. Olivier, qui avait récemment affirmé ne pas être certain de sa légitimité après un certain nombre de défusions, a cette fois-ci déclaré qu’il allait «administrer» le mieux possible la ville démembrée au cours des 15 prochains mois. Il a souligné qu’avec Greenfield Park, la ville centre obtiendrait 61 % des votes au futur conseil d’agglomération.
À Gatineau, seul Masson-Angers a réussi à respecter les deux conditions de défusion, mais un recomptage est à prévoir. Par ailleurs, il y a bien eu une majorité de oui à Aylmer, mais ce camp n’a pas réussi à franchir le seuil des 35 %. À Buckingham et à Hull, le non l’a emporté par une forte majorité.
En Mauricie, Shawinigan restera tel quel lui aussi. Les défusionnistes de Lac-à-la-Tortue, Saint-Georges et Saint-Gérard-des-Laurentides ont voté en plus grand nombre que leurs opposants, mais pas assez pour atteindre les 35 % requis. À Saint-Jean-des-Piles, le non a recueilli près de 70 % des voix. À Grand-Mère, les deux camps sont arrivés à égalité au fil d’arrivée, mais là encore, le seuil des 35 % a fait la différence.
Participation
La participation au scrutin a été passablement élevée pour un scrutin municipal, dépassant le taux de 50 % dans plusieurs secteurs. Les électeurs ont commencé très tôt hier à affluer aux bureaux de scrutin.
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